Vilain défaut

le blog curieux d'une rêveuse-voyageuse...

30 octobre 2009

Si tu ne vas pas aux aliens, les aliens viendront à toi

Torchwood, saisons 1 et 2, BBC, 2005 et 2006

Oui, si vous n’avez pas de Tardis, ne vous désolez pas trop vite : point n’en est besoin pour vivre des aventures palpitantes et croiser le rayon laser avec des créatures venues d’ailleurs. Il suffit d’offrir ses services à la plus top secrètes des agences du gouvernement britannique : Torchwood. « Séparée du gouvernement, hors de la police, au-delà des Nations-Unies ». Il ne reste que Torchwood 3, certes, mais cette branche est basée à Cardiff sur une sympathique faille spatio-temporelle qui sert d’ailleurs, à l’occasion, de station service au Docteur. Et puis, cette branche-là est dirigée par le capitaine Jack Harkness… A la vérité, je pourrais m’arrêter là et vous laissez avec un petit extrait de sa première apparition dans Doctor Who, son manteau d’aviateur et son petit sourire en coin.

Mais vous pourriez croire que c’est le seul atout de la série ; or, s’il s’agit d’une raison suffisante pour regarder en boucle les épisodes, c’est loin d’être la seule. Même si l’une des grandes qualités de la série tourne autour du capitaine Jack… Qui en effet saute sur tout ce qui bouge, et ce n’est pas peu dire : homme, femme, terrien, alien, on le voit même faire du gringue à un robot – ok, ça, c’est dans Doctor Who – et c’est assez rafraichissant de voir une série s’embarrasser si peu de convention, de morale bourgeoise et de bons sentiments. Jack (John Barrowman) a plein de qualités, mais il n’est ni fidèle ni constant. Et d’ailleurs, il semblerait que ça contamine quelque peu son équipe, puisqu’au fur et à mesure des épisodes tout le monde couche avec tout le monde, et l’équipe se soude dans une sorte d’amitié amoureuse et sexuelle généralisée.

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Et puis, cette équipe, parlons-en un peu : pas un de totalement sympathique, pas un qui n’ait ses petites mesquineries, ses doutes, ses méchancetés. Owen (Burn Gorman), le médecin, sûr de son charme infaillible sur la gente féminine, sans scrupule ni morale, qui apprend à ses dépens que l’on peut aimer et être celui qu’on quitte. Toshiko (Naoko Mori), l’informaticienne de génie, fleur bleue coincée, naïve parfois. Ianto (Gareth David-Lloyd), l’homme à tout faire qui sait se rendre indispensable mais qui peut aussi trahir l’équipe en abritant dans la base un dangereux secret. Ce personnage un peu effacé du début prend une vraie place au fil des épisodes et c’est l’un de mes préférés – devinez avec qui ? Jack, oui. Comment diable avez-vous fait pour trouver ?
Et puis la deuxième star de la série, Gwen (Eve Myles), jeune policière un peu trop curieuse qui découvre Torchwood dans le premier épisode et finit par intégrer l’équipe. C’est elle qui guide le spectateur, c’est elle qui est la plus fraiche, la moins froide, la moins cynique. C’est aussi une insupportable garce, fiancée à un homme qui l’aime et qui accepte sa nouvelle vie, attirée par Owen, ne sachant pas trop si elle aime ou non Jack, capable de l’égoïsme le pire dans ses relations avec son fiancée. Je la déteste et c’est génial*. Il faut aussi dire que l’actrice m’agace prodigieusement avec ses grands yeux mouillés et son petit cœur tout mou qui fond à tort et à travers parce que la vie, c’est pas les bisounours. Une série qui se permet des personnages aussi tranchés, aussi peu consensuels, ça change !

Sans compter qu’avec trois sous l’équipe de la série (créée par Russel T. Davies)  fait des miracles, jouant moins sur les décors, puisqu’on ne bouge pas, ou presque, et sur les maquillages et costumes, que sur l’écriture des scénarios et les ambiances. Certains épisodes sont franchement oppressant – Countrycide est une horreur par son ambiance et son histoire – d’autres très poétique (From out the rain), et toujours plein d’humour – le mariage de Gwen en est le meilleur exemple. Le premier épisode de la deuxième saison, Kiss Kiss, Bang Bang, est excellent, réunissant un peu de tous ces ingrédients et un anti-héros égal à Jack.
Il y a enfin de nombreuses trouvailles scénaristiques qui font rebondir la série, surprennent le spectateur et maintiennent l’intérêt tout au long des épisodes. Au-delà des enquêtes parfois étalées sur deux ou trois épisodes, il y a l’histoire de Jack dont des pans se dévoilent peu à peu, l’histoire d’Owen qu’on rencontre arrogant et qu’on quitte désespéré. Vraiment les deux meilleurs personnages à mon avis.

Et puis, comme on ne quitte pas Cardiff ou presque, pas de kitscherie galactique mais des voyages dans le temps absolument vertigineux liés à la faille. J’aime beaucoup ça, le voyage dans le temps, je le découvre depuis peu mais j’adore, la complexité que ça entraîne dans la narration, les problèmes que ça pose aux héros, les quiproquos entre passé et présent.

Une excellente série donc, qui n’a pas peur de faire mourir ses héros et de se lancer défi sur défi. (cette phrase est idiote, non ? tant pis, je la garde, je ne sais pas comment finir ce billet.)

*Sauf qu’ici, horreur malheur, on me dit que je lui ressemble… Je déteste ces quizz. Jamais la bonne réponse.

29 octobre 2009

after some time of delicious silence

North and South, Elizabeth Gaskell, 1855 (édition Penguin Classics de 1985)


« Margaret had a strange choking at her heart, which made her unable to answer. ‘Oh!’ thought she, ‘I wish I were a man, that I could go and force him to express his disapprobation, and tell him honestly that I knew I deserved it. It seems hard to lose him as a friend just when I had begun to feel his value. How tender he was with dear mamma! If it were only for her sake, I wish he would come, and then at last I should know how much I was abased in his eyes’. »
(p. 385)

Là où les blogueuses  victoriennes n’avaient pas totalement réussi à m’entraîner dans cette littérature – trop de Dickens ! – la BBC a su m’appâter, avec une très belle adaptation de North and South, d’Elizabeth Gaskell. Trouvant une édition Penguin d’occasion lors de ma virée oxfordienne, je ne pouvais plus que succomber…

Margaret Hale a été éduquée par sa tante londonienne en compagnie sa cousine Edith, charmante mais un peu linotte. Et quand Edith épouse son beau capitaine, Margaret retourne chez ses parents, dans la campagne du Sud de l’Angleterre où son père est pasteur. La description de la vie à Helstone, de la sérénité donnée par la nature, de l’immuabilité des choses, est très belle. On sent tout l’amour de Margaret pour cette terre, et tout son déchirement lorsqu’il faut la quitter, presque honteusement, quand son père renonce à sa charge et doit donc laisser le presbytère et surtout trouver une nouvelle source de revenus. C’est l’exil à Milton, au Nord, ville industrieuse baignée de brumes et de fils de cotons, de la fumée des manufactures et de la poussière du charbon. La solitude aussi, dans une ville où les Hale ne connaissent personne et peinent à se faire des relations, en raison de leur niveau de vie drastiquement diminué et de leurs manières qui détonnent et surprennent. North and South, avant d’être un roman d’amour, c’est la description de l’Angleterre et de ses contrastes, les mots d’amour de l’auteur pour son pays, puisque même Milton, que l’on voit d’abord avec les yeux effarés de Margaret, acquiert de la beauté, de la grandeur, grâce notamment à quelques-uns de ses habitants. C’est un roman social, aussi, sur les conditions misérables des ouvriers et les luttes avec les maîtres. Ce n’est pas Germinal, mais c’est réaliste, et c’est le reflet des interrogations de l’auteur. Margaret est ici son double, celle qui, par ignorance des faits et des conventions, par indignation et générosité aussi, pose les questions qui fâchent et tente de comprendre le problème des deux côtés ; ses conversations avec les Higgins, ses amis ouvriers, puis avec Mr Thornton, permettent à l’auteur d’affirmer ses convictions et surtout de montrer la complexité de la situation. Le personnage de Margaret doit beaucoup à Elizabeth Gaskell, qui comme elle découvrit brutalement le Nord et tenta d’adoucir la vie des ouvriers, avec son mari pasteur.

« Margaret had never spoken of Helstone since she left it, except just naming the place incidentally. She saw it in dreams more vivid than life, and as she fell away to slumber at nights her memory wandered in all its pleasant places. But her heart was opened to this girl: ‘Oh, Bessy, I loved the home we have left so dearly! I wish you could see it. I cannot tell you half its beauty. There are great trees standing all about it, with their branches stretching long and level, and making a deep shade of rest even at noonday. And yet, though every leaf may seem still, there is a continual rushing sound of movement all around – not close at hand Then sometimes the turf id as soft and fine as velvet; and sometimes quite lush with the perpetual moisture of a little, hidden, tinkling brook near at hand. And then in other parts there are billowy ferns – whole stretches of fern; some in the green shadow; some with long streaks of golden sunlight lying on them – just like the sea.’ »
(p.144)

North and South, c’est aussi le roman d’apprentissage de Margaret, qui laisse peu à peu ses illusions et ses rêves sur son cher Sud, qui se met au repassage, qui découvre une autre facette de l’Angleterre, qui se défait de préjugés. Le Sud si paisible du début devient un lieu tout aussi dur que le Nord lorsqu’il s’agit de décourager Nicholas Higgins de s’y installer. Celui de Mr Thornton qui, en même temps que les classiques, découvre une autre manière de penser et de faire.
Et puis, donc, c’est un grand et beau roman d’amour, entre Margaret et Mr Thornton, premier élève de Mr Hale reconverti précepteur. Mr Thornton possède une manufacture, ce n’est pas un de ces gentilshommes campagnards qui seuls peuvent avoir l’approbation d’une jeune fille comme Margaret. Il le sait, mais qu’y peut-il s’il l’aime ? Margaret, qui a suscité bien involontairement ces sentiments, ne fait que compliquer encore la situation à force de se considérer non comme une jeune fille à marier mais comme une personne libre d’agir et de discuter. L’évolution de son caractère, ou plus exactement de ses sentiments et de ses idées, est très bien rendue par l’auteur. Mr Thornton est plus en retrait : lui n’a pas eu besoin de temps pour aimer, lui n’a pas eu à se débarrasser de préjugés. C’est aussi le grand intérêt de ce roman, que de faire sentir aussi bien les différences sociales et leur importance dans l’Angleterre du XIXe siècle ; la hiérarchie immuable des professions et des origines.

« At that third call she turned her face, still covered with her small white hands, towards him, and laid it on his shoulder, hiding it even there ; and it was too delicious to feel her soft cheek against his, for him to wish to see either deep blushes or loving eyes. He clasped her close. But they both kept silence. »
(p.529)

C’est donc très ambitieux, très riche, et très réussi. Et en plus, North and South contient un authentique sexy héros, ténébreux et honnête à souhait, rude comme on les aime. Un très sérieux rival à Mr Darcy ; pour ma part, j’ai basculé du côté Thornton de la sexytude. Je sais déjà que je le relirai – tout comme je lirai d’autres romans de Mrs Gaskell.

Les billets de Karine, de Keisha, d'Ofelia et d'Isil, très complet. Sur l'adaptation, les billets d'Isil aussi, et de Lilly.

PS : Parfois j’aurais aimé avoir une édition française à côté de moi, mais dans l’ensemble ça allait – surtout à partir du moment où j’ai découvert le glossaire de dialecte, et je n’étais pas peu fière d’avoir deviné certains mots ! Les notes sont aussi très utiles ; je recommande ces petites éditions Penguin pour se lancer dans la lecture en VO, elles sont très bien faites ! Sans le savoir, j'avais donc anticipé (j'ai lu ce roman fin août, oui j'ai du retard dans mes billets, vous n'imaginez même pas)  deux challenges: English Classics de Karine et Lire en VO de Bladelor!

EnglishClassicsMaxi_copie_1                             LireEnVoMini

Et l’adaptation ? Dans l’ensemble, très fidèle. Quelques petits changements ou ajouts pour faire comprendre au spectateur ce que le narrateur prend en charge dans le livre. J’ai juste regretté l’explication introduite pour le départ de Mr Hale, qui abaisse je trouve sa conduite. Mais peut-être que ça correspond tout simplement à ce qui est dit dans le livre et que je n’ai pas compris, faute de connaître les mouvements religieux britanniques de cette époque.
Et la description écrite des sentiments de Mr Thornton et de Margaret est indépassable. L’épisode du mensonge de Margaret, en particulier, est moins précis, moins bien rendu dans le film. Le roman est meilleur, donc, mais l’adaptation continue à me plaire après lecture – et dieu ! quel Mr Thornton !

28 octobre 2009

Si c’était possible, bah alors…

Une recette originale d’Emma aimablement partagée par Fashion


1. Si on vous proposait d'écrire votre biographie, vous prendriez qui pour nègre ? (eh oui, tout le monde n'a pas un don pour la littérature)

Mais moâââââ, madame, j’écrirais ma bio toute seule comme une grande. Un nègre ? Pas de ça chez moi ! (Oui, parfois j’ai des velléités d’écrivain.)
Et puis c’est très dur pour moi de me confier, il faudrait que je lui écrive tout avant, donc autant finir le travail moi-même. Par contre, je ne cracherais pas sur un relecteur de choc ; vous pensez que Philippe Claudel serait libre ?
Sinon, Jonathan Coe, j’adorerais, il ferait de ma vie le centre d’une grande fresque racontant notre époque et notre monde. Il faut d’ailleurs que je vous parle bientôt de son diptyque, aussi bien que Testament à l’anglaise.
Et les romans de Yoko Ogawa constituent, pour ceux que j’ai lus, un magnifique et incompréhensible portrait de moi… En toute modestie.


2. Vous êtes en train de lire le tout dernier chapitre d'un livre, celui qui vous a fait passer une nuit blanche, la fin qui vous fait saliver (notez le jeu de mots siouplé) depuis une centaine de pages... Lorsque survient un homme, torse nu. On va dire qu'il s'appelle... Daniel Craig. Il a l'air chagrin. Il a une petite douleur à l'épaule, et est persuadé qu'un petit massage lui ferait le plus grand bien. Que faites-vous ? (PS pour les garçons : à la place de Daniel Craig, merci de comprendre... Allez, soyons fous, Scarlett Johansson, mais en bikini, pas torse nu !)

Si c’est Daniel Craig, je lui demande de remettre sa chemise fissa, non mais oh il se croit où, là ? Et merci de rester tranquille pendant que je finis mon bouquin, la lecture, c’est sacré.
Si c’est Johnny Depp… l’intérêt du livre devient tout à coup très relatif ; et puis les choses sacrées sont faites pour être profanées, non ?


3. C'est la fin du monde. Quel livre mettriez-vous dans la capsule qui sauvegardera une trace de l'humanité ? (voudriez-vous vraiment que ce soit Orgueil et Préjugés ?)

Je mettrais bien la Bible – un comble pour une athée – parce qu’on y trouve quand même pas mal de choses sur l’humanité : ses obsessions, ses angoisses, les réponses qu’elle tente d’y trouver. Et puis c’est le premier livre, LE livre en fait. Mais c’est sans doute une réponse très occidentale.
Un recueil de contes permettrait sans doute de mieux représenter toute la planète. On y ajoute un peu de Freud ou de Bettelheim, histoire que les Martiens, une fois l’ensemble décrypté, puissent voir à quel point on aime, ici-bas, tout disséquer. Ach ! Encore une réponse d’Occidentale.


4. Quelle est pour vous la pause lecture idéale ?

Un canapé moelleux, une théière fumante, des gâteaux sortis du four, la perspective de pouvoir lire tranquillement le temps qu’il faudra pour s’arrêter au bon moment dans le livre. On accepte aussi le transat sous les arbres et le chant des grillons. Mais le plus important, vraiment, c’est que la lecture ne soit pas intempestivement coupée avant que le livre, ou le lecteur, n’estiment l’arrêt possible.


5. Si vous aviez le pouvoir de trucider/effacer un personnage de roman, ce serait qui ?

Personne. J’aime détester les méchants littéraires, et je ne veux trucider que des personnes bien réelles. Non, je ne donnerai pas de noms.


6. Sauveriez-vous Voldemort, juste pour avoir un huitième tome ?

Non. Je ne veux trucider personne, mais en ressusciter juste pour prendre le risque d’un huitième tome bancal, non merci. Un nouvel arc, avec de nouveaux méchants, pourquoi pas – encore que je préfèrerai sans doute rester sur un bon souvenir.


7. Jusqu'où êtes-vous allé pour un livre ?

A charger très lourdement les valises des autres. Tellement plus confortable comme ça.
(Sérieusement, c'était là me dépasser pour l'amour du livre, parce que j’ai déjà l’impression de déranger si je demande l’heure. Les livres, plus loin, plus haut, plus fort.)


8. Si vous pouviez retourner dans le passé rencontrer un auteur. Ce serait qui ? Quelles seraient vos toutes premières paroles ? (A part "bonjour")

Jane Austen, parce que je veux savoir pourquoi elle a finalement refusé de se marier. Pas sûre qu’elle me réponde, mais on est une midinette ou on ne l’est pas.


9. Décrivez la bibliothèque (personnelle ou pas) de vos rêves.

Une villa 1900 sur un promontoire, vue sur la mer à 180° ou presque. (Ça, genre) Une pièce immense avec des baies vitrées tout aussi immense, claire, blanche, des lambris acajou, des étagères jusqu’au plafond, une échelle à roulette, des livres de toutes sortes : poches ou brochés, occasion ou éditions originales, des reliures de cuir, des manuscrits, des livres d’art, des atlas – beaucoup d’atlas –, des cartes, des livres de partout et toutes les époques. Le canapé et la table à thé cités plus haut. Une cheminée, bien sûr.
La bibliothèque de travail idéale existe, elle est allemande et s’appelle la Stabi. On n’y prend pas le lecteur pour un dangereux livropathe, la cafétéria est chaleureuse, et les photocopies sont libres et pas chères.


10. Vous retournez dans le passé (décidément, bande de veinards !), en pleine 2ème guerre mondiale. Quel livre donneriez-vous à Hitler pour qu'il arrête de cramer des bouquins ?

Bande de veinards, bande de veinards, c’est vite dit : t’as vu où on atterrit ? Pire qu’un TARDIS au navigateur cassé, tout ça !
Je pense que la littérature et les livres ne peuvent hélas pas tout. Et même si je crois au grand pouvoir de l’éducation (je suis un prof du genre missionnaire) et à la possibilité pour toutes les catégories sociales d’accéder à la kulture. Mais on ne peut pas grand-chose contre la bêtise ou le fanatisme.
La seule solution, peut-être : les livres des historiens actuels, montrant à Hitler sa postérité. La bio de Ian Kershaw, par exemple. Mais je ne suis pas sûre que même ça, ça marcherait : à mon avis Hitler n’en a rien à faire, de l’avis des autres, et tout ce qui n’est pas d’accord avec lui est à éliminer. En plus, il faudrait faire vachement attention à ne pas trop lui montrer ses erreurs ou les plans secrets des Alliés, des fois qu’on le fasse gagner...

Je taguerais bien Erzébeth, pour l’embêter, puisque Fashion ne l’a pas fait, mais je vais décider d’être magnanime – je soigne ma future autobiographie avec ce genre de petits gestes délicats !
Magda, je sais que tu n’aimes pas trop les tags, mais prendrais-tu celui-ci pour ton retour ?
J’aimerais bien aussi les réponses d’Ofelia, dont j’ai découvert le blog à l’occasion des Harlequinades, quelle bonne chose que ces challenges !

Posté par vilaindefaut à 14:04 - bric à brac - Commentaires [12] - Permalien [#]
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27 octobre 2009

L’âge d’or hollandais – de Rembrandt à Vermeer

Pinacothèque de Paris, jusqu’au 7 février 2010

RTEmagicC_couv_portfolio_age_d_orDeux sentiments à la sortie de cette exposition de la Pinacothèque de Paris. L’émerveillement d’abord : ces toiles sont magnifiques. La peinture flamande et hollandaise est celle qui me plait le plus, je crois, et les peintres convoqués pour l’occasion ne sont pas exactement mineurs. Rembrandt, oui, mais aussi Franz Hals et ses merveilleux portraits, Paulus Potter et ses vaches – ici en fait des chevaux -, Pieter de Hooch et ses fêtes de villages, les vanités devenant natures mortes de Pieter Claesz, Jan van Goyen et ses les paysages d’hiver glacés (La je fais ma maligne avec des noms exotiques, mais je ne connaissais vraiment que les trois premiers !).


Et puis, quand même, la frustration. Parce que la plupart des salles sont trop petites, trop remplies de visiteurs – il est vrai que nous y sommes allées le deuxième jour, ça joue sans doute. Il est impossible de prendre du recul, de regarder les œuvres d’un peu loin. Soit il n’y a pas de place, soit quinze visiteurs s’empresseront de se placer devant vous, dans l’espace que vous avez eu l’imprudence de laisser libre. Un petit dispositif écarteur serait le bienvenu…


Déception aussi, et comme l’impression désagréable d’une publicité mensongère : de Rembrandt, cinq ou six œuvres exposées, de Vermeer, une seule, et qu’il est impossible d’apprécier. Les visiteurs s’y collent, s’y agglutinent, il est inenvisageable de la voir de plus de 50 centimètres, quand encore on parvient à se frayer une place. Dommage, vraiment, et même si les œuvres présentées valent le déplacement, l’affiche est trompeuse.

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Scène d'Intérieur avec une mère épouillant son enfant (Le devoir d'une mère), de Pieter de Hooch, 1658-1660. (Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009 )

Frustration, enfin, parce que l’installation n’est vraiment pas excellente. Les explications sont essentiellement contextuelles, presque aucune œuvre ne sera commentée. Des symboles d’audioguide ici et là, mais une caissière qui nous avait affirmé qu’il n’y en avait pas. Des panneaux explicatifs, parfois commentant une œuvre, installés deux ou trois salles avant les œuvres en question…

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Salomé, Rembrandt (1606-1669), 1640

J’ai beaucoup regretté que rien ne vienne décrypter le symbolisme des tableaux de fleurs : pourquoi tous ces insectes ? Que rien non plus ne vienne éclairer le rôle des femmes : l’une est en portrait au début de l’exposition, présentée comme « peintre de fleurs », un tableau d’une autre – de fleurs aussi – est exposé. Sont-elles cantonnées à ces bouquets, peuvent-elles vivre de leur art ou n’est-ce qu’une distraction de femme bien née ? Et tant d’autres questions…
En revanche, la lumière est excellente, elle semble venir des peintures elles-mêmes ; aucune vitre ne vient tout gâcher par ses reflets. Et l’exposition présente quelques objets quotidiens qui replacent les œuvres dans les maisons où elles étaient accrochées. On peut même admirer un verre qui semble droit sorti d’une nature morte…


L'Âge d'Or hollandais de Rembrandt à Vermeer. Bande-Annonce
envoyé par culturexpo. - Découvrez plus de vidéos créatives.
(des extraits du DVD ici)

Au final, le titre est bien trompeur, ça reste cher (10 ou 8 euros), et pas mal de points noirs viennent abîmer la visite. Mais ce sont des œuvres que le RijkMuseum prête le temps de sa rénovation et ne fera sans doute plus ressortir, et de si belles œuvres…

 

PS : un tour sur le site de la Pinacothèque pour trouver des reproductions m’indique qu’il faut télécharger l’audioguide avant de venir… ça m’énerve !!

Posté par vilaindefaut à 12:52 - bric à brac - Commentaires [9] - Permalien [#]
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25 octobre 2009

Quand la neige fondra, que viendra le dégel et le printemps…

Le général du Roi, Daphné du Maurier, 1995 (1945)

« Bientôt viendraient, pensai-je, l’orage, les mots violents, furieux, ou un torrent de larmes. Pendant dix-huit ans la tempête avait été retenue. C’était notre faute, me murmurai-je à moi-même, ce n’est pas la sienne. Richard eût été plus indulgent si j’avais été moins fière, si nos cœurs avaient été réellement remplis d’amour et non de haine, si nous nous étions mieux compris… Trop tard… Vingt ans trop tard, et l’innocent allait payer pour nous… »
(p.330-331)

794Oh, le merveilleux roman que voilà ! Alléchée par le billet de Fashion et par mes excellents souvenirs de L’auberge de la Jamaïque, un de mes romans-doudous, me voici sombrant dans la guerre civile anglaise, dont mes souvenirs tenaient en quelques mots : puritanisme, Cromwell, Têtes rondes et Parlement croupion. Vous admettrez que c’est fort mince, pour une double révolution. Et guère engageant.
Ce roman pourtant m’a donné une furieuse envie de me replonger dans mes cours ; je n’y trouverai pas hélas de si étonnants et imposants personnages - que les ombres qu’a retenues l’histoire.



« Ceux qui croient que le rôle d’héroïne ne convient pas à une infirme n’ont qu’à clore ces pages. Car vous ne me verrez jamais épouser l’homme que j’aime, être la mère de ses enfants. Mais vous ne saurez pas que cet amour ne s’est jamais éteint, que malgré les plus étranges vicissitudes. Il n’a fait que grandir, en nous deux, qu’il s’est fait plus tendre et plus profond que si nous nous étions épousés. Vous apprendrez aussi comment, dans mon impuissance, j’ai ou prendre le principal rôle dans le drame qui a suivi, mon immobilité aiguisant mes sens, pendant que le sort me contraignait au rôle de juge et de témoin. L’action se poursuit ; Vous n’avez lu que le prologue. »
(p.63)

Imposant, d’abord, le général qui donne son titre au roman, absent presque toujours mais impossible à oublier. Impressionnante, Honor Harris, l’héroïne qui vit toujours dans l’ombre et dans l’attente de cet impatient général du Roi dans l’Ouest, prête à tout risquer et tout perdre, sa vie, sa réputation, ses amis, sa famille, pour le bonheur de lui être utile, de l’apaiser peut-être, de le voir s’éloigner plus résolu sur son cheval galopant. Honor rencontre Richard lors de sa première sortie dans le grand monde, il est déjà fort connu, comme soldat et comme séducteur. Elle n’est qu’une cadette de bonne famille, impertinente, pleine de caractère, mais fort peu habituée au cygne et au vin. Coup de foudre, évidemment ; un poirier, un prétendant éconduit et quelques remontrances plus loin, des noces sont prévues. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ? Oh non, pas dans ce roman. Les noces sont annulées, à cause des calculs et de la haine d’une femme, à cause de la fierté blessée et de l’envie, du besoin, d’amour absolu et pur d’une autre. Et dix-huit s’écoulent avant la prochaine rencontre, fortuite, dans les débuts de la guerre civile, en 1643. Car ce qui intéresse Daphné du Maurier ce n’est pas le bonheur conjugal, ni même une vie domestique un peu animée. C’est la guerre, c’est l’éloignement, la jalousie, la fierté et l’honneur mêlés ; la Cornouailles saccagée et les femmes attendant, impuissantes à échapper à leur condition de Pénélope, sauf Honor qui tient tête à tous et tout, va de camps en camps, pas crédible pour deux sous dans ce XVIIe siècle et pourtant évidente, même aux plus récalcitrants des soldats.

« Il était assez facile, pour lui, de me tenir cinq minutes dans ses bras, de m’affoler, puis de partir au grand galop de son cheval, la tête pleine de ses affaires, mais pour moi, restée dans ma chaise, dépeignée et ma robe en désordre, sans pouvoir échapper à mes pensées, désemparée, la situation était tout autre. J’avais choisi mon chemin, je l’avais laissé revenir dans ma vie ; il me fallait m’accommoder de la fièvre qu’il allumait en moi et que rien ne viendrait rafraîchir. »
(p.130-131)

Daphné du Maurier a écrit ce roman dans la maison même où il se situe, Menabilly, et à partir d’une anecdote macabre mais bien réelle. Un cadavre dans une pièce secrète, en habit de cavalier du temps de la guère civile. Ce squelette n’apparaît guère dans le roman et il en est pourtant un ressort essentiel, la clé des rapports entre Honor et son général, la clé de leur avenir après les derniers combats de 1648. Daphné du Maurier a surtout écrit ce roman alors que la Seconde Guerre mondiale s’achevait, que la victoire des Justes semblait acquises – juste avant que cette victoire ne devienne terriblement amère et que les justes ne redeviennent des combattants ordinaires prêts à tout, sans principes, de purs militaires calculant sur la carte et peu avares de vies et de domaines.

« Dans le bruit monotone de la pluie, on entendait la rumeur sourde de troupes passant sur la route. De longues heures, leur pas lourd retentit, sans une halte, le clairon criant haut et clair dans la plainte du vent. Le jour vint et ils passaient toujours, sales, couverts de boue, en désordre, fuyant vers les grèves. »
(p. 183)

Vous l’avez compris, je recommande plus que vivement ce livre, qui réussit à être un roman historique sans presque d’histoire, un roman de guerre sans presque de bataille, un roman dont l’héroïne aurait du rester cloitrée, à peine encore capable de tenir son ouvrage, languissant près de la fenêtre, incapable de la moindre promenade. Le général du Roi est un roman passionnée, furieux, avec plus de dureté, de malheur et de cruauté de douceur et d’amour ; un roman dont toute l’ambition est de faire rêver avec pourtant le monde tel qui l’est et même pire – et qui y parvient. Les personnages ne sont jamais d’une pièce, jamais simples, à la fois merveilleusement romanesques, représentants d’une époque où l’on se plaît à imaginer l’honneur plus importants et les mortels plus grands, et pourtant terriblement humains, avec leurs faiblesses, leurs haines, leurs erreurs, leurs mesquineries.

« Je sus alors que le mal l’emportait en lui, le possédait, corps et âme, et que rien de ce que je pourrais lui dire ne saurait l’aider dans l’avenir. Si nous avions été mari et femme, ou amants véritables, j’aurais pu, peut-être, dans cette intimité de tous els instants, lui permettre de se reprendre, l’adoucir. Mais le destin n’avait fait de moi guère qu’une ombre dans sa vie, un fantôme de ce qui aurait pu être. Il était venu cette nuit parce qu’il avait besoin de moi. Mais ni larmes, ni protestations, ni assurances d’amour et de tendresse éternelle ne l’empêcheraient de courir après son étoile, au malheur. »
(p.212)

Il y a des méchants déclarés, ceux du Parlement – Honor est définitivement dans le camp du Roi –, des méchants mais alliés, les ombres furtives de paysans ou soldats, des femmes soucieuses mais pas toujours solidaires, des hommes jamais tant heureux que lorsqu’ils sont à cheval, quelle que soient la cause et le lieu. De jeunes joueurs de luth devenus buveurs et séducteurs ; des hommes qui ne peuvent s’empêcher de briser la fragile joie d’une soirée d’hiver ; des hommes pacifistes mais pétris de principes, ceux qui représentent, sans doute, les combattants du nazisme contemporains de Daphné du Maurier, qui se battent pour l’honneur et pour la justice. Des hommes qui ne se défilent pas, qui aiment la vie et leurs aises mais pas au point de renoncer à l’héritage de leurs ancêtres ou de regarder dévaster leur pays et leurs compatriotes.

« En avant donc, dans les marais couverts de neige, désolés, balayés par le vent froid. De temps à autre, des ombres nous croisaient, allant vers l’Ouest, leur tenue proclamant au monde qu’autrefois hommes du Roi, ils étaient maintenant des déserteurs. Ils étaient bleus de froid et de faim avec cependant ce regard insolent qui prouvait que plus rien ne leur importait. ‘Au diable la guerre, criaient certains d’entre eux au passage, nous retournons chez nous.’ Et ils nous montraient le poing. »
(p. 260)

Mais ces hommes idéaux ne sont pas les héros du roman et c’est sans doute la plus grande force du roman d’être bâti autour d’une figure largement absente dans les faits et qui semblent sans honneur. Oui, ce général en trahira pas son Roi ; mais la fin justifiant les moyens et le mépris aidant, il ne fait montre que d’insensibilité, au mieux, et nuit à la cause qu’il prétend faire triompher. Ce général représente un monde déjà mort en 1648, celui des chevaliers des siècles féodaux qui pouvaient par la peur et le mépris obtenir tout des paysans et des bourgeois ; Richard Grenvile n’a pas compris que ce temps est révolu depuis longtemps et qu’il ne peut que se faire détester, malgré ses qualités, de ceux-là même qu’il veut servir et défendre. L’autre grande force du roman étant de faire du personnage principal une femme plus impuissante encore que les autres, et pourtant plus libre et plus forte, la narratrice bien informée qui ne peut pourtant sans assistance descendre de sa chambre ; celle qui n’aurait du qu’être trop heureuse qu’on lui donnât encore un toit et qui pourtant choisit. Choisit, paradoxalement, de renoncer, pour mieux conserver la perfection d’un amour jamais assouvi, jamais déçu, jamais entravé.

« Menabilly… une baie d’accès facile, un endroit discret, retiré, et par-dessus le marché, un vieil amour qui avait déjà partagé sa vie et qu’on pourrait, après un long silence, amener à sourire, un instant, après dîner. Et la plume entourait d’un cercle le nom de Menabilly. La défaite m’avait rendue cynique, la férule du Parlement m’avait donnée une leçon, mais, observant Dick et pendant qu’il ressemblait bien peu à son père, je savais que ma colère ne trompait personne, pas même moi, et que je ne désirais rien tant que de jouer à recevoir Richard à la chandelle et de revivre une vie de douleurs et de folies, d’angoisses et d’enchantements. »
(p. 296)

Que l’on ajoute encore une écriture magnifique, coloré, chaude, qui convient parfaitement à la narratrice, Honor, et parvient à faire connaître toute la part de son âme qu’elle ne livre pas, même à ses derniers cahiers – elle prend la plume en 1653, alors qu’elle sent que c’est son dernier automne. Les mots de Daphné du Maurier semblent simples et pourtant les phrases se développent avec un balancement parfait, avec un rythme qui restitue parfaitement les troubles du temps et l’amertume d’Honor face à la guerre – jamais face à son général, celui-ci, même si elle le condamne parfois et ne le comprend pas toujours, conserve à jamais son amour et reçoit son pardon.

« ‘Oui, pensai-je, c’est la fin. Beaucoup ont lutté et sont morts, tous en vain. Les ponts ne sauteront pas, on ne gardera pas les routes. On ne défendra pas les forts. Quand Fairfax donnera l’ordre de marche, il sera obéi et ses troupes franchiront la Tamar, définitivement. La fin de la liberté en Cornouailles, pour des mois, des années, des générations peut-être.’ Et Richard Grenvile, qui aurait pu sauver son pays, était à Launceston Castle, prisonnier. »
(p.265)


C’était mon troisième roman de Daphné du Maurier, et celui que je trouve le meilleur, so far.

Le billet de Fashion, (je m'aperçois d'ailleurs que nous avons choisi pour titre la même phrase du roman...) celui de Lilly, et celui des Chats de Bibliothèque.

Les citations sont tristes et amères, ne croyez pas que le roman le soit: les héros souffrent, mais sont maîtres de leur vie et trop fiers pour refuser d'être libres, quel qu'en soit le prix.

24 octobre 2009

Je pourrais même finir par adorer l'automne...

« Debout sur la terrasse supérieure, il regardait la mer qu’on apercevait dans le lointain. Les jours commençaient à raccourcir. Le soleil brillait toujours mais sa lumière automnale avait le ton des feuilles jaunissantes qui éclairaient la masse sombre des forêts. Cette terrasse était un piège à soleil. Il posa un genou sur la balustrade basse dont le marbre était chaud. Il n’y avait pas de vent. La nuit serait claire et la journée du lendemain belle encore. L’automne était à Vineyards la plus aimable des saisons.
Son regard se reporta vers la mer et il savoura sa solitude. Les mondanités campagnardes n’étaient pas sa tasse de thé et il lui faudrait faire des frais à Lady Dryden qui lui donnait toujours l’impression qu’il n’avait rien à dire. Bien entendu, c’était sans importance car elle pouvait à elle seule entretenir la conversation, et n’y manquait pas, d’ailleurs. Cette certitude aurait du le soulager ; elle lui donnait en fait le sentiment de se trouver dehors par grand vent. »

(La dague d'ivoire, Patricia Wentworth, édition 10/18 p. 35)

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23 octobre 2009

La brassière rose de la petite Joséphine

La dague d’ivoire, Patricia Wentworth, 1997 (1953)

« Les gens ne claquemurent pas toutes les fenêtres et ne verrouillent pas toutes les portes s’ils n’ont rien à cacher. »
(p.173)

5131H05K4FLUne demoiselle en détresse – et qu’accessoirement on a envie de gifler furieusement toutes les cinq pages au bas mot, ce qui nuit beaucoup à l’héroïtude (oui oui, parfaitement), croyez-moi –, avec un beau potentiel harlequinesque : fine, fragile, élégante, « l’or pâle de ses yeux était la seule couleur qui accrochait l’œil jusqu’au moment où elle releva ses paupières aux cils blond, découvrant le bleu myosotis de ses yeux ». Vous comprenez bien qu’il ne peut lui arriver que des embêtements, à une fille pareille. Surtout entre une tante déterminée et intéressée, un fiancé éconduit de honteuse manière mais chevaleresque jusqu’au bout, une cousine qui semble être, avec Miss Silver, la seule personne dotée de bon sens, Miss Silver, donc, entre trois tricots, un intendant rêveur, un policier bavard, facétieux et tenace, le chef du policier, un peu en colère et tout aussi tenace, un mort, un colonel furibond dès qu’on a une plus jolie collection que lui, une secrétaire stricte mais volcanique, un cousin endetté, d’aimables et insignifiants voisins, et une affreuse statuette en ivoire en qui tous s’accordent à voir son portrait (à la jeune fille, donc, oui, les phrases trop longues finissent souvent par être un peu confuses) – 5000 ans avant elle, s’entend. Et puis le mort, c’est son futur époux, après tout, et finalement elle pourrait bien être contente de sa nouvelle situation.

« Elle se demandait encore plus intensément s’il lui serait possible de supporter l’enquête et l’enterrement. Mais, si c’était humainement possible, Lady Dryden ferait en sorte qu’elle les supporte et s’arrangerait pour que Lila se  présente sous l’apparence qui convient à une fiancée en deuil. »
(p.111)

Je pensais trouver ici, moins qu’une enquête policière, une étude de mœurs, la comédie ironique de notables anglais qui discutent gravement en prenant le thé, tout sourires et stratagèmes. Un beau manoir, des domestiques plus ou moins sérieux, des affaires de cœur et d’argent. Je me trompai. Non point que je ne trouvai pas tout ces ingrédients, mais je trouvai aussi une vraie enquête, menée par Miss Silver avec flegme et efficacité, principalement depuis un confortable fauteuil mais sans dédaigner, au besoin, quelque petite excursion nocturne. Miss Silver est délicieuse, tout bonnement. Et le style de Patricia Wentworth aussi, plein d’humour, de moquerie douce, de petites phrases charmantes qui font de cette enquête un bonbon acidulé à déguster avec bonheur – sans même trouver le coupable avant la fin des tricots.

« Quoi qu’il en soit, ils ont leurs propres poules et celui qui tient le manche de la poêle sait faire une omelette. Je me demande d’ailleurs pourquoi ce serait si difficile. Les Français nous sont très inférieurs en matière de gouvernement, d’élections et d’impôts sur le revenu, mais, question omelette, ils nous battent à plate couture. Il faut que je demande au patron si sa femme est française. Ils ont aussi du vrai fromage, pas cette affreuse mixture huileuse qu’il faut extirper de force d’un papier luisant et dont je soupçonne qu’elle est à base d’huile de baleine. »
(p.176)

   

22 octobre 2009

Moi moi moi moi je ne le crois pas trop

Une petite salle, quelques gradins, pleins de guitares sur leurs portants et deux batteries. Des spots bleus et rouges ; le logo de la radio un peu partout. Des gens de tous âges, seuls, en couples, entre amis, et à droite une table basse et des chaises, vides encore.
Il arrive, un t-shirt à ses initiales. Quel prétentieux !, pensé-je, en levant les sourcils et en regardant plutôt la harpe qui trône entre deux guitares, les claviers bizarrement équipés, le charmant jeune homme qui s’est faufilé avec l’animatrice.
Il chante, c’est beau. L’autre aussi chante, et on a soudain follement envie de danser. Un troisième arrive, qui chante aussi. J’aime moins, mais il est sympathique. Le premier, initiales Bb, passe la main dans ses cheveux trop longs, écoute en battant le rythme, parle un peu trop, coupe les autres, boit du vin parfois, et sert les autres. Quand il chante, Paco Volume, Isabelle Dhordain et Jp Nataf marquent le rythme de la tête, ensemble, dans le noir. Trois filles, derrière la vitre des techniciens, sont assises en tailleur et écoutent, fascinées, étonnées presque, captivées. La harpiste se déchaine. J’ai très envie d’être un bassiste, moi aussi, pour avoir ces épaules détendues, cette attitude indéniablement cool, la guitare sur la hanche et la mèche en rythme. Ça va, ça vient sur le plateau, et Benjamin Biolay chantent toujours, agrippé au pied de son micro comme s’il tomberait sans lui, regardant le public bien en face mais pas trop à l’aise, souriant à ses musiciens. Non, il n’est pas prétentieux sans doute, du moins pas que. Il est mal à l’aise, et je me sens soudain prise d’une folle empathie pour celui qui, ne sachant pas cacher la gêne ou la cachant par beaucoup de mots et de connaissances, ne saura plus paraître qu’hautain.
La chanson sur Lyon est magnifique ; les autres aussi.

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10 octobre 2009

« Il y a le phare. Et il y a toutes les choses autour et qui sont la vie des hommes. Mais d’abord, il y a le phare. »

Les Déferlantes, Claudie Gallay, 2008

41JFQbPEg0LElle arrive dans ce tout petit village de bout du monde, entre la centrale, les zone de nidification, les courants contraires, et quelques maisons qui sont restées là, on ne sait pas vraiment pour quoi, pour qui. Lili, qui sert les cafés et les petits blancs ; Nan, qui cherche ses morts sur la grève ; La Petite, qui regarde le monde s’agiter ; Max, qui repeint son bateau et rêve de Morgane ; Morgane et Raphaël, sœur et frère un peu étranges, pas d’ici, elle qui n’est rien sans son frère et lui rien sans sa sculpture. Elle, donc, qui vient d’arriver pour compter les oiseaux, qui a trouvé une chambre chez Morgane et Raphaël, qui hésite à se laisser submerger par son désespoir ou à l’oublier.
Et puis Lambert, qui débarque un jour pour vendre la maison de ses parents, qui fait surgir chez Nan des souvenirs étranges, et qui trouble Théo, l’ancien gardien de phare, le père de Lili, celui qu’au village on regarde en baissant les yeux et en murmurant.

« Il s’est marré. Il s’est tourné vers la maison. Depuis qu’on avait parlé des papillons, il les capturait. Il les enfermait dans une cage. Il voulait attendre que la cage soir pleine pour lâcher les papillons autour du visage de Morgane. »
(p.173)


Et Les déferlantes, c’est l’histoire entre deux tempêtes de ce coin isolé de Normandie, de ses hommes, de leurs secrets. Ce ne sont pas ces secrets qui vous troubleront longtemps, on finit par se douter de la résolution des nœuds et par l’apaisement de la tempête – même si l’on ne trouve pas tout.
Malgré mes doutes – littérature française contemporaine, j’ai toujours des a priori, et puis cette histoire me semblait trop ressembler à Ensemble c’est tout, dont je n’ai vu que le film et que je n’ai pas envie de lire – j’ai vite été prise par cette histoire, par ces gens, par le style aussi. C’est Elle qui parle, on suit ses pensées, peut-être note-t-elle sa vie au jour le jour dans un carnet semblable à celui dans lequel elle compte les cormorans ; peut-être sont-ce ses pensées, que nous suivons au moment même où elles surgissent. Peu importe : c’est son regard que l’on suit, ce regard de la nouvelle venue, de celle qui n’est pas d’ici et n’y restera pas très longtemps. Celle qui est hors des secrets, hors des passions. Celle qui a son propre secret, son malheur, qui la mine et la soutient peut-être aussi, un peu. Le style est un peu heurté, brisé, il retranscrit ses déferlements de pensées, ce vent, ces heurts, ce village fait de blocs qui sont les uns à côtés des autres plus qu’ensemble.
Et, même si l’histoire se passe en des contrées qui ne sont pas exactement les miennes, j’ai terriblement bien retrouvé l’atmosphère des petits villages, des côtes rudes, des paysans campés sur leurs fourches, en bleu et casquette, la face rougeaude et plissée, les yeux insondables, méfiants, peut-être, secrets, pour sûr.


« Les questions, les réponses, ce complexe tricotage de mensonges et de vérité. Les choses dites en décalé, celles dites seulement en parties et celles qui ne le seront jamais. Toutes les teintes du contre-jour. »
(p.187)


Et puis… Et puis au bout d’un moment je me suis un peu lassée. Ça tourne un peu en rond, cette histoire-là. Pas vraiment une chronique de village, pas vraiment non plus une enquête, rien de très prenant, de suffocant, de vraiment dur ou, tout simplement, tangible. (Oui, tout ça ne veut pas dire grand-chose, mais je me comprends ; ça vous avance beaucoup, oui, je sais.)
Ce village, ces gens, finissent par perdre consistance, par devenir un peu artificiels. Pour le dire crûment : on s’en fout, de leurs histoires, de leurs secrets, de leurs petites querelles, de leurs haines de village. C’est dommage : entre les personnages, l’atmosphère et le phare, Claudie Gallay avait vraiment de quoi faire autre chose ; comme si elle en avait eu peur, de cette fresque potentielle, de ces vagues, de ces déferlantes. Le style, même, que j’avais trouvé au début si adapté, pas du tout une facilité, ne m’a pas portée jusqu’au bout. Comme s’il avait fini par devenir le seul choix du roman, presqu’une ficelle ; et puis souvent, plus que la brisure et la vivacité de la pensée, on a de bien trop longues descriptions de tout ce qui arrive.  Les poésies, les jolis moments du style ou de l’histoire, semblent ne mener à rien, ne pas vraiment former un tout. J’ai lu jusqu’au bout, plus ou moins vite, en sautant plus ou moins de pages, plus ou moins dans l’ordre ; mais les 200 dernières pages (sur 525) n’ont pas été un plaisir. Pas vraiment une corvée, mais une chose un peu vaine, après un démarrage qui laissait espérer plus d’âpreté. Dommage, vraiment.


Les Déferlantes a obtenu le Prix des lectrices Elle; les avis du Biblioblog (qui a aimé mais qui met la Hague en Bretagne, non mais oh), de Carabel, de Liliba d'Emmyne. Du côté des avis plus mitigés, Keisha (qui a commencé à aimer là où moi je commçai à décrocher), et Bernard.
Il y en a plein d'autres encore, mais on va dire que ça suffit. Non?

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09 octobre 2009

« Pourquoi faut-il que les chevaux et les valets de pieds des douairières soient toujours gros ? »

Le livre des snobs par l’un d’entre eux, William Makepeace Thackeray, 1848 (2009)

Je n’en ai pas parlé ici, mais j’ai découvert Thackeray il y a quelques temps en lisant son Ivanhoé, à la rescousse ! du meilleur goût. Je n’ai pas fait de billet pour d’obscures raisons (traduisez que j’ai eu un peu la flemme et qu’ensuite j’ai du rendre le livre à la bibli et que sans livre… le billet n’est jamais né). Vous trouverez toutes les infos utiles chez Fashion, à qui je dois la découverte de cette petite merveille. D’autant plus que l'auteur figure dans la Fashion’s Klassik List, défi que je suis censée avoir fini depuis neuf mois et dont on peut légitimement se demander si je le finirai un jour, puisqu’il me reste encore trois livres à lire.

« Chaque fois que je passe dans Saint James Street, ayant le privilège, comme tout un chacun, de regarder les fenêtres de chez Blight, de chez Foodle et chez Snooks, ou bien la grande fenêtre en baie du club de la Contemplation, j’observe avec une appréciation respectueuse les silhouettes à l’intérieur – les honnêtes vieilles badernes au visage rose, les vieux dandys décrépits, les ceinturons, les perruques brillantes et les cravates serrées de ces hommes respectables et vides entre tous. »
(Les snobs des clubs, p. 247)

51y3qZn4BbLDonc, au lieu de m’y atteler sérieusement, je musarde et je lis des auteurs dûment listés, mais pas les romans de la liste. Comme ce Livre des snobs auquel il était absolument impossible de résister, placé comme il était bien en vue chez le libraire, avec en couverture ces messieurs que l’on imagine jeunes et charmants, surtout celui de gauche, si élégamment désinvolte…
Et puis, ne me prétendis-je pas jadis authentique snob ?
Authentique, authentique… Pas selon la définition qu’en donne Thackeray : « Celui qui admire bassement les choses basses est un snob » (Le snob royal, p. 31) ; ou encore «  Un snob, ma chère madame, est une grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf » (Une visite à quelques snobs de la campagne, p. 205). Pour moi, le snob était plus celui qui se rend ridicule à force de vouloir se distinguer, se raffiner. Celui qui veut à tout prix se distinguer du commun par ses extravagances ; le snob de Boris Vian, quoi. Il y a cette dimension chez Thackeray, mais c’est bien plus une critique sociale qu’une moquerie des extravagants. Le snob, c’est celui qui accepte la hiérarchie sociale en place et ne la bouleverserai pour rien au monde, sauf à s’y élever ; celui qui accepte d’être un inférieur et s’épuise à imiter les prétendus supérieurs ; celui qui ne jure que par le pouvoir de l’argent ; celui, plutôt, que j’aurai appelé un parvenu – mais pas tout à fait non plus.

« En tenue de soirée, Mme Ponto mesure plusieurs mètres de circonférence. Ciel, quelle dégaine dans ce matinal costume de squelette ! »
(De quelques snobs de la campagne, p. 174)

En 44 courts chapitres – reprise en fait des articles parus en 1846-1847 dans Punch - Thackeray établit une collection de snobs, collection prétendument scientifique où l’on trouve principalement deux spécimens : le snob de la campagne et le snob des clubs. Auparavant, on a croisé plus brièvement le snob universitaire, le snob respectable, le snob royal ou ecclésiastique, le snob irlandais ou du continent, le snob qui reçoit, le snob littéraire – « Mais le fait est qu’au sein de la profession littéraire IL N’Y A PAS DE SNOBS. » (p. 111). On peut ainsi en gourmant avaler tout d’un coup, ou se délecter par petits morceaux, de portrait en portrait. Chaque chapitre/article est composé d’anecdotes et de saynètes subtilement ironiques : on rit moins ici de la formule que de la peinture faite en quelques paragraphes. On rit jaune, souvent, tant le monde décrit par Thackeray est un monde ridicule, mais un monde cruel. Son idéal de foyer bourgeois est tout aussi immobile, codé, emprisonnant, que la société qu’il dénonce, mais du moins revendique-t-il le confort et l’affection pour tous, fut-ce au détriment d’une côtelette à chaque repas ou d’un attelage de huit.

« ‘Tu n’aimeras point à moins d’avoir une femme de chambre ; tu ne te marieras point sans attelage et chevaux, ; tu n’auras point d’épouse, compagne de cœur, ni d’enfants sur tes genoux sans un page affublé de boutons et une bonne française ; tu iras au diable à moins d’avoir un coupé de ville ; si tu épouses quelqu’un de pauvre, la société t’abandonnera, ceux de ta famille t’éviteront comme un criminel, tes oncles et tantes détourneront le regard et déploreront le fait affligeant, bien affligeant, le fait que Tom ou Harry a gâché sa chance.’ Toi, jeune femme, tu peux te vendre sans honte et épouser le vieux Crésus ; quant à toi, jeune homme, tu peux mentir à ton cœur et céder ta vie pour un douaire. Si vous êtes pauvres, malheur à vous ! »
(Les snobs et le mariage, p. 218-219)

Ce petit livre acide a « inventé » les snobs, personnage détestable qui méprise les plus petits, considère ses égaux d’un point de vue strictement utilitaire, et flagorne sans honte auprès des plus grands. Il reprend bien des situations que l'on trouve dans les romans de l'époque, les différences sociales insurmontables, les difficultés de qui n'a pas d'argent, notamment pour s'établir, mais il ne s'agit plus simplement de montrer l'étiquette et la convention dans ce qu'elles ont de figé, de dur, mais bien de les dénoncer en en soulignant les effets ridicules, pervers, immoraux. J'ai pensé parfois au Dictionnaire des idées reçues, de Flaubert, dans sa manière de rire des manies et des conventions de la société comme il faut – la très grande majorité des classes aisées semblant ici être parfaitement snob. Il y a quelque chose d’effrayant à retrouver aujourd’hui maints exemples de snobs et de snobisme ; et quelque chose de réjouissant à voir tirer ainsi le portrait de cette société victorienne de bals et de conversazione. Un peu moins de regrets de n’y être pas née ? A peine : quitte à vivre dans un monde de malotrus sans finesse ni grandeur, autant pouvoir le faire en de jolies robes, et avec un éventail d’ivoire.


« Au contraire, le snob britannique est en général silencieux, il ne fanfaronne pas mais affiche le calme de la conviction profonde. Nous valons mieux que le monde entier et nous ne remettons aucunement en cause cette opinion, qui a valeur d’axiome. Et lorsque que le Français beugle : « La France, Monsieur, la France est à la tête du monde civilisé », nous nous moquons avec bonhommie de la fougue du pauvre diable. C’est nous qui somme la crème du monde et nous savons cela si bien au secret de notre cœur que, si quelqu’un d’autre se prétend tel, cela nous paraît tout simplement ridicule. Mon cher frère lecteur, dîtes-moi, en homme d’honneur, n’êtes-vous pas de notre avis ? Considérez-vous le Français comme votre égal ? La réponse est non – galant snob britannique – ne mentez-pas. D’ailleurs, mon frère, peut-être que votre humble serviteur Snob pense de même.
Je suis enclin à considérer que c’est cette conviction, et l’attitude qui en découle de la part de l’Anglais envers l’étranger auquel il condescend à rendre visite, cette assurance de supériorité qui redresse le menton du propriétaire de n’importe quelle boîte à chapeau anglaise de la Sicile à Saint-Pétersbourg, c’est cela, dis-je, qui nous vaut la formidable haine qui nous est vouée à travers toute l’Europe ; cela –plus que toutes nos petites victoires, dont nombre de Français et d’Espagnols n’ont jamais entendu parler -, cette incroyable et indomptable fierté insulaire qui anime tout lord dans sa voiture de voyage aussi bien que John sur le siège pliant.
»
(Le snobisme continental suite, p. 148-149)

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