24 mars 2009
Passes à ton voisin!
Donnez-leur une nouvelle famille, et tout votre amour.
Il y a fort longtemps (plus d'un mois, quoi), je me suis inscrite chez Levraoueg à une chaine lancée par Loula et visant à donner une deuxième vie à des livres doublons, mal aimés, à distribuer faute de place, à faire découvrir tellement on les a adorés.
Les règles exactes : proposer trois livres d'occasion mais en bon état, qu'on a déjà lu, qu'on a aimés ou pas et de les envoyer (un au choix) aux trois personnes qui en font la demande et s'engagent à faire pareil sur leur blog. Il faut publier une photo des livres dans l'article.
J'ai reçu Les âmes grises, de Philippe Claudel, que je n'ai pas encore commencé mais ça ne saurait tarder, il y a longtemps que ce livre en particulier et cet auteur me tentent.
Et je vous propose pour ma part ces quelques livres :
Petites soupes froides, d'Héléna Villovitch. Celui-là, je n'ai pas aimé du tout, j'ai trouvé ça totalement vain et prétentieux, donc soit vous aimez l'aventure, soit vous adorez la production française contemporaine, soit vous êtes fan d'H. Villovitch... Moi je ne le conseillerais vraiment pas, mais comme tous les goûts sont dans la nature, on espère lui trouver une maison! (bon état) - adopté!
Voyages avec ma tante, Graham Greene. Un anglais coincé, employé de banque à la retraire et fan de dahlias, se retrouve à suivre sa tante autour du monde, tante qui n'a pas pour habitude de s'encombrer du respect des lois. C'est plaisant sans être tordant, ça se lit bien, c'est un peu plus profond que ça n'en a l'air, sans être pour autant impérissable. Je retenterai sûrement cet auteur. (vieux, a bien vécu!) - adopté!
La nuit de l'oracle, Paul Auster. Pas encore lu, donc rien à en dire, mais je l'ai en double... (bon état, couverture un peu sale) - adopté!
Guy Môquet au Fouquet's, Pierre-Louis Basse : voir mon billet ici. Celui-là il est vraiment riquiqui, il ne vous embêtera pas, il ne demande que peu de temps, peu de soins... (bon état)
Edit : en échange d'un livre, vous devez vous engager à continuer la chaîne sur votre blog.
23 mars 2009
« J’aime que le temps nous porte, et non qu’il nous entraine »
Alexis ou le traité du vain combat, suivi de Le coup de grâce
Marguerite Yourcenar est un auteur qui se déguste. Qui doit attendre les bonnes conditions, une certaine paix. Qui convient bien aux voyages en train, à l’attente, au travail buissonnier. Et qui vous éblouit, à chaque fois ; par ses histoires, ses personnages, mais surtout par son style. Sobre, fluide, évident – une simplicité qui n’est du qu’à un travail de polissage, de laquage, qui efface le labeur pour ne laisser que la beauté du résultat.
« Il est terrible que le silence puisse être une faute ; c’est la plus grave de mes fautes, mais enfin, je l’ai commise. Avant de la commettre envers vous je l’ai commise envers moi-même. Lorsque le silence s’est établi dans une maison, l’en faire sortir est difficile ; plu une chose est importante, plus il semble qu’on veuille la taire. On dirait qu’il s’agit d’une matière congelé, de plus en plus dure et massive : la vie continue sous elle ; seulement, on ne l’entend pas. Woroïno était plein d’un silence qui paraissait toujours plus grand, et tout silence n’est fait que de paroles qu’on n’a pas dites. C’est pour cela peut-être que je devins musicien. »
(p.29)
C’est du moins comme cela que je la considère depuis qu’il y a quelques années je la découvris avec Anna, soror. Je ne connaissais pas ces deux titres. Alexis est son premier roman ; Le coup de grâce fut écrit en 1939. Les deux ont en commun l’amour et le désir, l’échec, l’impossibilité. Mais si Sophie se brûle les ailes à vouloir s’approcher au plus près de l’amour absolu, Alexis commence par chercher la conformité et ce que la morale exige. Alexis combat ses penchants et ses pulsions, mais, comme l’annonce le titre, ce n’est qu’un vain combat, une illusion, une lâcheté peut-être. Il entraîne dans cette illusion une jeune femme, Monique, la trompe – et se trompe lui-même – en lui faisant miroiter une vie simple et normale. Et dans la longue lettre qu’il lui écrit, on lit son enfance dans les plaines hongroises, la fin de cette Europe centrale des aristocrates ; le collège à Presbourg (Bratislava) ; la vie modeste, puis médiocre, à Vienne ; la recherche coupable du plaisir et la lutte contre ; la fausse espérance enfin que la rédemption est possible grâce à une jeune femme, riche, belle et pure. C’est un texte sublime, plein de pudeur et pourtant très clair, où Alexis se livre sans chercher la pitié – et c’est en cela aussi qu’il est magnifique : il s’est accepté, il refuse la facilité d’une vie conventionnelle et refuse aussi de faire plus souffrir sa jeune épouse malgré la façade qu’elle lui procurerait face au monde. Vivre selon les règles des autres ou vivre selon son être ; il regrette cependant d’avoir fait souffrir avec lui cette innocente Monique, qui n’a ni édicté les règles de la société ni façonné son être.
« Je me souviens aussi d’une sensibilité particulière aux contacts, je parle des plus innocents, le chatouillement d’une fourrure qui semble une toison vivante, ou l’épiderme d’un fruit. »
(p.31)
C’est une passion toute différente dans Le coup de grâce, mais c’est le même monde en déliquescence, ces mêmes aristocrates désargentés, cette même fin de siècle des années 1918-20, ces mêmes plaines mornes et venteuses. On s’est juste un peu déplacé dans le Nord : non plus l’Austro-Hongrie, mais la Courlande. Non plus les luttes internes dans une société policée, mais les lutte sauvages entre les Rouges et les Blancs, et la société réduite à ces soldats dans un château isolé, autour d’une jeune fille à l’unique robe de bal, portée une unique fois. C’est l’un des soldats qui raconte son histoire : Eric von Lhomond. Prussien, français, balte. Fier, altier, séduisant, plein de principes et noble car il les suit, quoi qu’il lui en coûte. Plus de vingt ans après, il raconte Sophie, la sœur de son ami Conrad et la demoiselle du château, obligé de faire lessive et ménage, de servir ces hommes et de s’en faire, malgré tout, respecter. Se consumant d’amour pour Eric, s’offrant, avouant, refusée. Blessé. Il y a un peu d’Orgueil et préjugés dans cette histoire-là : l’amour offert désespérément et rejeté, l’amour qui se développe imperceptiblement peut-être, par vanité d’abord, par attention ensuite à cet être qui jamais, sans l’aveu, n’aurait eu le moindre intérêt. Mais c’est bien tout : le jeu trouble de celui qui veut bien être ami mais refuse d’être amant, les provocations de celle qui se croit ignoble et marquée, pour qui rien n’a plus, sans doute, d’importance.
« Je ne l’aurais pourtant pas regardée deux fois, si elle n’avait pas eu pour moi les seuls yeux qui importent. »
(p. 180)
Et l’issue absolument tragique, atroce. Sophie qui n’est plus elle-même, déjà, mais qui a été jusqu’au bout d’elle-même. Eric qui a, lui aussi, atteint son sommet, mais se reproche, peut-être, ses hésitations. C’est, là encore, la question d’un choix, celui de la facilité et de la convention, mais du renoncement et du mensonge ; ou celui du doute, du questionnement, pour être sûr d’agir selon son âme et conscience.
« Je n’étais pas heureux, à Wand, avant votre arrivée. Ensuite vous êtes venue. Je ne fus pas non plus heureux à vos côtés : j’imaginai seulement l’existence du bonheur. Ce fut comme le rêve d’un après-midi d’été. »
(p.91)
Dans les deux récits, les personnages ont une exigence vis-à-vis d’eux-mêmes qui empêche toute résolution heureuse et pacifique de l’histoire. Le tout soutenu par la finesse des sentiments et des émotions, par l’exploration psychologique impitoyable menée par l’auteur, par le rythme de ses phrases et leur respiration (Marguerite Yourcenar fait un usage abondant du point-virgule, j’aime beaucoup), par un langage soigné, un peu désuet, jamais ampoulé ni forcé. Ce sont des histoires tristes, affreuses sans doute pour Le coup de grâce. Mais elles possèdent aussi une lumière violente qui n’est pas du seulement au style époustouflant de Marguerite Yourcenar. La lumière pure des êtres qui acceptent la souffrance plutôt que le mensonge, la lumière du choix juste, malgré tout. Une lumière fascinante qui laisse le lecteur un peu envieux de n’être pas tel, mais un peu soulagé aussi de n’avoir pas de ces exigences douloureuses.
22 mars 2009
« Les livres auraient pu m’instruire. J’ai beaucoup entendu incriminer leur influence ; il serait aisé de m’en prétendre victime ; cela me rendrait peut-être intéressant. Mais les livres n’ont eu aucun effet sur moi. Je n’ai jamais aimé les livres. Chaque fois qu’on les ouvre, on s’attend à quelque révélation importante, mais chaque fois qu’on els ferme, on se sent plus découragé. D’ailleurs, il faudrait tout lire, et la vie n’y suffirait pas. Mais les livres ne contiennent pas la vie ; ils n’en contiennent que la cendre ; c’est là, je suppose, ce qu’on nomme l’expérience humaine. Il y avait chez nous bon nombre d’anciens volumes, dans une chambre où n’entrait personne. C’était pour la plupart des recueils de piété, imprimés en Allemagne, plein de ce doux mysticisme morave qui plut à mes aïeules. J’aimais ces sortes de livres. Les amours qu’ils dépeignent ont toutes les pâmoisons et tout l’emportement des autres, mais elles n’ont pas de remords : elles peuvent s’abandonner sans craintes. Il y avait aussi quelques ouvrages bien différents, écrits d’ordinaire en français, au cours du XVIIIe siècle, et qu’on ne met pas entre les mains des enfants. Mais ils ne me plaisaient pas. La volupté, je le soupçonnais déjà, est un sujet fort grave : on doit traiter sérieusement de ce qui risque de faire souffrir. »
Marguerite Yourcenar, Alexis ou le traité du vain combat.
21 mars 2009
Idomeneo, re di Creta
Mozart, 1781 – Livret de Giambattista Varesco
Pour la première fois, je suis rentrée dans le Palais Garnier. Lustres, marbres, déesses et muses. Et l’escalier, monumental, où l’on s’imagine volontiers monter nonchalamment, en robe à traine, gants et éventail, et saluer distraitement quelques prétendants et admirateurs. Jusqu’au moment où on repense à La Grande vadrouille», ce qui brise un peu le charme.
Charme brisé un peu aussi par le manque d’ouvreurs et la complexité des placements, d’étage en balcon, de balcon en loge, puis en chaise, le tout derrière une porte fermée à clé. La représentation serait-elle donc si mauvaise qu’on veuille ainsi nous empêcher de nous sauver ? Charme recommencé par les dorures, les sculptures, le lustre énorme, le plafond de Chagall, les détails soignés jusque là où ne les verra pas, ou si peu. Charme rompu par le confort plus que spartiate de places qui ne sont pourtant pas, sans doute, tout à fait les moins chères. Spectateurs de plus d’un mètre cinquante, frémissez, ou coupez-vous les jambes. Mais je vois presque toute la scène, et l’acoustique, sublime, me donne l’occasion d’admirer encore une fois les talents conjugués des chanteurs et des architectes d’opéra.
Le public n’est pas spécialement bien élevé, bizarrement. Je pensais naïvement que l’on était saisi, à Garnier plus qu’ailleurs, d’une sorte de respect pour le lieu et pour l’art – et puis, au prix du billet… mais non. Je ne sais pas comment ça se passe à l’orchestre, mais chez les pauvres on peut continuer à entrer, et à faire grincer les bois, assez longtemps après le début du spectacle. On parle aussi, on s’agite, on sort. Et, si le public n’a pas applaudi après chaque air – ce dont je me réjouis fort – il ne semblerait pas que ce soit parce que les enchaînements ne le permettaient que peu, ni pour le plaisir de laisser la musique se dérouler sans heurts. En effet, Idoménée, après un grand air, prend une posture qui semble clairement indiquer qu’on peut lui envoyer quelques hourras – point. Alors qu’après chaque air de Joyce Di Donato, déchaînement. Je ne suis pas assez connaisseuse pour juger vraiment de sa supériorité ou non sur les autres chanteurs ; j'ai eu l'impression que l'écart était à la fois infime (les autres étaient très bons) et incommensurable (son aisance était proprement stupéfiante). Et quand bien même, je trouve ça fort grossier. Il reste les saluts pour marquer sa préférence et son adoration.

(source)
L’œuvre, ma foi, ce n’est pas la plus à mon goût, et j’avais quelques craintes en m’y rendant. Car, si de Mozart, j’aime passionnément La flûte enchantée, j’avais été moins conquise par Don Giovanni et Les noces de Figaro ; et je savais Idomeneo un opera seria, fait d’alternances entre récitals et grands airs. Or je ne goûte guère le récitatif : trop de clavecin pour l’accompagner, instrument que je n’aime pas vraiment, et aussi la voix des chanteurs, que je trouve alors souvent comme étranglée et un peu agressive. Mais là, ça passait plutôt bien, je pense que ce sera un meilleur souvenir. Musique vraiment différente, goûts qui ont changé, oreilles qui s’y sont faites ? Je ne sais ; mon voisin de derrière trouvait quand même que c’était un bien petit Mozart, une œuvre de jeunesse quasi – il est cependant à peu près central dans la chronologie des opéras de Mozart. Il contient des airs magnifiques, le dernier d’Electre en particulier, mais globalement les quatre rôles principaux sont de toute beauté. Ces quatre rôles sont ceux d’Idoménée, roi de Crète, qui rentre après avoir essuyé une tempête terrible et fait à Neptune, pour se sauver un vœu plus terrible encore ; Idamante, son fils, victime de ce vœu et fort épris d’Ilia ; Ilia donc, princesse troyenne sauvée d’un naufrage par Idamante et retenue captive ensuite, manière de Chimène prise entre son amour pour Idamante et la fidélité qu’elle doit à ses ancêtres troyens ; et Electre enfin, réfugiée en Crète après le meurtre d’Egisthe et de Clytemnestre par Oreste, passionnément amoureuse d’Idamante. Il y a également un duo de femmes crétoises et son pendant masculin et troyen, Arbace, le confident d’Idoménée, un grand-prêtre de Neptune et une voix d’oracle mystérieuse. Et des chœurs, mon Dieu, des chœurs, comme j’aime en voir à l’opéra, puissant, mélodieux, tourbillonnant par l’effet de la musique, de la tempête déchaînée par Neptune et des chorégraphies d’Arco Renz. Le metteur en scène (Luc Bondy) était par ailleurs peu inspiré. Il avait pourtant deux assistantes avec lui ! Mais il se contentait le plus souvent de gérer le nombre de chanteurs, les déplacements, et de veiller à ce que personne ne cache personne. Le décor était étrange : ni vraiment abstrait, ni vraiment figuratif, il était composé d’un plateau incliné bleu sur lequel se détachait deux rochers. Dans le fond, la mer tempétueuse. Au centre, un carré rouge qui se levait parfois un peu. Et un mur sorti des parois pour le début de la seconde partie ; puis rentré aussitôt l’air chanté. Comme si l’on voulait nous montrer la jolie mécanique de l’opéra ; comme si Luc Bondy avait une machinerie pour la première fois à sa disposition et voulait absolument s’en servir, peu importe pourquoi et comment. Le plateau en lui-même me faisait de plus penser de façon fort regrettable à un morceau de planisphère et j’avais l’impression de voir les chanteurs s’agiter sur la pointe de l’Amérique du Sud et la Terre de Feu. Aucun parti pris, ni d’esthétisme radical (Idomeneo m’a semblé pareil aux tragédies de racine, où il ne se passe pas grand-chose, et où seules compte la fatalité et la beauté de la langue), ni de dénuement, ni de modernisme, ni… ni de rien du tout. De jolis effets de lumière, mais que l’on aurait pu pousser ; des costumes dans l’ensemble soignés, mais une opposition un peu simpliste entre les Troyens en blancs – même pas en lambeaux ni sales, les perdants rescapés du naufrage… - et les Crétois en noir. Le plus souvent c’est fade, parfois c’est même facile, comme lorsque Idoménée avoue à son peuple devoir sacrifier son fils à Neptune, et qu’un petit garçon s’avance vers lui. Bref, une mise en scène à oublier. Il n’y a sans doute dans Idomeneo que la tension et la pesanteur de la tragédie, et on ne le sentait pas du tout. Si bien que le deus ex machina final tombe un peu à plat. D’autant que la musique finit un peu en eau de boudin, on ne sait pas trop ce qui arrive aux musiciens pour s’arrêter comme ça, comme après une interruption du chef en répétition, quand les instruments s’efface et se taisent, mais pas vraiment ensemble, pas nettement. C’est fini ? On peut applaudir ? C’est un effet pour montrer que rien n’est résolu et qu’il faudra bien apaiser les dieux ; mais la mise en scène de ce qui précède ne permet pas vraiment de comprendre.
Et les chanteurs ? Ils ne sont pas mauvais du tout, les chanteurs. Joyce Di Donato, dont j’avais entendu plus que du bien, est effectivement parfaite en jeune homme. Une voix superbe, une impression de facilité folle, beaucoup d’émotion – un seul reproche peut-être : lorsqu’Idamante revient après avoir tué le monstre, on ne sent pas très bien qu’il a changé, qu’il a passé une sorte d’étape. Camilla Tilling, en Ilia, chante joliment mais reste un peu lisse. Il faut dire qu’elle joue quand même une cruche, et qu’elle n’est certainement pas aidée par le costume de pensionnaire des années 30 se rendant à son cours de gym dont l’a affublée Luc Bondy. Mireille Delunsch est une vraie découverte. J’avais lu des avis contrastés, mais j’ai assisté à une très belle prestation, plein de passion, de fureur plus ou moins rentrée, d’espoirs, d’inquiétude. C’est la seule à faire sentir un peu la tragédie ; la seule aussi à avoir vraiment incarner dans les moindres détails son rôle : port de tête, démarche, gestes, tout en elle est Electre. Défaut du metteur en scène ? Choix au contraire de montrer qu’elle est à part ? Paul Groves en Idoménée manquait peut-être un peu de douleur et de tension, mais était fort émouvant. Et j’ai particulièrement aimé les duos, alors je vous mets leurs noms, pour clore un billet déjà bien trop long : Yun-Jung Choi et Anna Wall pour les Crétoises, Jason Bridges et Bartomiej Misiuda pour les Troyens.
L'es avis de Yohan et Praline.
Coproduction avec la Scala de Milan et le Teatro Real de Madrid, crée en novembre 2006.
Un extrait vidéo ici.
18 mars 2009
27-96
« Feuillantines ! Rue des Feuillantines habitait Victor Hugo, et puis c’est là-aussi que vivait Bécassine, la cousine de Séverine, Rubigine, Justine, Léontine…
Gay-Lussac ! Pour el centre de la mer, pour le ceeeeeeeeeentre de la mer, Gay-Lussac messieurs-dames, pour le ceeeeeentre de la mer !
Rue St jacques ! Au n°9, un copain d’enfance, Picasso, avec qui je dessinais en 1952. »
Et jusqu’à Saint-Michel, c’est un chauffeur hilare, mi-printemps des poètes mi-bus à touristes (« à votre droite, la Sorbonne, à votre droite, hein, pas à gauche, not on your left ! »), et des passagers pour l’essentiel enjoués. L’humour n’est pas très fin sans doute, mais notre bus est ce bien meilleure humeur que les autres, c’est sûr, et de meilleure humeur aussi que ces policiers qui arpentent le Boul’Mich par groupes de dix, en rang par deux, en bel uniforme, sur le trottoir de gauche, dans le sens de la circulation.
Changement de bus, changement de chauffeur.
Des petits vieux très chics.
« Vous allez à Châtelet ? » « Je vais au BHV, je descend où ? »
« -Bonjour, messieurs-dames ».
Héhé.
Un bus-escargot, des policiers à la place des touristes devant la fontaine St-Michel, et les cars de CRS bleu rutilant, toujours aussi bien alignés devant la préfecture, comme des petites autos qu’on ne dérangerait jamais. C’est « un officiel » qui dérange toute la circulation, mais lequel ? Je crois reconnaître les drapeaux du Liban. Plus exactement, je crois reconnaître un cèdre sur les drapeaux qui ornent la mairie.
C’est bien le président libanais, entre Premier Ministre et Sénat.
17 mars 2009
Zurück!
Et voilà, j'ai troqué la fin d'hiver venteuse d'Erfurt pour le début de printemps parisien - et je comprends mieux pourquoi mes amis en visite à Berlin étaient frigorifiés... choc climatique! Troqués aussi les piétons inconscients et les traîtres rails de tram contre des pigeons kamikazes, la douceur de vivre contre le métro au pas de course, la sous-location et les connaissances pour la maison et les amis.
Zurück!
11 mars 2009
Lentille attacks !
Ou : la vie fabuleuse de la Curieuse moderne
D’une manière ou d’une autre, j’ai offensé le Dieu de l’Electroménager. Je ne vois que ça. Car, non contente d’avoir failli hier provoquée une inondation doublée d’une électrocution généralisée triplée d’un incendie, j’ai aujourd’hui commis une erreur de débutante qui me fut fatale : j’ai fait confiance à un micro-ondes.
En échange, j’ai subi les assauts d’une demi-assiette de lentilles Beluga (variété d’ascendance cosaque et donc particulièrement féroce ; heureusement celles-ci n’étaient imbibées que de jus de citron). Eh ! De quoi te plains-tu ! me direz-vous ; une demi-assiette ! Ça aurait pu être pire !
Certes.
Mais la lentille est fourbe. La lentille se cache dans des endroits inexpugnables. La lentille reste à proximité d’un micro-ondes lui-même placé à l’endroit le moins accessible de la pièce. La lentille est soupçonnée de boucher les éviers. La lentille se tapit dans l’ombre et ne ressort que lorsque vous croyez avoir triomphé : Nananère-eu. Ou bien la lentille, ce petit être retors, organise des actions kamikazes et se retrouve sous vos chaussons.
L’enfer, c’est les lentilles.
Mais la lentille a un ennemi farouche : l’aspirateur.
J’ai pensé trop tard à essayer le hamster, je sus sûre qu’on aurait bien rigolé.
Ceci était une contribution à la recherche mondiale sur les chasses en milieu domestique.
07 mars 2009
Ich hab' noch einen Koffer in Berlin
Je passe un long week-end à Berlin, ça fait presque un an et demi que je n'ysuis pas allée...
Et je vous laisse avec Marlene et cette chansons magnifique, découverte grâce à l'émission fort chouette de Philippe Meyer.
Ich hab noch einen Koffer in Berlin,
Deswegen muss ich nächstens wieder hin!
Die Seligkeiten vergang'ner Zeiten
Sind alle noch in meinem kleinen Koffer drin!
J'ai encore une valise à Berlin, c'est pour ça que je dois y retourner bientôt. Les félicités des temps passés sont encore toutes dans ma petite valise.
J'ai encore une valise à Berlin, elle reste là-bas et ça a un sens. Comme ça le voyage vaut le coup, car, quand j'ai le blues, je vais là-bas.
A Paris la rue Madeleine est magnifique, et c'est beau de se promener dans Rome en mai, ou de boire du vin à Vienne par une nuit d'été. Mais aujourd'hui je pense, riez si vous voulez, aujourd'hui je pense encore à Berlin.
J'ai encore une valise à Berlin, c'est pour ça que je dois y retourner bientôt. Les félicités des temps passés sont encore toutes dans ma petite valise.
J'ai encore une valise à Berlin, elle reste là-bas et ça a un sens. Comme ça le voyage vaut le coup, car, quand j'ai le blues, je vais là-bas.
Lunapark et Wellenband, les oursons au zoo, la plage de Wannsee avec la roue d'eau, les jours clairs et joyeux. Les arbres qui fleurissent dans le parc de Sans-Soucis. Ah, mes enfants! Berlin était pourtant si beau! Je ne l'oublie jamais.
J'ai encore une valise à Berlin, c'est pour ça que je dois y retourner bientôt. Les félicités des temps passés sont encore toutes dans ma petite valise.
J'ai encore une valise à Berlin, elle reste là-bas et ça a un sens. Comme ça le voyage vaut le coup, car, quand j'ai le blues, je vais là-bas.
Car j'ai encore une valise à Berlin.
Paroles pas du tout d'Udo Lindenberg, mais d'Aldo von Pinelli, sur une musique de Ralph Maria Siegel, en 1950 ou 1951...
[désolée pour la traduction maladroite et parfois approximative!]
06 mars 2009
Halle, sous la pluie
RB 16315, Eisenach-Halle ; montée à Erfurt.
C’est d’abord la campagne de Thuringe que j’aime beaucoup, pour ce qu’elle a de paisible et d’enveloppant, de beau même en hiver quand la lumière est grise et que les arbres sont nus. La campagne de Saxe-Anhalt, après une demi-heure de train, est terne et laide, triste. On traverse une raffinerie et ses effluves d’acide sulfurique. Une flamme bleue en haut d’un derrick, des tuyaux à n’en plus finir. C’est Leuna-Süd, puis Leuna-Nord. Probablement cette raffinerie qui fut au centre d’un scandale mêlant Elf, Helmut Kohl et la pitoyable manière dont la RDA fut démantelée. Je pensais qu’il s’agissait d’une marque, c’est une ville. Une ville sans habitants, sans maisons, sans rues, puisque ce train ne dessert que l’usine.
C’est un jeune qui monte, musique à fond, sans écouteurs, avec sa copine. Il voudrait bien être pris pour quelque loubard de banlieue. « Ils ont peur de moi, parce que la musique est tellement forte ». Pas tellement, non, mais on aimerait bien que tu baisses le son, ou que tu changes de musique. C’est de la dance allemande, poum papaaaaaa, poum papaaaaaaaaa, poumpa pouma poum papaaaaaaa… C’est très laid. Puis du Rn’B allemand (et vous ne voulez pas savoir à quoi ça ressemble), quelque chose de pas mal qui pourrait être du Nina Hagen, de la pop allemande. Ce garçon au moins résiste à la mondialisation… Et pourquoi pas du Saint-Saëns ? J’ai des envies de Saint-Saëns, du Carnaval des animaux, de la danse des squelettes. Il voudrait terroriser un wagon, il ne réussit qu’à vaguement gêner ; un jeune de province mal fagoté qui joue au caïd en maltraitant les portes et en faisant du bruit. C’est la contrôleuse pète-sec, un peu hystérique, pas conciliante pour deux sous, à donner du « jeune homme » aux passagers entre vingt et trente ans. Ce sont deux noirs, assez rares que je remarque d’autant plus qu’il n’y en a pas à Erfurt. C’est le fraudeur qui rechigne à descendre mais qu’on finit par abandonner sur le quai désert d’une minuscule gare.
C’est enfin Halle.
L’entrée de ville est très laide. Ça ne ressemble à rien : des immeubles posés comme au hasard, sans unité architecturale. Un panneau qui m'apprend l'existence d'encore une Lutherstadt - Eisleben, sa ville natale. Puis on entre dans une ville allemande ; des façades colorées, des trams, des piétons, des vélos. Puis ce sont de petites rues serpentines et tranquilles, tram et piétons, de jolis magasins, de très jolis bâtiments. Un magasin de thé avec en vitrine de superbe théières de porcelaine ornées de fleurs de cerisier. Mais quoi de plus compliqué à transporter qu’une théière, lourde et fragile ? Il pleut, bonne excuse pour tester un café. Ce sera le nt Café, dans la Grosse-Ulrich-Strasse, près du théâtre. Une atmosphère entre la bibliothèque et le club, des théières plein la vitrine, une belle carte, et une galerie occupée par les bibliothèques et quelques tables. On y est bien, les serveuses sont adorables, on y lirait volontiers tout l’après-midi. Mais la ville attend.
Elle est élégante, cette ville. Les façades, dont beaucoup datent du XIXe siècle, sont assez simples, un peu austères, très dignes. Halle me fait l’effet d’une aristocrate désargentée mais toujours le dos très droit et le menton haut. Erfurt au contraire, avec ses façades colorés et sur-ornementées du baroque, a quelque chose d’un parvenu fier de sa réussite. C’est aussi ce qu’elle est : une ville de marchands riches et ambitieux. Halle fut une ville marchande, mais sans jamais l’éclat d’Erfurt ; et sans doute a-t-elle plus souffert de la guerre et de la RDA cumulées. Pas mal de bâtiments non encore rénovés, misérables ; des Bauplatte aussi. Les Bauplatte, ce sont les maisons-légo de la RDA : on fabrique des plaques de bétons avec des emplacements pour les fenêtres, on les assemble, et on a un immeuble. Vite, pas cher, solide. Et moche.

Bauplatte - ceux-là viennent de Gotha
C’est une déception aussi : la Moritzburg est fermée le lundi. J’aurais voulu y voir les peintures de la RDA qui y sont exposées. J’en ai vues à Berlin il y a quelques temps, mais c’était plutôt des peintres qui contournaient la ligne officielle. J’espérais voir à la Moritzburg la peinture académique de la RDA – non que je l’imagine particulièrement exaltante, mais je suis curieuse. Peut-être n’y en a-t-il pas, mais de toutes façons, je ne peux que regarder les murs médiévaux qui subsistent et auxquels on a adjoint des éléments très modernes – pas toujours heureux – et le bâtiment reconstruit au début du XXe siècle selon les codes de la Renaissance. Blanc, aux encadrements de fenêtres jaunes, avec des touches de vert amande.

Les murs nord et sud de la Moritzburg, côté cour.
Il pleut toujours autant. Un antiquaire propose des petites mappemondes datant de la RDA. J’ai envie de succomber, mais elles sont définitivement trop chères. Un café me tend les bras, il s’appelle Potemkine en cyrillique dans le texte, et j’y déguste un affolant chocolat chaud, merveilleusement épais (je soupçonne les carrés de chocolat fondus avec vaguement un peu de lait), brûlant à souhait, avec une généreuse dose de chantilly, pour… 2,20 euros. C’est un tout petit café, avec des papiers peints sombres et fleuris aux murs, façons ancien, un peu déchirés ; avec des tapis rouges et ors, avec l’envie d’y rester longtemps. Il est dans la Kleine-Ulrich-Strasse, une rue de cafés, tous élégants et simples, avec ce chic sans chichi qu’on trouve en Allemagne et cette attention à la Gemütlichkeit – intraduisible, gemütlich signifie quelque chose comme cosy.

Marktplatz, Roter Turm et Marktkirche
Et c’est la Marktplatz et sa mairie en gothique toc du XIXe siècle, sa statue de Haendel, un peu sévère et l’air assez satisfait, et une église plus jolie dedans que dehors. Les voûtes forment un entrelacs de serpents en pierre, devant l’autel trône un sublime baptisphère en bronze du milieu du XVe siècle, un petit orgue derrière l’autel et un grand orgue sur la mur opposé, une chaire très baroque, blanche, rococo.
A la gare, je m'aperçois que j'ai manqué la grande expo "Sur les traces de Luther - nouvelles découvertes archéologiques". Quand je vous disais qu'il me poursuivait!!
C’est enfin le RB16328 à travers un paysage inondé qui va bien avec le gris des fins d’après-midis pluvieux. Des arbres isolés ou en petits groupes, des poteaux électriques les pieds dans l’eau, des bandes d’oiseaux qui barbotent.
Et c’est la nuit.
Les photos (sauf les Bauplatte de Gotha) viennent de wikipedia (Halle et Moritzburg) ; moi j'avais oublié mon appareil photo, et de toutes façons la lumière était pourrie. Vive la pluie...
05 mars 2009
« Il transforma le monde à jamais »
A lire avec la grosse voix des bandes-annonces américaines.
A force de m’amuser avec ce que Fashion a joliment appelé mes lutherades, il fallait bien qu’un jour je le croise en vrai. C’est à peu près la première chose que j’ai vu en entrant dans ma chambre à Erfurt, il m’attendait.
Martin.
C’est mon destin.
Et j’ai été assez surprise devoir qu’on ne s’ennuie pas vraiment à regarder ce film de, tout de même, deux heures. Les acteurs sont plutôt bons – celui qui joue le cardinal Cajetan ressemble vaguement à Dominique de Villepin, c’est surprenant de le voir ainsi attifé – l’histoire avance sans trop de difficultés. Après, de là à regretter de ne pas avoir vu la chose sur grand écran… Ça manque bien trop de mise en scène et de dynamisme pour ça. Un bon téléfilm, quoi. Avec quelques facilités agaçantes de mise en scène, comme le pape chassant le sanglier, et en voix off les mots de Luther sur un sanglier qui est entré là où il ne devrait pas et qui est pourchassé, et le pape est très colère car Frédéric III n’enverra pas Luther à Rome ; et pffffiu, le pape envoie sa lance, plan sur Luther qui arrête d’écrire et nous regarde, plan sur le malheureux sanglier percé de la lance papale*. Tu as tout bien compris, spectateur ?
Et puis un téléfilm où visiblement on a oublié de prendre un conseiller historique. Je ne supporte pas qu’on prétende faire des films d’époque sans prendre soin des détails. Le diable est dans les détails… Et donc, des femmes en cheveux et des hommes en chapeaux à l’église, d’ailleurs, ils sont tous mélangés sur les bancs, les étudiants qui prennent des notes sur du papier à l’université – je n’ai rien pour vérifier, mais il me semble que vu le prix du papier les étudiants utilisaient des tablettes de cire ; et de toutes façons l’apprentissage était essentiellement oral. Martin Luther avoue n’avoir jamais lu le Nouveau Testament. Un moine, augustin, du XVe siècle, qui n’a JAMAIS lu le Nouveau Testament ? Honnêtement, j’ai beaucoup de mal à y croire ! Et puis pas mal d’autres choses, la nette exagération du nombre de princes favorables à la Réforme, les liens entre les personnages, le choix pour l’a diète de Worms d’un décor qui fait certes très médiéval mais qui date du XIXe siècle (et qui est situé à Eisenach…, j’avoue, là, je pinaille !).
Des imprécisions dans la réalisation et dans le déroulé des faits : on nous donne peu de dates et de lieux, la chronologie est très floue ; des personnages apparaissent d’un coup qu’on n’avait jamais vus et quine sont pas présentés (Melanchthon est au générique mais je ne l’ai pas remarqué dans le film, c’est quand même un peu gênant, c’est un pote de Luther, quoi…) ; le film est aussi assez elliptique sur certains événements, comme la fuite de nonnes dont l’une devient ensuite Madame Luther. Le film se termine à la diète d’Augsbourg, lors de laquelle le duc de Saxe est présent. Mais ! Surprise ! Ce n’est plus le même ! C’est normal : Frédéric III, que nous avons suivi tout le long du film, est mort entre temps. Mais ça, personne ne vous le dira, alors que Frédéric est quand même celui qui a permis à Luther de réformer, en refusant systématiquement de le livrer à Rome et à l’Inquisition.
A propos de Frédéric III, une petite anecdote qui résumerait assez bien les critiques que je fais à ce film : Peter Ustinov, qui incarne Frédéric, estime que le prince et Luther ont du se rencontrer, forcément, l’un protégeant l’autre et étant séduit par ses idées. Or on n’a aucune preuve d’une telle rencontre, qui n’a probablement jamais existé. Mais l’acteur trouvait ça sympa, alors why not ? Bref, ce n’est pas un film historique, c’est un film qui se passe vaguement au XVIe siècle autour d’un type qui s’appelait Martin et qui n’était pas comme les autres.
Mais ça ne serait pas encore trop grave ; c’est un film, pas une étude. Même si ça m’agace que des faussetés et des clichés soient ainsi propagés… Là où c’est nettement plus grave, et impardonnable quand on prétend se pencher sur Luther, c’est que le film évacue totalement les problèmes et les controverses. Luther devient un type sympa et moderne qui n’est pas antisémite, qui aime les pauvres et les paysans – alors qu’il a écrit sans aucune ambigüité qu’il fallait réprimer sévèrement les révoltes car les paysans sont placés là par Dieu pour obéir aux princes – un type qui cherche un Dieu chaleureux. Je ne suis pas théologienne et mes souvenirs là-dessus sont un peu anciens, mais les trois piliers de la foi protestante sont tout de même sola fide, sola scriptura et sola gratia : seule la foi compte (et donc ni les œuvres ni les indulgences), seules les Ecritures saintes ont de la valeur (et donc pas ce que raconte le pape), et seule la grâce vous sauvera au final. Il y a les élus, et il y a les autres. Et tant pis pour les autres. Dans le genre bienveillant, on a fait mieux. Bon, ça, c'est chez les plus puritains, mais quand même, la grâce est incompréhensible et arbitraire. Pas chaleureuse.
Les causes de la Réforme sont hyper simplifiées, réduites à la question des indulgences. Au début, ce n’est qu’une querelle de théologiens sans aucun écho dans la population, mais évidemment c’est moins cinégénique. Aucune mention des autres réformateurs, prédécesseurs de Luther ou contemporain ; réformateurs qui quittent l’Eglise catholique et ceux qui veulent la changer de l’intérieur.
Et puis cette fin hallucinante, avec la voix off qui vous explique, après une diète d’Augsbourg caricaturale, que « ce qui s’est passé à Augsbourg ouvrit la porte à la liberté de conscience »… mouais. Avec encore quelques guerres, hein : en France, il faut quand même attendre 1509 pour l’édit de Nantes, révoqué pas si longtemps après), et même dans l’Empire, où l’on doit croire ce que le prince croit, sinon on déménage.
Bref, c’est schématique et caricatural, et l’on est tenté de se demander si tout cela ne viendrait pas du financement du film, assuré par Thrivent Financial for Lutherans…
Quelques points intéressants tout de même : l’arrière plan social qui entraîne l’adhésion des paysans aux nouvelles doctrines dont ils ne retiennent que certains points (notamment la critique des quêtes ecclésiastiques et de la vente des sacrements), et surtout pour la traduction de la Bible en allemand. Là le film n’exagère pas : Luther a véritablement posé les bases de l’allemand moderne et surtout unifié (avant lui, c’est le bazar ; après, aussi, mais moins quand même), cette démarche montre bien son souci de rendre les textes saints accessibles à tous et plus seulement propriétés de quelques élites intellectuelles maîtrisant le latin ; le rôle de l’imprimerie est aussi bien souligné.
Pas de quoi se précipiter toutefois : des acteurs plutôt bons (même si Joseph Fiennes en fait un peu trop, surtout au début, dans le genre allumé : Luther n’est pas un exalté, c’est un théologien), mais le reste au mieux sans éclat, au pire contestable. Il reste Peter Ustinov, génial en Frédéric le Sage, qui me le rendrait presque sympathique – mais bon, c’est quand même lui qui a bien aidé à la ruine d’Erfurt (même s’il n’a pas été jusqu’au bout pour la piquer aux archevêques de Mayence) (vous noterez qu’ici je fais preuve de bien plus d’erfurtisme que les Erfurtois d’alors…)
En parlant d’Erfurt : deux fois on a une vue de la ville. Les murs sont forcément une reconstitution (très plausible, d’ailleurs), mais faîtes bien attention au coin droit de l’image : vous y verrez les six flèches de la cathédrale Ste Marie et de l’église St Séverin qui signent la silhouette de la ville. Peu importe le reste, si on vous montre ça c’est qu’on est bien à Erfurt !
*Heureusement, le générique précise qu’aucun animal n’a été martyrisé pour le film et que les scènes qui en impliquent ont été truquées. Nous voilà rassurés.





