30 décembre 2008
Chocolat chaud
Où la Curieuse vous offre quelques sexy men (ou pas) de Noël, de toute saison, d’autrefois
Chez mes parents, il y a la télé. Et depuis peu, il y a même la TNT. Ô bonheur.
Car, si les programmes de Noël sont assez mauvais, c’est aussi l’occasion de revoir de bons vieux films de capes et d’épée ou des westerns avec mon papa. Esprit de Noël es-tu là ? Certainement pas dans le poste. Mais sur le canapé, entre deux parties de petits chevaux, devant un bon thé bien chaud et un bon goûter, oui.

il buono

il brutto il cattivo
Et on en profite pour allez voir ça chez Chiffonnette si ce n'est déjà fait.
Certes, cette année je suis privée de Sissi, qui passe alors que je suis rentrée chez moi, sans télé. Oui, j’aime Sissi. La moitié du plaisir tient aux robes, pour une bonne part au charme de Romy, mais j’aime sincèrement cette mièvrerie sucrée, car je suis une midinette, et car Sissi représente Noël en famille, avec maman et moi ravies, papa et frérot nettement moins – mais restant à regarder. Voilà, c’est dit.

Karl-Heinz a l'air un peu niais. Mais ces robes, raaaaaaaaaaa....
Donc, point de Sissi. Mais un fameux Cartouche, avec moult coups de pistolet, mouches et perruques, avec Claudia Cardinale en bohémienne adorable, avec Bébel jeune qui reste tout de même tellement mieux que Daniel Craig (ai-je déjà dit que je n’étais pas du tout de mon époque ?), et avec Jean Rochefort. Que j’ai cherché vainement pendant une bonne partie du film, avant de me rendre compte qu’il était devant moi, et qu’un jour il avait été un jeune acteur imberbe.

Un jeune premier souriant et un philosophe flegmatique mais héroïque. La jeune fille normalement constituée succombe.
Ce fut un choc. Jean Rochefort n’a donc pas toujours été comme ça !
Il est mieux avec la moustache, et sa voix a un peu changé ; il est irrésistible.
C’est décidé, je me lance dans Angélique.
PS : Allez, comme c’est Noël, je vous les mets quand même : le new chouchou of the blogosphère (avec raison!) et l’incompréhensible chouchou musclé tout pas beau.

Pour vous mesdames : le beau et le pou
24 décembre 2008
L’arme fatale 4
Ou cinq, ou six, j’ai perdu le compte
La recette qui suit vous permettra en effet de réaliser l’une des plus puissantes armes de séduction massive qui soit, plus fort que les envoûtements du Professeur Doura, plus fort que le juju, plus fort que sainte Rita. Cette recette vous assure la conquête de votre amoureux, de votre belle-mère, et même de votre voisin qui écoute très très fort de la musique très très pourrie pendant très très longtemps et jusqu’à très très tard (sauf si votre voisin a très très une tête de pervers et que vous ne l’approchez pas à moins de trois mètre)(ce qui vue l’étroitesse des escaliers tient du miracle)(alléluiah).
Bref. Une recette que nous devons à Brigitte (Briguitteuh), magazine féminin qui doit être à mi-chemin entre Femme actuelle et Avantages (je ne lis ni l’un ni l’autre, ni Brigitte d’ailleurs, vous savourerez donc la valeur de mes indications). Je ne lis pas Brigitte, mais je l’avais acheté en décembre 2007 pour un carnet-recettes prometteur, et pas décevant du tout.
Mon gros coup de cœur : les Karamellbäume, ou arbres au caramel. Ou ce que vous voudrez au caramel, tout dépend des emporte-pièces à votre disposition. J’avais l’année dernière tenté des rennes, c’est très mignon mais atroce à manier quand la pâte est crue, donc cette année j’ai fait simple, des étoiles et des traineaux.
Pour environ 40 biscuits :
pour la pâte :
300g de farine
2 cc de levure chimique (en gros un demi-paquet)
150g de beurre froid (salé, j’insiste…)
100g de sucre
1 paquet de sucre vanillé
1 œuf
1 pincée de sel
pour la garniture :
100g de sucre
50g de beurre salé (impératif)
1-2 cs de mascarpone (ou de fromage type Philadelphia si vous en trouvez)
1 cc rase d’épices à spéculoos (cardamome, muscade, clous de girofle)
1 bâton de cannelle (ou une généreuse dose de cannelle en poudre – 2 bonnes cc)
un peu de sucre glace
préparation : 1h15
repos : 2h
cuisson : 10-12’ par plaque, plus le temps de faire caraméliser du sucre.
pâte : Mélanger la farine, la levure, le beurre en morceaux, le sucre, l’œuf et le sel jusqu’à obtention d’une pâte lisse. Envelopper de film transparent et mettre au frais pendant 2h.
Préchauffer le four à 180° (160° chaleur tournante).
Etaler la pâte sur 3mm d’épaisseur et préparer les biscuits. Sur la moitié des biscuits, on peut s’amuser à ôter des petits ronds ou une étoile de pâte.
Mettre sur une plaque beurrée et cuire 10-12’ jusqu’à ce que les biscuits dorent. Laisser refroidir.
garniture : Faire caraméliser le sucre dans une poêle jusqu’à une couleur brun doré. Retirer du feu, ajouter le beurre, le mascarpone et les épices et mélanger jusqu’à formation d’un caramel épais (ça peut être long). Laisser complètement refroidir jusqu’à ce que le mélange soit assez épais pour en tartiner les biscuits. Retirer le bâton de cannelle.
Tartiner la moitié des biscuits de caramel et les recouvrir de l’autre moitié (celle, donc, avec les éventuels trous). Presser et laisser prendre. Eventuellement saupoudrer de sucre glace.
Fermer les yeux. Déguster.
Se conserve environ deux semaines dans une boîte métallique absolument.
Frohe Weihnachten!
23 décembre 2008
« Elle ignorait, en fait, pourquoi elle s’obstinait à faire renaître le monde, chaque matin, en écoutant les infos »
Le Danois serbe, Leif Davidsen, 2001 (1996)
Deuxième livre reçu de la part d’Amanda dans le cadre du swap Sexy men, ce roman-là vous fait tout oublier et regretter ensuite de n’avoir pas la suite sous la main, là, maintenant, tout de suite.
Ce n’est pas un roman policier : point de meurtre, d’inspecteur à tics, de suspects plus ou moins probables, de dénouement surprenant. Le meurtre n’est pas encore commis et nous assistons à sa préparation. Sa double préparation, en quelque sort : celle de l’assassin, Vuk, recruté par la mafia pour le compte des Iraniens. Et celle des « concurrents », les services spéciaux danois bien décidés à protéger le Sujet, Sara Santanda, écrivain iranienne sur qui pèse une fatwa, à l’efficacité renforcée par une prime de 4 millions de dollars. Sara Santanda veut pourtant sortir de sa cachette britannique, et elle accepte l’invitation d’un grand journal danois et de sa journaliste culturelle vedette, Lise Carlsen.
Cette lutte à distance, dans l’incertitude, donne au récit une grande tension et l’on se prend à souhaiter qu’on en arrive au meurtre, enfin. D’autant que l’auteur ne vous épargne pas vraiment : la laideur du monde, les vices, l’argent, la Realpolitik, le professionnalisme froid de Per Toftlund, responsable de la sécurité, la guerre, la perversion sous toutes ses formes, les massacres, l’absence totale de scrupule chez Vuk, Serbe de Bosnie sans plus d’attache et mécanique mortelle parfaite. Mais pas pour de l’argent. Et peut-être encore dotée d’un cœur.
Tout le roman n’est que l’alternance des préparatifs de Vuk et de l’organisation de la venue de Sara. Le rapprochement progressif du tueur, vers l’Europe occidentale, vers le Danemark, vers Copenhague, vers le lieu secret de la conférence de presse. Ses changements d’identité, ses trucs, son calme et ses cauchemars. Un roman vraiment très, très fort, dans lequel les personnages ne sont pas là seulement pour servir la mécanique. Ce n’est pas juste un roman d’espionnage, il y a aussi les sentiments, les crises, les interrogations. Il y a encore, Copenhague l’alanguie, l’été, la mer, les café et le bitter, cette dolce vita scandinave, et cette mollesse des démocraties trop centristes, trop modérées, qui grossissent les petits problèmes et se contentent d’un gouvernement de compromis.
Et un objectif sexy men parfaitement rempli : Vuk est jeune et athlétique, c’est le mauvais garçon qu’on aimerait guérir, être celle qui le ramènera à la vie normale, qui lui fera oublier. Est-il beau ? On ne sait pas vraiment. Mais il a les yeux bleus et le charme blond mi-scandinave mi-slave qui en fait le Danois serbe (pour moi, ça veut dire qu’il est sublime), il a un torse puissant et un regard mystérieux, un peu inquiétant ; c’est une bombe. Effrayante. Mais fascinante.
Pour celles qui préfèreraient un peu moins de danger, le beau Per est là, trop parfait sans doute, militaire au cordeau, mais sensible et hésitant, aussi. Moins sexy, forcément.
Pour toutes, et même tous, soyons fous, une langue qui se fait tour à tour chacun des personnages, avec un début parfait qui nous fait voir le monde par les yeux d’un intellectuel nationaliste, puis par ceux d’un franc-tireur serbe, puis nous plonge dans la guerre et ses trafics, avant d’empêcher le lecteur de réfléchir plus au style, car une seule question demeure : va-t-il réussir ?
Merci Amanda!
Son avis ici.
22 décembre 2008
Picasso et les Maîtres
Grand Palais, jusqu’au 2 février 2009
Où la Curieuse râle beaucoup, mais ça finit bien
J’avais pourtant bien juré qu’on ne m’y reprendrait plus. A payer une fortune, à faire la queue des heures, à ne rien pouvoir voir dans des salles bondées.
Et puis… Une amie lyonnaise de passage qui veut voir Picasso. Une amie que vous ne voyez pas souvent. Une expo dont le principe vous intéresse, même si vous pensez que vous préférerez lire le catalogue plutôt que déambuler dans les salles…
Et me voilà de nouveau dans ce parcours du combattant.
Picasso, épisode 1 : réserver des places
Car oui, hors de question de faire à nouveau la queue dehors. Genre trois heures de queue.
Passage donc sur internet : pas de place avant le mois prochain. Passage à la Fnac : pas de place avant deux mois.
Passage au musée : des places ! Mais billet combiné… Moi ça ne me gêne pas, Nolde je voulais le voir, Grand Palais ou pas. Mais ma Lyonnaise ? Elle veut voir Picasso, coûte que coûte. Réservation.
Picasso, épisode 2 : pleurnicher
Car les organisateurs de colloques sont des gens formidables qui changent les horaires au dernier moment. Mais les billets, eux, ne sont ni remboursés ni échangés… Petit tour au musée, ouin-ouin sur tous les tons. Lyon… colloque… juste changer d’un jour… pauvres petites étudiantes fauchées… please please please…
Ça finit par marcher. A 20 euros le billet, encore heureux ! Car de tarif-réduit, point, si vous n’êtes pas étudiant en art ou en archi : c’est bien connu, les autres étudiants sont des Rothschild ou ne s’intéresse pas à la culture… Pareil, d’ailleurs, pour les chômeurs, les RMIstes, les retraités… C’était l’instant colère du jour.
Picasso, épisode 3 : affronter la foule
Vérification des billets à l’entrée de la queue, vérification des billets à la queue des billets réservés (bien la peine de donner des heures précises pour faire attendre encore une demi-heure…), vérification sommaire des sacs par un agent mal aimable qui répond à notre « bonne soirée » en grommelant qu’elle sera bonne quand elle sera finie, vestiaire, on y est !!!
Picasso, épisode 4 : admirer l’expo
Encore une dernière râlerie : le prix des audioguides. Si vous avez bien suivi, on paie théoriquement 10 euros pour l’expo mais en fait 20 si on veut vraiment la voir. L’audioguide est à 5 euros, étudiant ou pas. Moi j’appelle ça du racket. De toute façon je me lasse toujours trop vite des audioguides…
A part ça, l’expo est terrible. En plus, même pas trop de monde. Cela dit, j’espère bien que l’attente énorme permet de réguler toujours correctement le nombre de visiteurs dans les salles !! Sans audioguide, on s’en sort très bien : les panneaux sont suffisants pour comprendre le principe de la salle et, pour peu qu’on ait déjà fréquenté quelques musées, le reste vient tout seul – sauf, évidemment, les détails, mais j’avoue que je m’en passe très bien !
De toute façon, j’aurais surtout voulu des explications sur les tableaux des maîtres et non sur ceux de Picasso…
La première salle replace Picasso comme peintre parmi les peintres, avec le thème du portrait, de la création d’un personnage d’artiste. Il y a ensuite des salles thématiques : les portraits de femmes, les portraits en général, les « odalisques », la mer, le café, une salle sur la réinterprétation des Ménines* par Picasso, série de tableaux que je trouve affreux mais c’est passionnant d’entrer ainsi dans la tête de l’artiste.
Cette expo m’a confirmé que je n’aimais pas Picasso. Intellectuellement, je trouve ça intéressant, mais ça ne me touche pas, ça ne me plaît pas. Sauf le Picasso des débuts. Par contre, les tableaux des « Maîtres » valent le détour et je suis contente d’avoir vu l’expo pour eux.
Même si je continue à penser que le Grand Palais prend ses visiteurs pour des gogos…
*Sur les Ménines, je vous recommande la lecture du divin Daniel Arasse, dans On n'y voit rien.
21 décembre 2008
Comme les rois mages, en Galilée
Où vous êtes vraiment ravis que la Curieuse vous ait collé Sheila dans la tête pour la journée (au moins)
Parmi les douceurs de Noël, il y a les plus qu’incontournables, les stars (haha), le top du top, les merveilles : les Zimtsterne. Les étoiles à la cannelle.
Celles qui, lorsque vous décidez de la faire, épuisent tous votre stock d’injures, vous font maudire pêle-mêle les blancs d’œufs, les livres de cuisine, vos **** d’emporte-pièces qui ne fonctionnent pas, et toute la création. Celles qu’il vaut mieux, donc, et à moins d’avoir les nerfs à toute épreuve, éviter de faire avec des enfants.
Mais celles qui vous font soupirer de plaisir, qui fondent et qui croquent dans la bouche, qui vous emplissent d’une jouissance tout amandée.
Les Zimtsterne.
La recette, tirée (mais un peu modifiée) à nouveau du livre de cuisine GU, indique 50 minutes de préparation. Si vous êtes doués, ou entrainés… Prévoir plus, prévoir de souffrir, prévoir de vouloir tout abandonner ou tout cuire comme ça. Du sang et des larmes.
Pour environ 40 étoiles (tout dépend de la taille de vos emporte-pièces ; je trouve que c’est plus facile avec de petites étoiles)
3 blancs d’œuf
200g de sucre glace
1 paquet de sucre vanillé
400g d’amandes en poudre (on peut éventuellement mélanger avec de la poudre de noisette)
2 cc de cannelle en poudre
Une arme de pointe: 
Une Curieuse encore en pyjama (eh, ho, c'est le week-end) armée jusqu'aux dents
préparation : 50 min., donc
repos : 1/2h puis 3h
cuisson : 25 min.
Monter les blancs en neige, ajouter le sucre glace et le sucre vanillé.
Prélever environ une tasse du mélange.
Dans le reste, ajouter 300g d’amandes et la cannelle.
Couvrir et mettre 30’ au frais.

Authentiques blancs d'oeufs montés à la main (enfin, à la manivelle): je suis monstrueusement fière.
Préchauffer le four à 150°. Facile, vous dîtes-vous.
Mettre le reste d’amandes sur le plan de travail et étaler la pâte (environ 7 mm d’épaisseur).
Vous commencez à moins rigolez. (On peut mettre un film transparent sur la pâte pour éviter qu’elle ne colle au rouleau, il y a toujours des bouts de pâtes rebelles qui dépassent…)
Etalez sur la pâte le reste des œufs en neige. (On peut aussi étaler le glaçage sur les étoiles déjà faites, moi je préfère).
Faites des étoiles en trempant régulièrement votre emporte-pièces dans de l’eau froide.
Vous envisagez maintenant de lancer mille malédictions sur ma descendance.
Placer les étoiles sur une plaque beurrée ou couverte de papier cuisson, laissez sécher minimum trois heures à l’air libre. Enfourner à 130° environ 25’.
Surveiller : le dessus des étoiles doit rester blanc.
Il ne s’agit pas d’une cuisson mais d’un séchage, comme pour les meringues. Ça peut durer longtemps, mais ça ne doit pas être fort ; toute la saveur des étoiles vient du contraste entre le dessus croquante et le coeur moelleux - et aussi un peu des amandes, des noisettes, de la cannelle...
On peut mettre le four seulement à 100°, c’est plus long mais moins risqué. C’est cuit quand les étoiles ne collent plus.
Conserver dans une boîte métallique étanche. Mais généralement on ne les conserve pas longtemps…
20 décembre 2008
Victorian Christmas swap
Jingle bells, jingle bells, &c.
Mon colis swap a donné quelques frayeur à ma swappeuse : il n’était pas chez moi, il n’était plus chez elle depuis longtemps, avait-il décidé de vivre sa vie de colis comme un grand et de parcourir le vaste monde ? Non, simplement le facteur avait omis de me signaler son premier passage… grrr… impatiente, donc, je me précipitai au bureau de poste dès que je le pus, munie de mon SLAT Books and the City, m’attendant à un colis de taille normale.
Haha. J’avais affaire à une swappeuse de compétition: Alwenn. Impossible évidemment de rendre la bête à la postière, impossible de la glisser dans le SLAT, me voilà donc partie avec un colis XL (!!) pas trop lourd heureusement. Ce soir là mon colis a eu l’immense privilège d’aller à l’opéra avec moi. Et comme on était le lendemain de l’affaire des bâtons de dynamite du Printemps, il fut une nouvelle fois prouvé qu’être une fille aux yeux bleus, dans la vie, ça aide. Je pense tout de même que nous avons bien diverti les spectateurs et le personnel… Mais le spectacle, hommage à Béjart, était sublime, et le colis non moins merveilleux.
Jugez plutôt :

Oui, j'ai des chaussons roses. What else?

Sapin un peu nu, mais grâce à Alwenn ne le sera plus...
Je commençais par un petit paquet destiné à mes photos, paquet qui m’intriguait fort… Une adorable boîte en métal façon vieille carte postale, soigneusement garnie de neige, de cannelle enrubannée et de shortbreads…
C’était le premier paquet, j’étais émue aux larmes par tant de soin, de délicatesse, d’attention à mes goûts… Les bâtons de cannelle ont sauté dans le sapin, les biscuits sont à présent un souvenir ou presque, et la boîte a chaleureusement accueilli les cartes postales heureusement ramenées de chez mes parents lors de mon dernier passage chez eux… Cartes postales largement de saison.
Et puis j’ai continué, entrecoupant mon ouverture de plus en plus irrespectueuse des jolis paquets de oooooh, de ahhhh et de baisers distribués généreusement aux livres et aux objets.
Pour la culture :
- Arthur et Georges, de Julian Barnes, qui me tentait bien,
- Les hauts de Hurlevent, que le billet récent de Yueyin m’avait donné plus qu’envie de lire – et ça ma swappeuse ne le savait pas !
- et… Sans parler du chien, de Connie Willis, repéré il y a longtemps chez Fashion et ardemment désiré – mais absent du questionnaire, il me semble. Un coup de cœur d’Alwenn qu’elle voulait me faire découvrir, elle pouvait difficilement mieux tomber ! Mais… nous avons le hip-hop en commun !
Et puis des douceurs à n’en plus finir : du thé de Noël qui embaume l'orange – pas encore goûté, mais j’attends des invités cet après-midi, ils n’y échapperont pas ! – et des Cacaotines de Noël ; deux pièges à Père Noël dont l’efficacité est sûrement très grande, si on ne les a pas finis avant le Réveillon… En plus tout ça vient d’une maison de thé que j’avais repéré depuis longtemps sans jamais encore la tester… (hip-hop connection, vous dis-je !)
Et puis encore des shortbreads, de Noël, et puis du chocolat au caramel au beurre salé (oui, je ne peux vivre sans beurre salé !!!), et puis de la confiture de framboise so delicious pour les scones du five o’clock tea, et puis trois charmantes bougies hivernales et givrées qui ont déjà illuminé mon intérieur, et puis un bonnet, Alwenn a bien compris que j’ai les oreilles délicates (et une vraie victorienne respectable ne sort pas sans rien sur la tête, voyons), et puis un carnet rouge et or orné d’un papillon, parce que j’avais confié dans le questionnaire avoir un élevage de papillons destinés à mes cheveux, et puis une tasse Peter Rabbit qui me ravit. Et puis les choix d’Alwenn expliqués dans une jolie carte de Noël avec une enveloppe spéciale swap victorien !
Je suis absolument comblée, une telle débauche est plus qu'agréable !! J’ai fini le grand déballage en lancer joyeusement la neige sur mon sapin – car Alwenn avait garni son paquet de neige, oui oui, de la vraie ou presque, qui me faisait craindre que quelque chose ne fut brisé dans le colis (shrouch schrouch faisait la neige) mais qui m’a enchanté !
Merci, merci Alwenn, ce colis était brillant !
Merci aussi, bien sûr, à la délicieuse Victorian Team, Cryssilda et Lou !
19 décembre 2008
Miss Jane
Où le petit cœur tout mou d’une certaine F.V. va exulter, et celui de Dame Erzébeth s’emplir d’incompréhension
Il y a dans la blogoboule de ces lectrices qui doivent avoir dans leur lointaine parenté, et contre toute logique, un saint Paul, un Boniface - ou peut-être plutôt un saint François, car elles sont gentilles*.
Pour le moment les efforts, pourtant conséquents (il faut descendre un peu dans l'article...), de Caro[line] pour convertir aux auteurs français contemporains n’ont porté aucun fruit chez moi, et je reste ferme dans mon hérésie anti-David, Nicolas et autres freluquets sexy. Mais Fashion a su trouver les mots pour m’amener à la vraie foi et à la vénération de Jane. Et elle avait un argument massue qui ne pouvait que renvoyer les chouchous à leur triste condition : Jane est morte. Et la mort de l’auteur, de préférence ancienne, est comme chacun le sait un gage de qualité.
Et puis l’inscription d’Orgueil et Préjugés dans la Fashion’s Klassik List était aussi un puissant moteur : je veux finir ce défi, oui, et avant le 31 si possible (sachant qu’il me reste encore trois œuvres à lire dont un roman de 1200 pages, la marmotte elle emballe le chocolat dans le papier d’alu, hein.) Autre moteur, Colin-Darcy, et l’engouement partagé de ces dames pour Fitzwilliam en particulier et Jane en général. Enfin, je voulais pouvoir dire que l’adaptation avec Keira Knightley était vraiment la moins bonne, car par rapport au roman, n’est-ce pas… (En fait je ne supporte pas qu’on fasse sortir en cheveux une demoiselle du XIXe, habillée qui plus est comme une pouilleuse au milieu de ses sœurs plus enfroufroutées les unes que les autres.)
C’est donc pour cela que je commençai par Persuasion.
D’abord, c’était le seul disponible à la bibli, et puis c’est mon adaptation filmée préférée – si l’on excepte, bien sûr, le Pride and Prejudice BBC de 1995, absolument hors concours par la perfection de son interprétation, de ses décors, de ses costumes, de sa musique, de son ampleur… J’ai un gros faible pour cette histoire de fiançailles rompues, de conseils bienveillants mais mal avisés ; au point que je m’inscrivis sur Facebook en « Anne Elliot », comme des milliers d’autres jeunes filles – l’originalité est ma plus grande qualité – parmi lesquelles, sans doute, quelques vraies Miss Elliot (ou comment vous révéler tout en subtilité que j’ai cédé à Facebook sans céder, je suis si forte).
« Tels étaient les sentiments et sensations d’Elizabeth Elliot ; tels, les soucis qui tempéraient, les agitations qui variaient la monotonie et l’élégance, la prospérité et le néant du théâtre de sa vies et telles, les impressions qui donnaient de l’intérêt à un long séjour uniforme au milieu d’un petit cercle provincial, qui remplissaient un désœuvrement que nulle habitude utile, au-dehors, nul art d’agrément, à la maison, ne savaient occuper. »
(p.630)
Revenons au roman. Il est tout bonnement merveilleux ; et je partais avec les plus grandes appréhensions : je pensais que c’était typiquement le genre de choses que j’adore voir, mais beaucoup moins lire. Mais le talent de Jane n’est pas seulement de créer des héros plus séduisants les uns que les autres, et des héroïnes charmantes, spirituelles, parfaitement accomplies mais non sans fêlures. Ce qui donne d’adorables films-doudous dans un anglais suranné et délicieux. Jane, c’est bien plus que ça. C’est une plume d’une élégance toute incisive, d’une ironie à peine visible, c’est la peinture terrible des petites mondanités campagnardes, des vanités, des médiocrités, et de ceux qui, au milieu de cela, sourient avec douceur et tentent de concilier l’amour, l’honneur, et leur propre caractère. Persuasion est une histoire très belle d’amour qui dure et de pardon, l’histoire d’une demoiselle qui apprend à s’affranchir des conseils pour suivre sa petite voix intérieure (un peu comme Bingley, finalement), l’histoire d’un marin un peu trop fier surpris d’aimer encore si fort.
« La vérité sur cette page pathétique d’histoire familiale était que les Musgrove avaient eu la mauvaise fortune d’avoir un fils insupportable et désespérant et la bonne fortune de le perdre avant qu’il eût atteint ses vingt ans ; qu’on l’avait envoyé en mer parce qu’il n’y avait rien à tirer de sa stupidité à terre ; qu’il avait toujours donné très peu de souci à sa famille, ce qu’il méritait d’ailleurs ; peu de nouvelles et presque aucun regret, lorsque le bruit de sa mort lointaine eut cheminé jusqu’à Uppercross, deux ans plus tôt. »
(p.662)
J’aimais l’histoire, le personnage d’Anne dont je me sens si proche, les jolies robes et les soirées. J’ai aimé, plus encore peut-être, les ellipses de Jane, ses mots, sa manière de n’utiliser dans ce roman quasiment que du discours indirect libre, faisant ainsi sentir toute l’agitation autour d’Anne, qui n’y participe jamais vraiment. Anne, c’est celle qui regarde, écoute, et fait danser les autres. Qui n’est plus prête à danser qu’avec un seul partenaire.
Les personnages ne sont pas caricaturaux ; ils sont souvent ridicules, mais toujours crédibles. On ne rit pas aux éclats en lisant Jane, mais on s’amuse beaucoup, et il est bien difficile de quitter ses phrases. J’ai lu une traduction d’André Belamich, je ne sais de quand elle date ; mais il avait choisi avec bonheur de traduire tous les titres de civilité, ce qui leur ôtait tout exotisme, et ancrait fermement le texte dans le passé (dans tous les romans récents que j’ai lu, on laissait les Mrs. et Mr. anglais).
Et puis cette lettre… I am half hope, half agony… For you alone I think and plan…
A peine le roman refermé, je me jetais sur Pride and Prejudice, rentré à la bibliothèque et ne demandant qu’à assouvir ma fébrile curiosité. Mon bonheur de lecture est indescriptible. Point, sans doute, de trépidations ni de halètements, mais la douleur de devoir arrêter ma lecture dans les couloirs du métro, ou lorsque des nécessités aussi inévitables que le travail ou le sommeil m’en tenaient éloignée. Les chapitres sont très courts, ce qui me parut d’abord idéal pour une lecture métropolitaine, et donne beaucoup d’animation et de rythme au roman. Jane Austen se concentre à chaque fois sur un moment, un événement particulier, et fait ainsi pénétrer le lecteur dans l’intimité des personnages ; elle dévoile peu à peu et sans appuyer les caractères et les faiblesses, comme si nous-mêmes faisions avancer notre acquaintance avec eux au rythme lent des parties et des conventions. J’ai vu la série plusieurs fois, et pourtant j’ai attendu avec impatience les moments clés, les personnages. Avec plus d’impatience peut-être même, que celui qui ouvre le roman sans savoir ce qu’il va y trouver : je savais, je me délectais d’avance. Il y a tout de même quelques inconvénients à avoir vu avant d’avoir lu : les personnages ont pour toujours sans doute le visage des acteurs. Ce n’est pas très grave quand les acteurs sont si bons et Mr. Darcy si séduisant, mais tout de même, je ne saurai jamais à quoi ressemble mon Mr. Darcy… Seule Elizabeth, étonnamment, reçut ses traits propres et ne fut que par moment Jennifer Ehle. Jamais Jane ne décrit le physique de ses personnages, elle se contente de les faire vivre. Ça m’a un peu rappelé les romans de Tolstoï, sauf qu’elle ne s’occupe même pas de donner un détail. Ils sont beaux ou non, et puis ils ressentent et ils font. Enfin, avoir vu cette si fidèle adaptation laissait résonner en moi la voix des acteurs, comme s’ils me lisaient le texte. Très étrange sensation.
« I vain have I struggled. It will not do. My feelings will not be repressed. You must allow me to tell you how ardently I admire and love you. »
(p.221)
Mais qui n’a pas réussi à gâcher ma lecture ; ce qui fut presque le cas avec les multiples interruptions qui me poursuivirent comme une malédiction au moment où Elizabeth est dans le Kent. J’ai dit plus haut que la lecture de Jane n’était pas haletante ; c’est faux. Cinq fois, je dus repousser le moment tant attendu de la première déclaration. Cinq fois, je dus m’arrêter alors que je croyais la voir enfin. C’est dur. Mon petit cœur, sachant pourtant parfaitement tout ce qui allait arriver, battait, battait, battait, et de m’émouvoir, et de rire, et de m’inquiéter, et de m’emporter… J’ai aimé que le roman en livre un peu plus sur les sentiments de Mr. Darcy et sur l’éclosion de son amour. Qu’on assister aux interrogations et aux doutes d’Elizabeth plus sûrement que dans le film. Que l’auteur se permette quelques jugements sur ses personnages, qu’Elizabeth aussi ne soit pas dupe de son affection pour son père, mais ne voit pas que son jugement soit altéré par le charme de Wickham. J’ai aimé m’offusquer de ce que son amour naisse d’abord de la vanité d’avoir été distinguée ; qu’il y entre avant toute chose de la gratitude ; voir enfin l’analyse très fine que fait Jane de la naissance d’un amour – les sentiments de Mr. Darcy ne sont pas autant analysés : chez lui l’amour ne nait pas, ni ne grandit, il surgit, il est là, et c’est tout. Le coup de foudre non partagé, quoi de pire ? J’ai aimé qu’il soit d’abord persuadé d’entendre un oui plein de reconnaissance. J’ai aimé mieux comprendre les motivations et les évolutions des personnages. Je pensais que Wickham s’enfuyait avec Lydia pour se venger d’Elizabeth et la faire souffrir de savoir la vérité, il n’en est rien. L’oncle et la tante Gardiner tiennent un peu plus de place que dans le film et sont merveilleux ; Mrs Gardiner en particulier, toute de générosité, de tendresse et de malice. Les portraits sont un délice, drôles, moqueurs, tendres. Et savoir un peu plus ce que tous deviennent après les mariages, même si je ne comprends pas Caroline Bingley, même si j’aurais voulu en savoir plus sur Kitty, sur Mary… Jane ne donne pas dans le « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » ; de cela on ne sait rien, par pudeur ? Mais elle assure à chacun des personnages sa part d’avenir.
« Here again I shall give you pain – to what degree you only can tell. »
(p.230)
Et puis je suis absolument charmée par son écriture. Je vais sans doute faire une pause, pour ne pas risquer l’indigestion (est-ce seulement possible), pour faire durer le plaisir de la découverte, et parce que tant d’autres me réclament ; mais je sais déjà que j’y reviendrai avec le plus grand des plaisirs. Je sais aussi que j’achèterai Pride and Prejudice, même si je l’ai déjà lu, parce que c’est un livre merveilleux, un livre plus que doudou, parce que je veux pouvoir relire à tout moment certains passages. Parce que je suis conquise, tout simplement.
Pour Persuasion, allez voir aussi les billets de Lilly, Yueyin, Cuné, et Chimère ; sur Orgueil et préjugés, ceux de Karine, de Lilly, du biblioblog, de Kalistina, Yueyin, Chimère, Tamara, Cuné, et sûrement beaucoup d'autres! Dont Alwenn, par exemple...
Une seule récalcitrante à ma connaissance: Erzébeth, qui n'a aimé aucun des deux romans...
*Toutes mes confuses : je suis encore sous le choc d’une lecture que, pour avoir voulu l’infliger aux étudiants, j’ai du m’infliger aussi…
Je ne cite pas grand-chose de Pride and Prejudice. Mais il aurait fallu tant en citer, que j’ai préféré renoncer à choisir, à couper.
17 décembre 2008
Si j'avais un blog-it...
... ce serait plus simple, mais en attendant de me lancer dans une installation forcément compliquée car cyber, une info sur le vif: il vous reste deux soirées pour aller voir Le songe d'une nuit d'été aux Ateliers Berthier si vous êtes parisiens. C'est déconcertant, un peu étourdissant, mais magique!
15 décembre 2008
Le nez d’Edward Trencom
Les aventures héroïques et byzantines d’un fromager londonien
Giles Milton, 2007
« [L’auberge] appartenait à M. et Mme Singleton, un couple proche de la soixantaine qui cultivait une perversion très courante chez les gens de leur âge dans cette partie du Dorset. Ce penchant avait beau ne contrevenir à aucune loi du Parlement, il transgressait indiscutablement les limites du bon goût. Leur vice était le suivant : Clive et Clarissa Singleton ne juraient que par les motifs floraux. Les murs de leur auberge étaient couverts de papier peint fleuri. Les courtepointes recouvraient les lits de fleurs. Il y avait des boutons-d’or sur les rideaux et des bleuets sur le tapis. Et quand on posait sa tête sur son oreiller le soir, on s’enfonçait dans une taie constellée de fuchsias. »
(p. 309-310)
Londres, 1969. Ses parapluies, ses minirobes oranges, ses horse-guards, sa fromagerie la plus ancienne et la plus réputée, celle des Trencom. Chez les Trencom, on sait depuis dix générations reconnaître le stilton authentique et dénicher la plus parfaite des tommes des Pyrénées. Sans parler des touloumotyri, des mycella et des slipcote. Le jeune homme accompli sait, en trois inspirations et pas une de plus, reconnaître la vache à l’origine du lait qui donné cette tomme de Saint Cuthbert. Chez les Trencom, on ne plaisante pas avec le fromage. Et les femmes de produire des héritiers à la chaîne ou de tenir fermement la boutique, car s’il fallait compter sur les hommes Trencom…
J’ai découvert ce livre lors du dernier festival Etonnants voyageurs, dans les conditions les plus propices qui soient : un auteur drôle et sympathique, une causerie menée par la jeune sommelière des fromages d’Oliver Roellinger, et quelques échantillons à déguster. L’histoire aussi était des plus tentantes : un fromager qui perd son nez, ou plus exactement son odorat. J’imaginais des aventures drôles et trépidantes, et après avoir découvert Tom Sharpe j’imaginais un genre de Porterhouse des fromagers. Ce qui n’est pas exactement le cas. Un beau jour, Edward découvre dans le fond de la boutique une vieille malle : les archives de la famille. Il se prend de passion pour ces vieux papiers au point d’abandonner sa monumentale Encyclopédie des fromages pour se consacrer à une Histoire des Trencom. Il découvre peu à peu l’histoire de ce père mort trop jeune, de ce grand-père dont on ne parlait, de cet arrière-grand-père qui faisait pousser de longs soupirs muets. Et ainsi de suite jusqu’au fondateur de la fromagerie, Humphrey. Tous les hommes sont morts en Grèce de mort violente. Et Edward voit entrer dans sa vie d’inquiétants Levantins…
Le problème, en fait, c’est que j’ai compris tout de suite ou presque le fin mot de l’histoire. Et sans doute tout lecteur ayant fréquenté une faculté d’histoire en fera de même. Et ce suspens en moins, l’intérêt du roman est considérablement réduit. L’humour est moins présent que je ne l’espérais, moins loufoque, même si Giles Milton compose une charmante galerie de personnages. L’alternance des chapitres consacrés à Edward et de ceux consacrés à la mort de chacun de ses dix ancêtres mâles ralenti le rythme. On comprend assez vite que la malédiction se répète, et j’aurais trouvé plus prenant de lire l’histoire du seul Edward. Une ou deux petites incohérences dans les dates des personnages m’ont gênée (oui, je suis un peu la lectrice au petit pois, ainsi que des bizarreries grammaticales (« ça sentirait beaucoup plus bon » (p. 351) c’est comme ça, ça me heurte). Et même si la plume de Giles Milton est agréable, j’ai trouvé que l’ensemble manquait un peu de nerf ; les fréquentes énumérations de fromages n’arrangeant pas l’ensemble. Comme dans Le Parfum, je me suis vite lassée de la description systématique et un peu pénible d’un univers particulier – même si certaines scènes sont réjouissantes : les fromages au petit matin, tentant de camoufler les odeurs de leur vie nocturne, la dégustation de la confrérie des Maîtres Fromagers, l’odorat surpuissant, en temps normal, d’Edward.
Bref, une déception, qu’on pourra, malgré de jolis moments, s’abstenir de lire – ou du moins d’acheter.
L'avis tout tromager d'Eireann Yvon, plus séduit que moi, et de Sassenach, qui a savouré.
13 décembre 2008
Portrait solarisé d’une femme inconnue
Lee Miller au Jeu de Paume, jusqu’au 4 janvier 2009
De Lee Miller, je ne savais pas grand-chose. Qu’elle avait un lien avec Man Ray, qu’elle s’était trouvé à Paris lors de la libération, qu’elle avait été reporter de guerre. Et puis c’est tout.
L’exposition qui lui est consacrée en ce moment m’a laissé admirative, des photos comme de la femme. Imaginez : née en 1907, modèle, modelée, par la lumière et les photographes, par les drapés des grands couturiers, dans l’ombre de son amant et pygmalion Man Ray, elle se fait artiste, modeleuse, des visages des autres, des techniques qu’elle perfectionne, des matières, de la lumière. Elle n’est plus ni la muse ni la femme de Man Ray, elle est elle-même à une époque où s’était loin d’être aisé pour une femme d’être indépendante, fût-elle intelligente et éduquée.

Sans titre (exploded hand), vers 1930

Portrait de l'espace, version finale, 1937
(une de mes préférées)
Elle ne se contente pas des explorations surréalistes et de la mise au point de la solarisation, mais s’intéresse à la vie autour d’elle, en Egypte avec son premier mari, dans le désert, dans la maison ; elle suit ses passions et ses intérêts, rentre en Angleterre avec son bel amant, suit les troupes en guerre, se lave dans la baignoire du Führer et alterne photographies de bombardements et saisies sur le vif des survivants en Hongrie.

Bombardement de la cité d'Aleth, Saint-Malo, 1944
Une féministe qui ne le clamait pas mais ne se laissait pas enfermer, une artiste, une passionnée, pleine d’humour aussi, comme dans cette série, l’une des dernières, où elle présente pour Life ses invités – tous aussi célèbres les uns que les autres – au travail dans sa maison, tandis qu’elle-même se repose.
Et ce n’est pas seulement la femme et sa vie extraordinaire qu’il faut admirer dans cette expo, mais les photographies elles-mêmes. La première époque, surréaliste, les contrastes, le jeu sur la lumières, les angles et les lignes. Les photos de mode, pour Vogue, où, modèle et photographe, elle rend la moindre robe sublime, théâtrale, bouleversante. Ses instantanés du désert ou des pique-niques entre amis (Paul Eluard et Nush, Roland Penrose qui fut son second mari). Ses portraits, ses images de l’Allemagne vaincue ; l’horreur des camps, des SS suicidés ; l’appareil photo qui la protège, elle, des horreurs en les mettant à distance, et qui nous les restitue, brutales, insupportables. Même les photos de guerre sont composées, pensées ; au-delà de l’œil qui sélectionne, choisit et donne à voir, il y a la manière, profondément humaine, comme sans cesse étonnée de ce qu’elle voit.

Femmes avec des masques à incendies, Downshire Hill, Londres, 1941
Et, à l’étage, une expo de Jordi Colomer, qui fait des choses présentées comme modernes, des vidéos, des mises en scène, profondément ennuyeuses et tout à fait dispensables après la beauté, visuelle et humaine, de Lee Miller.
Les galeries du Jeu de Paume, et les archives Miller-Penrose où vous pouvez admirer l'oeuvre de Lee Miller.
Le titre est celui d'un beau portrait, malheureusement pas retrouvé pour le mettre ici; et puis j'en aime le rythme.
Toutes les photos © Lee Miller Archives, England 2008. All rights reserved.








