Vilain défaut

le blog curieux d'une rêveuse-voyageuse...

27 août 2009

Danielle Steel : narrativité, spiritualité, modernité (une étude très sérieuse basée sur au moins un roman)

Ghost, Danielle Steel, 1997, Harlequinades 2009

« Mesdames et Messieurs, chers collègues, je suis très honorée de pouvoir présenter la conclusion de mes travaux sur la narrativité steelienne à l’occasion de ce nouveau colloque de la SHMES* (Société des Harlequinistes méritants de l’enseignement supérieur). Je tiens d’ailleurs à saluer les organisatrices pour le formidable travail qu’elles ont accompli. Je ne me permettrai qu’une critique : pourrait-on organiser le colloque de l’an prochain aux Seychelles ? Il me semble que nous avons désormais fait le tour des universités de banlieue et que les universités plus lointaines ne doivent pas être laissées à l’écart des avancées de la science ; même si l’accueil qui nous a été réservé ici est excellent, et j’en remercie les collègues. Mais passons aux choses sérieuses, et rassurez-vous je ne serai pas trop longue. La journée a été bien remplie et j’aperçois déjà nos hôtes qui apportent les pâtisseries de la pause café.

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Je commencerai en rappelant brièvement l’intrigue. Charlie est très triste : sa femme le quitte pour son patron, qui a trente ans de plus, trois ex-femmes et tout du vieux beau. Charlie est vraiment très triste. Oh oui, il est très très triste. En plus, ça va mal dans son métier, on l’oblige à quitter Londres qu’il adore pour rentrer diriger, de façon soi-disant temporaire, le bureau new-yorkais de sa firme d’architecture. Oh la la, Charlie est vraiment au bord du gouffre. Il est tellement triste qu’il part un peu au hasard pour Noël, dans l’espoir de faire un peu de ski. Mais la neige tombe trop dur, il doit s’arrêter chez une charmante vieille dame et il l’aime tellement, il n’a tellement pas envie de rentrer à New York, qu’il décide de louer le château de la vieille dame. Et puis il va faire du ski, c’est quand même pour ça qu’il est venu, mais il va aussi à la bibliothèque pour se documenter sur la belle Sarah, femme libre et indomptable du XVIIIe siècle qui vécu avant lui dans ce château. Et, ô surprise, au ski ou à la bibliothèque il croise la même jolie mais revêche jeune femme. Et, autre surprise, il trouve chez lui le journal de Sarah. Et donc, suspens, va-t-il rentrer à New York ? Va-t-il rester inconsolable du départ de sa femme ? Va-t-il craquer pour la jolie mais revêche jeune femme (et la séduire) ? Insoutenable, n’est-il pas ?
Je voudrais par l’analyse suivante mettre en évidence la place primordiale de Steel, tant stylistique que dramatique, dans le paysage littéraire mondial.

I-    Profusion et néant : le paradoxe steelien
1-L’accumulation sans fin
Il apparaît d’emblée que ce roman est construit selon une logique du plein. Danielle Steel nous donne à voir un monde parfait, achevé, accompli. De même les protagonistes ne souffrent-ils d’aucune faille. Richesse matérielle, délicatesse des objets, profusion de confort : rien ne nous sera épargné. Ce qui donne des phrases telles que : « They were particularly fond of Val d’Isère and Courchevel, although Charlie likes St-Moritz and had a great time in Cortina. » (p.139). De même, les méchants de l’histoire, bien que seulement évoqués, ont des yachts, la peau bronzée toute l’année, sont champions olympiques, et possèdent au minimum deux appartements cossus et une maison de vacances dans le coin le plus hype possible. Cette logique n’a que deux écueil : la lectrice risque plus l’écœurement que le rêve, et aura peut-être du mal à s’identifier aux protagonistes. Mais on peut supposer que le lecteur steelien, au fait de cette technique, saura comprendre la profondeur du texte mieux que le néophyte. Et je vous rappelle, c’est important, que Charlie est très très triste.

2- Ce que parler veut dire
Cette accumulation est soutenue par une rhétorique de la répétition. Nous n’osons soupçonner que Danielle Steel considère son lecteur soit si bête qu’il ait oublié en dix pages ce qu’on lui a dit à propos des héros ; plutôt, elle vise à créer une ambiance lancinante et triste, un ennui délicat, une proximité entre le malheur et la lassitude du héros et l’état du lecteur. Le style steelien se caractérise ainsi par une logorrhée formant une boucle sans fin, interrompue brièvement par quelques moments d’action destinés à relancer l’intrigue. On ne peut échapper au malheur de Charlie, ah oui quel grand malheur vraiment, ouh qu’il est triste, oh la la le divorce c’est trop dur, et se faire plaquer comme ça c’est terrible, Charlie est triste, Charlie est atrocement triste, Charlie veut mourir, Charlie veut sa femme, Charlie est triste.

3-Une métaphysique du vide
Mais l’écriture steelienne n’est pas que remplissage : c’est au contraire le jeu subtil de l’accumulation et du vide. Ainsi les personnages ne sont-ils que sommairement décrits, la répétition des thèmes n’est jamais le prétexte à l’introduction de détails ou de variantes. L’histoire se garde bien de ces tentations rebattues que sont la finesse psychologique et la complexité de l’intrigue. Dans ce roman, il ne se passe presque rien et on nous serine le peu qui arrive pendant plus de 400 pages : on peut admirer la maîtrise de l’auteur, même si Charlie est toujours au désespoir parce que sa femme l’a quitté.

II-    Centre et périphérie : une dynamique spirituelle
1-Tension et interrogation
Charlie et Sarah, les deux héros du roman, sont bien malmenés par la vie : lui se fait plaquer, elle est battue par un mari sanglant qui veut juste un héritier. Il est tous deux au cœur de la tempête, au cœur de la tragédie, et tout le roman n’est que l’explication de leurs mouvements pour s’en sortir, pour aller vivre heureux dans le meilleur des mondes. Ce paradigme de l’inquiétude fait toute la force du roman et sa dynamique : de désespoir en optimisme, du coin sombre de la chambre en pistes de ski lumineuse, de Londres à New York. Mais pendant longtemps, Charlie est vraiment triste ; heureusement que le destin arrange bien les rencontres.

2-Le héros, au cœur du monde
Car le roman se déroule dans deux continents : l’Europe et l’Amérique. Sarah s’enfuit nuitamment pour braver Neptune et échapper au carcan d’une société anglaise si peu évoluée au XVIIIe siècle. Elle trouvera à Boston, puis dans la campagne proche, compréhension, amitié, bonheur. Charlie, lui, est forcé de quitter l’Europe, qu’il aime passionnément, pour retourner aux Etats-Unis, à New York puis dans la campagne : le héros steelien est au cœur des flux mondiaux. Le personnage de Francesca, lui, permet une analyse géopolitique en profondeur de la France : tous les hommes y sont des salauds, plus chaud lapin tu meurs, et méchants avec ça, les vilains misogynes. On s’y appelle Pierre et Monique (née en 2000, la gamine, Danielle Steel est d’une singularité rafraichissante et s’est visiblement beaucoup documentée), et les femmes les plus belles se ressemblent toutes : « He has a vision of a tiny, delicate, modern-day Edith Piaf. » (p. 145)
Le héros est aussi au cœur de la nature, trouvant sa voie et la vérité dans la forêt, la montagne, ou près des cascades. Car chacun le sait, la ville c’est sombre et mauvais, et la Vérité ne peut surgir que dans le dépouillement, même artificiel, de la nature sauvage et vierge de toute tentative de conquête humaine. Et puis l’Europe, c’est poussiéreux, on ne saurait y évoluer, alors que l’Amérique est pleine de force pour vous aider à vous relever. Spatial turn fondamental chez Steel. Mais Charlie se morfond toujours, pauvre chéri, il est teeeeeeeeeeellement triste.

3-Une cosmogonie complexe
Le roman steelien propose ainsi une vision du monde clairement articulée entre lieux-repoussoirs et lieux permettant la réalisation du héros, grâce à quelques adjuvants judicieusement placés là par le destin. Car le destin est là du début à la fin, Danielle Steel le rappelle environ toutes les 10 pages : c’est le destin des personnages. L’intrigue steelienne est le long déroulée d’une téléologie naturaliste et mondialisante. Le résultat et les péripéties ne peuvent être évités, car c’est ton destin. Ton destin. Prends-toi z-en main. D’ailleurs, ma rencontre avec ce livre s’est faite de façon totalement fortuite, il m’a en quelque sorte sauté dessus, je ne pouvais l’éviter, c’était mon destin. Mon destin. Tu as bien retiendu la leçon et comprendu Danielle ? C’est ton destin. Et le destin de Charlie, c’est d’abord d’être très triste, pendant très longtemps, avant que son destin ne prenne les choses en main.

III-    Le post-harlequinisme

1-dépassement des conventions littéraires
Danielle Steel ne s’embarrasse pas de règles ; elle reprend à son profit toute l’histoire de la littérature mondiale en détournant les genres pour servir au mieux son intrigue. Roman gothique avec les souffrances de Sarah auprès de son pervers époux, tragédie antique avec l’omniprésence du destin, fantastique avec la venue d’un fantôme, Ghost est un melting-pot.
« He was the most graceful and powerful man she’d ever seen – terrifying – like the Prince of the unknown, a world she could only dream of. She was shaking violently. » On sent bien ici que l’intersectionnalité des genres littéraires doit permettre à l’œuvre d’acquérir une dimension mythique, que les personnages doivent quitter l’humanité pour devenir demi-dieux, par leurs exploits, leur beauté, leur sens du sacrifice (enfin, ça, c’est seulement pour certains). Pour d’autres, on est plutôt dans le drame, parce qu’ils sont tristes.

2-Modernité et renouveau harlequinien
Danielle Steel fait montre d’une grande originalité en reprenant une bonne part des topoï harlequiniens mais en les réorganisant de façon radicalement nouvelle. Les héros sont beaux et riches, ils vivent dans un cadre idyllique, ils sont bien malheureux et ne peuvent jamais reconnaître au premier coup d’œil celui/celle qui les attend depuis toujours – et quand ni lui ni elle ne se reconnaissent, on atteint à la radicalité steelienne.
Cependant, Danielle Steel a laissé de côté les principes éditoriaux pour le moins poussiéreux : pas de comparaisons fumeuses, pas de style neuneu, pas de ces formules qui sont comme autant de passages obligés dans un Harlequin. Chez Steel, on ne ricane pas. On s’ennuie juste à l’unisson du personnage – et on finit même par lire une page sur cinquante passée la première moitié, parce bon. Et Charlie est toujours triste, vous avez bien compris ça ? Non parce que c’est important quand même de bien voir qu’il est vraiment triste. Mais il a rencontré la vieille dame, grâce à son destin.

3-Harlequin, Cartland, Steel : du too much au what for
Harlequin, donc, c’est hilarant, c’est ridicule, c’est gnangnan, c’est idiot, c’est trop sucré, mais c’est pour ça qu’on l’aime. Parce que même si trop, c’est trop, le rose nous va si bien. Cartland, c’est un peu pareil. Mais Danielle Steel, c’est une autre catégorie. Ici des phrases simplement utilitaires, banales, aucun effort stylistico-harlequinien : le principal est ailleurs, dans la Weltanschauung délivrée par l’auteur, message qui peut effrayer le béotien. Et qui effraye aussi la spécialiste que je suis : à quoi bon un roman à l’eau de rose qui ne fait même pas sourire, qui n’en fait pas trois tonnes, et qui ne propose même pas de galipettes ? Danielle Steel est un objet d’étude aride. (On remarquera d’ailleurs la sobriété inquiétante de la couverture…) En plus, elle est méchante avec ses personnages, ils sont tristes…

Je terminerai sur ces mots, et vous propose de continuer la discussion autour du buffet – de préférence des questions rapides. J’ai faim, et je vois des choses bien appétissantes là-bas. »

*Aucun historien médiéviste n’a été malmené pour l’écriture de ce billet.

PS : Et on remercie bien fort l’université française qui m’a appris à faire des choses aussi importantes.
PSbis : Je crois que je fais une légère overdose de recherche effrénée du plan de la mort qui tue, et une surconsommation de bouquins chiants, pardon je voulais dire stimulants… Sorry !

26 août 2009

Le goût de Berlin

textes choisis et présentés par Kristel Le Pollotec, 2008


515Rb9JlMkLUn titre pareil, c’était forcément pour moi. Berlin est ma ville chérie, la seule au monde, j’en suis sûre, à savoir être furieusement grande ville et délicieusement province, cosmopolite et campagnarde, chic et pas chère, offrant à chaque pas l’Histoire de l’Europe et du monde.

Cette petite collection offre au lecteur un kaléidoscope urbain d’histoire et de mythes, une balade imaginaire entre monuments en pierre et symboles qu’on grignote, un voyage littéraire. C’est aussi, évidemment, un piège à LCA. Un livre qui semble inoffensif, avec ses même pas 130 pages, et dix titres notés. Sans compter les sept hésitations et les cinq confirmations de ce qui me tentait déjà. Heureusement, sept non.

On y trouve donc, en trois sections sur els années 1870-1933, 1933-1945 et 1961-1989, le portrait d’une ville par des écrivains locaux où non, amoureux de la ville ou non, par le fantasme, la transposition, ou la description. Des classiques (Fontane, Grass), des étrangers (Laforgue, Kerr, Grossmann), des gentils et des méchants (Klemperer et Céline), des hommes, des femmes, des Ossis et des Wessis. La sélection est bonne, idéale pour une balade littéraire ou une rêverie, même si elle est peut-être un peu trop axée sur les drames berlinois.
Ces scansions classiques sont peut-être trop attendues ; en même temps il serait difficile de les ignorer pour Berlin. J’aurais aimé sans doute un peu plus sur les années 20, sur l’insouciance, sur les artistes, sur les agitations politiques. J’aurais aimé un peu plus de XIXe siècle ; mais ce serait oublié qu’il s’agit là d’une introduction à la ville et non d’une histoire littéraire. L’introduction de Kristel Le Pollotec réussit à ne pas insister trop lourdement sur les lieux communs de l’histoire berlinoise. Quelques exemples, quelques propositions d’occupations, et elle suggère Berlin comme si vous y étiez : une ville qui ne sait pas s’arrêter de bouger et où pourtant on prend son temps comme dans peu d’endroits. A lire, donc, même si les extraits choisis ne sont pas, sans doute, ceux qui donneront une image radicalement de la ville à ceux qu’y ne l’associe qu’à l’exclamation de Kennedy*.

Une collection que je retenterai donc ; pour partir où, je ne sais pas encore.


*A propos de ce « Ich bin ein Berliner », et pour la petite histoire… les Allemands aiment à dire que Kennedy s’est ainsi comparé à un beignet – Berliner dans toute l’Allemagne, sauf à Berlin naturellement, où c’est un Pfannkuchen

25 août 2009

Nobody puts Baby in a corner

Dirty Danciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiing, Emile Ardolino, 1987

200px_Dirty_DancingComment susciter la surprise réprobatrice parmi une large part de votre entourage, et choquer dans le même mouvement de nombreux inconnus, sans que cela ne vous coûte rien, ni douleur, ni argent, ni temps ? Juste un petit aveu innocent, naïf même : n’avoir jamais vu Dirty dancing.
N’avoir jamais fantasmé sur Patrick Swayze – en danseur du moins, mon adolescence n’a pas été si aride que je n’aie pas non plus vu Ghost. N’avoir jamais tenté un slow avec Kevin D. de la troisième 6 sur I’ve had the time of my life. Jamais, jamais, jamais.
Visiblement, nous sommes une espèce très rare. Rendez-vous compte : le film est le plus vu par les femmes du monde, avant Grease, La mélodie du bonheur et Pretty Woman ; on l’appelle le Star Wars des filles… Heureusement que j’ai vu Grease – et encore, pas à l’adolescence ! – sans ça on me mettait sous un microscope pour comprendre cette incongruité.

Et il est bien sûr impossible de continuer à vivre comme avant une fois l’entourage ainsi secoué. On ne vous le permettra pas ; ce serait criminel de vous laisser dans l’ignorance. On vous apportera donc le DVD à défaut de pouvoir vous emmener à la comédie musicale. Et au retour d’un week-end de harengs marinés et d'embruns, on vous proposera une soirée filles à base de tisane et de Patriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiik !

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C'est un vrai spectacle de fille: il est tout rose
(source)

On ne saurait tomber mieux à point : les Harlequinades battent leur plein et cette histoire d’intellectuelle riche et pas jolie qui découvre la sensualité avec une bombe pauvre et inculte a un potentiel harlequinesque non négligeable. Surtout qu’à côté de l’histoire d’amour on a une critique sociale, un plaidoyer pour l’avortement légal et la sexualité libre, la guerre du Vietnam, l’évolution de l’économie des loisirs – si, si ! – et la nécessité d’aller au-delà des apparences et des conventions. Le film a gagné l’oscar de la meilleure chanson pour le slow sus-cité ; mais il a en réalité une dimension de Pulitzer. Rien que ça.

Ruinée par bon nombre de dialogues et un jeu pas toujours subtil (surtout que la VF n'arrange vraiment rien), certes, mais on n’est pas là pour ça. On est là pour le torse de Patriiiiiiiiiiiiiiiiiiiick, pour la scène de chemises mouillées, pour y croire qu’un jour mon prince viendra et que je danserai le mambo pro en deux jours, pour quelques robes du soir,  et puis aussi pour la musique – surtout la musique des années 60 en fait, plus que la musique composée spécialement. Et pourtant, I’ve had the time of my life est la musique la plus jouée au Royaume-Uni pour les enterrements…

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Bref, si vous n’êtes pas une fille, vous pouvez oublier. Si vous êtes une fille et que vous n'avez pas envie de vous rappeller comment c’était, l’adolescence, oubliez aussi. Mais si vous pouvez trouver deux-trois bonnes copines et des fraises tagada, foncez. Peut-être que vous croiserez Kevin D. demain  dans le métro, après tout.

19 août 2009

Après une longue quête semée d'embûches...

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Je l'ai enfin! Un Harlequin en allemand qui ne soit pas une traduction de l'anglais...
Lecture bientôt, et bientôt aussi un premier billet Harlequinades, à base de contrefaçon, mais quand même!

Posté par vilaindefaut à 12:46 - bric à brac - Commentaires [14] - Permalien [#]

10 août 2009

Vacances anglaises

On a visiblement décidé de transformer la bibliothèque nationale allemande en sauna. Ce n’est guère propice à la concentration, en tout cas à la mienne. Heureusement, il reste la cafétéria, où on peut négligemment observer de beaux étudiants en faisant semblant de lire le journal – non, je n’ai pas fait de trous pour les yeux, pas encore – et en se promettant de ne jamais lire ici les Harlequins repérés.
Je suis tellement assommée que je n’ai même pas l’idée de changer de wagon quand je me retrouve à côté d’une insupportable gamine hurleuse dans le métro.
Et il n’y a plus de glace à la vanille au supermarché. Noix, Stracciatella, Caramel, Fraises des bois-mangue, chocolat-banane, tout ce que vous voulez, mais pas l’ombre d’un honnête pot de glace à la vanille.
On en veut à ma vie.

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Doctor, sauvez-moi!


Les vacances, si l’on peut appeler « vacances » une malheureuse pausounette de quatre jours, sont bel et bien finies.  Vacances qui mirent au jour un léger surdosage en Doctor who. A peine arrivée, je cherche mon bus; on m' indique avec un grand sourire qu'il faut prendre la blue box. Il me faudra un certain temps - voire un temps certain - pour comprendre qu'on me parlait peut-être d'un blue bus.
Vacances anglaises qui furent délicieuses, même si cette île reste déroutante, avec son absence quasi-totale de poubelles, pour qui arrive d’Allemagne, une poubelle tous les cinquante mètres dans la rue et des poubelles quadruples (verre, papier, emballage, reste) dans les lieux publics. Mais entre stilton blanc et scones, j’en suis venue à renoncer à cette tradition familiale de ne pas aimer les Anglais. Pensez-donc, venir d’une ville corsaire, et avoir des ancêtres qui, s’ils n’étaient peut-être pas tous aux côtés de Surcouf, sont allés sur les bancs de Terre-Neuve, ça n’incite pas à l’anglophilie. L’une des premières chansons de marin que j’ai apprise répétait « Et merde pour le roi d’Angleterre » à chaque refrain…


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fantasme de LCA



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Sous le pont des soupirs (et sous la pluie, aussi)
(photo A.B.)

Et pourtant, pourtant, il faut bien avouer qu’on s’amuse bien dans la perfide Albion. Qu’on y mange bien, aussi. Qu’on a du beau temps plus d’un jour sur deux (à condition toutefois de ne pas venir du Sud, car alors il semblerait que ce soit encore un peu trop frais). Et même, qu’on peut se prendre pour des aventuriers. Il suffit pour cela d’une rivière, la Cherwell, qui malgré le pont de l’autoroute est d’un calme bienfaisant ; d’une perche, que contre toute attente j’ai réussi à manœuvrer sans tomber à l’eau ; de personnes de bonne compagnie ; d’une eau glaciale quand on s’y baigne ; de quelques fantasmes à base de cream tea, we are not amused et Paddington.


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Les pieds dans la Cherwell, elle n'était pourtant pas froide (en entier, grrrrand maximum 14, sortie rapide à grands renforts de Oh my god)


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Il y a des gens qui étudient là



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et là aussi


La visite d’Oxford vous plonge ainsi dans une ambiance d’autrefois, on y croise les nouveaux diplômés en costume et on regrette de ne pas avoir en France de telle cérémonie. L’architecture est impressionnante, mélange de Moyen-Age, XIXe, années 30 et contemporain. Les écureuils sont un peu sauvages mais les papillons prennent la pause ; les étudiants des grands colleges sont assez peu sympathiques et très conscients de leur devoir de gardien du temple – en l’occurrence, du tiroir caisse.


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Je savais bien qu'il passerait, regardez, il nous a laissé un souvenir alien (oui, c'est bien un oeil, dans les plantes de la salle de bain)


Londres en comparaison est presque décevante. Pas si jolie que ça, agitée, peuplée, heureusement les cabs et les bus rouges sont bien là. Petite virée à Topshop, en bonnes filles à la vanille que nous sommes. Nous ressortons très vite, trop de monde, trop de bazar, musique trop forte, et même pas le droit de prendre des photos de ces gens assis comme ils peuvent à l’entrée du magasin, ayant abandonné la lutte et attendant leurs compagnons plus courageux – plus fashion ?


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Bienvenue chez les Rosbeef

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Et on a résisté...


Il reste les librairies : très sérieuse Blackwell à Oxford, et petit kiosque près de Victoria Station, où on trouve des classiques à 1,75£, quelle que soit l’épaisseur. Des folies, évidemment, on écarte d’un geste pudique la vision d’une valise débordante qu’il faudra pourtant bien ramener à la fin.


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Vue imprenable sur mon balcon berlinois - avec un effet dit du "fallait pas bouger en prenant la photo"
Et il manque encore E. Warthon
The age of innocence, et A. Radcliff, The mysteries of Udolfo, généreusement rapatriés en France par une amie ravie de sa charge.

08 août 2009

« Tu entends ça, George ? C’est le bruit que fait Jane en se retournant dans sa tombe comme un chat dans un sèche-linge. »

Lost in Austen,  écrit par Guy Andrews, réalisé par Dan Zeff, pour ITV, 2008.
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imagesAmanda Price, la trentaine, employée, fuit une vie un peu monotone et que ne la satisfait guère en lisant, relisant et re-relisant Pride and Prejudice. Sa colocataire, Piranha, sa mère, ou son petit-ami Michael ne comprennent rien à cette fascination mais ne réussissent pas à l’en sortir : Amanda’s got standarts. Tout cela pourrait ressembler à une vie de LCA presque ordinaire, sauf qu’Amanda découvre un soir une porte dans sa salle de bain, porte qui livre passage à une jeune femme en robe Empire, Elizabeth Bennett. De l’autre côté de la porte, les combles des Bennett, dans lesquels Amanda se fait piéger par Lizzy, bien décidée à quitter un moment une mère envahissante, des sœurs écervelées et un père absent. Je ne rêve pas vraiment de me retrouver à la place d’Amanda, trop de choses me manqueraient ; et pourtant comme elle j’ai la nostalgie de ce temps que je n’ai pas connu et où les bonnes manières et le cérémonial étaient si importants – du moins, si l’on était riche.

Malgré une garde-robe des plus inappropriées et un manque certain de bonnes manières, Amanda survit dans ce monde parallèle, se lie ave Jane, tente d’expliquer comme elle peut les incohérences, et surtout essaie par tous les moyens de conserver au roman son bon déroulement. Hélas ! Son irruption fait tout déraper, d’autant que les personnages ne sont pas tous ce que Jane Austen aurait voulu qu’ils fussent, Wickham (dont la transformation est très réussie) et Caroline Bingley en premier lieu. Amanda semble attirer à elle tous les hommes convoitée par Mrs Bennett pour ses filles, se fiance, se voit ridiculisée, et ne parvient à sauver ni Jane, ni Charlotte Lucas, ni Lydia, ni Mr Bennett enfin décidé à défendre ses filles. Son gloss et son paracétamol sont ses seules armes pour forcer le roman à se dérouler comme il convient et éviter ainsi la détestation des lecteurs de tous pays.

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Cette mini-série en quatre épisodes de 45 minutes est très vive et on ne s’ennuie pas même si j’ai regretté que l’histoire se consacre exclusivement à Amanda au XIXe siècle et pas un peu plus à Elizabeth au XXIe. Les scénaristes ont pensé aux petits détails de la vie quotidienne, ce qui me réjouit toujours – car oui, on est chez Jane et on va rencontrer Darcy, youpla boum, mais faudrait voir à avoir l’haleine fraiche et la gambette douce -, et ont réussi à introduire un peu de suspens dans une histoire que tous les spectateurs connaissent par cœur. Les acteurs, en particulier Alex Kingston* en Mrs Bennett et Jemima Rooper en Amanda, sont à l’aise et semble s’amuser – et pourtant j’avais du mal au début avec Jemima Rooper, mais elle est vraiment convaincante. Et Mr Darcy ? Ah, Mr Darcy… Comme le souligne Amanda en le rencontrant pour la première fois, Elliot Cowan n’st peut-être pas Colin Firth, mais il n’est pas mal quand même, et on pourrait peut-être en tirer une chemise mouillée acceptable. Weird, postmodern moment. Hautain, froid, glacial même, affreux pire que dans le roman, refusant de voir ce qu’il ne comprend pas, et pourtant capable de changer, capable de sourire, un petit sourire en coin qu’on voit à peine mais plein de promesse.

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Incontournable donc, pour tous ceux qui se seraient lancés dans le défi Jane Austen de Fashion !
Les billets d'Alwenn, d'Ori et de Fashion (il y en a sûrement d'autres, mais j'ai un peu la flemme de chercher, oui, c'est mal, je sais.)

* Décidément une actrice que j’aime beaucoup, je viens de faire sa connaissance en River Song dans Doctor Who, elle est par-faite.




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