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le blog curieux d'une rêveuse-voyageuse...

02 novembre 2009

Yes, pretty well; but are they all horrid, are you sure they are all horrid?

Northanger Abbey, Jane Austen, 2003 (1818)

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« No one who had ever seen Catherine Morland in her infancy, would have supposed her born to be an heroine. »

41G7uCIkd8LVoilà une première phrase qui n’est guère flatteuse pour l’héroïne et guère engageante pour le lecteur : comment ! Un roman sur une non-héroïne, un de ces filles ternes et insipides, tout juste jolies, et on veut nous faire croire que c’est à elle, à Catherine Morland, qu’il va arriver de palpitantes aventures ? Eh bien oui, et d’autant plus que Jane Austen a décidé de prendre ici le contrepied de certains romans et certains héroïnes – les romans gothiques et leurs héroïnes belles, aux grands yeux effarés, aux prétendants inquiétants, au destin affligeant. Catherine Morland, ou la revanche de toutes celles qui n’ont pas de tantes vivant dans de sombres châteaux, de beau-père libidineux ou de voisins experts en chaines et cachots. Oui, mes sœurs – car moi non plus, je n’ai pas de cachots sous la main – nous aussi nous pouvons explorer de médiévales bâtisses et y croiser quelques fantômes ! Catherine en est la vivante preuve – car oui, nous pouvons survivre, nous aussi.

« Charming as were all Mrs. Radcliffe’s works, and charming even as were the works of all her imitators, it was not in them perhaps that human nature, at least in the midland counties of England, was to be looked for. Of the Alps and Pyrenees, with their pine forests and their vices, they might give a faithful delineation; and Italy, Switzerland, and the South of France, might be as fruitful in horrors as they were represented. Catherine dared not doubt beyond her own country, and even of that, if hard pressed, would have yielded the northern and western extremities. But in the central part of England there was surely some security for the existence of a wife not beloved, in the laws of the land, and the manners of the age.  »
(p. 188)


Catherine Morland, donc. Fille aînée d’un pasteur de campagne à la nombreuse progéniture, péniblement éduquée par sa mère à la lecture et à l’aiguille, favorite des Allen, les voisins plus fortunés et sans enfants. Ils décident donc de l’emmener avec eux lors d’un séjour hivernal à Bath où, entre deux emplettes de mousseline, Catherine et Mrs Allen font la connaissance des Thorpe, mère et fille. Mrs Thorpe est une ancienne camarade d’école de Mrs Allen, il est donc possible de discuter, de prendre le thé, de regarder ensemble, par en-dessous, quelques beaux. Catherine fait aussi la connaissance de l’espiègle Mr Tilney, charmeur et moqueur, fin connaisseur en tissus pour dames, et de sa sœur, raffinée demoiselle un peu seule.


« Miss Morland, no one can think more highly of the understanding of women than I do. In my opinion, nature has given them so much, that they never find it necessary to use more than half. »
(p. 109)


Arrivent enfin James, le frère aîné de Catherine, et l’un de ses amis d’Oxford, qui se trouve justement être le frère d’Isabella Thorpe, la nouvelle amie. Isabella et James semblent fort amis, John Thorpe veut à tout prix danser avec Catherine, Mr Tilney et sa sœur son bien intimidant, et Catherine se découvre d’un coup incapable de comprendre le monde autour d’elle, lorsqu’elle n’est plus dans sa chère et honnête famille. Le lecteur savoure, car, lui, il est bien moins naïf, et il a de plus le bonheur de profiter des observations incidentes de l’auteur.


« That he was perfectly agreeable and good-natured, and altogether a very charming man, did not admit of a doubt, for he was tall and handsome, ad Henry’s father. »
(p. 123)


Au terme du roman, Catherine sera devenue une véritable héroïne, dûment éprouvée par le sort, pensionnaire un temps d’une abbaye médiévale (n’y ayant dans son infortune trouvé aucun squelette pour récompenser sa peine et ses tourments à forcer la serrure d’armoires grippées), pourvue comme il se doit d’un fiancé, éclairée et plus prudente. Le lecteur aura tremblé – de rire. Les méchants seront châtiés.


« Could you shrink from so simple an adventure? No, no, you will proceed into this small vaulted room, and through this into several others, without perceiving any thing very remarkable in either. In on perhaps there may be a dagger, in another a few drops of blood, and in a third the remains of some instrument of torture; but there being nothing in this out of the common way, and your lamp being nearly exhausted, you will return towards your own apartment.  »
(p. 151, Henry Tilney explique à Catherine le déroulement probable de sa troisième nuit à Northanger Abbey, la nuit, bien sûr, d’une grande tempête.)


J’ai retrouvé la plume délicieuse, à la fois légère et sophistiquée, de Jane Austen. Légère, car le style n’est jamais surchargé, alambiqué. Sophistiquée, car à la seule lecture on est indéniablement dans un salon où les invités rivalisent d’esprit, où les seuls bruits sont ceux de la soie et des cuillères à thé, et peut-être de quelques oiseaux, si les fenêtres sont ouvertes sur un printemps indulgent. Cette écriture s’apprécie peut-être plus encore dans ce roman que ceux que j’avais déjà lu. Car le principal plaisir de cette lecture, ce n’est pas l’histoire, mais l’ironie de Jane, ses petites piques, mine de rien, les mots et l’esprit qui les guide. Northanger Abbey est avant tout une parodie des romans gothiques si à la mode lorsque Jane Austen écrivit. Mais ce n’est pas un aride jeu littéraire, c’est au contraire très drôle et plein de sympathie pour les personnages, qui sont plus que les ombres destinées à peupler la parodie. La réflexion sur les pouvoirs et les merveilles des livres, sur les hiérarchies littéraires, mais aussi sur les dangers de l’imagination et d’un bovarysme avant l’heure, est menée de façon à la fois très drôle et des très incisive. On a plus qu’une envie, se jeter dans les oubliettes de quelque château latin pour y lire sans fin des romans à quatre sous remplis de suaires ensanglantés – j’ai d’ailleurs profité de mon séjour anglais pour acheter The mysteries of Udolpho, d’autant que deux livres achetés, un gratuit, c’est assez irrésistible.



« But Catherine did not know her own advantages – did not know that a good-looking girl, with an affectionate heart and a very ignorant mind, cannot fail of attracting a clever young man, unless circumstances are particularly untoward. »
(p. 106)


Jane Austen ne renonce pas à la comédie de mœurs, à la description acide de la bonne société anglaise aux eaux, à la description fine des sentiments et des envies. L’humour vient autant de l’ironie de Jane Austen que de la situation et des pensées de Catherine, si décalées, si égarées, quand le lecteur sait la vérité ou du moins sait que Catherine se fourvoie. Elle a beau repérer  des incohérences dans son raisonnement, Catherine est incapable de sortir d’un mode de penser guidé exclusivement par la logique du roman gothique. La vie, c’est Udolpho.


« ‘She had no doubt in the world of its being a very fine day, if the clouds would only go off, and the sun keep out.’ »
(p. 79)


Je ne pensais vraiment pas qu'on pût tant rire à lire Jane Austen. Une petite merveille, mon préféré peut-être, pour le moment, parce que c’est si drôle, si frais, si différent des autres romans de Jane Austen. Enfin, mon préféré, avec les deux autres, évidemment.


« (…) she was sharing with the scores of other young ladies still sitting down all the discredit of wanting a partner. To be disgraced in the eyes of the world, to wear the appearance of infamy while her heart is all purity, her actions all innocence, and the misconduct of another the true source of her debasement, is one of those circumstances which peculiarly belong to the heroine’s life, and her fortitude under it what particularly dignifies her character. Catherine had fortitude too; she suffered, but no murmur passed her lips. »
(p. 52)


L’éditeur, outre un tas de notes qui permettent de mieux comprendre les allusions et l’ironie des personnages comme de l’auteur, a eu la géniale idée d’insérer un plan de Bath à l’époque du roman. Pourquoi, mais pourquoi, n’est-ce pas de règle ? J’aime les cartes et je ne connais pas – encore – Bath…


« Yes, novels;- for I will not adopt that ungenerous and impolitic custom so common with novel writers, of degrading by their contemptuous censure the very performances, to the number of which they are themselves adding – joining with their greatest enemies in bestowing the harshest epithets on such works, and scarcely ever permitting them to be read by their own heroine, who, if she accidentally take up a novel, is sure to turn over its insipid pages with disgust. Alas! if the heroine of one novel be not patronized by the heroine of another, from whom can she expect protection and regard? I cannot approve of it. Let us have it to the Reviewers to abuse such effusions of fancy at their leisure, and over every new novel to talk in threadbare strains of the trash with which the press now groans. Let us not desert one another; we are an injured body. Although our productions have afforded more extensive and unaffected pleasure than those of any other literary corporation in the world, no species of composition has been so much decried. (…) ‘And what are you reading, Miss - ?’ ‘Oh! it is only a novel’, replies the young lady (…) or, in short, only some work in which the greatest powers of the mind are displayed, in which the most thorough knowledge of human nature, the happiest delineation of its varieties, the liveliest effusions of wit and humour are conveyed to the world in the best chosen language. »
(p. 36-37)

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