17 novembre 2009
La crème de marron, peut-être la meilleure chose au monde
Où la Curieuse se goinfre en toute élégance
Il y a longtemps que je voulais aller chez Angelina, c’est chose faite depuis quelques heures et je ne regrette rien. Evidemment, il va falloir y retourner quand il fera vraiment froid, mais la première impression est délicieuse – c’est le mot qui s'impose.
Le lieu, d’abord, est très agréable, grand, clair, élégant, on est à la Belle époque, avec miroirs, jolis fauteuils, tables de marbre vert et des lustres absolument sublimes. Le service est souriant et discret, ce qui est toujours agréable. La clientèle est un mélange de gens à la mode, de bourgeois BCBG, de touristes, de vedettes parfois. On ne vous y refoule sans doute pas pour votre tenue, mais vous déparerez si vous avez mis votre vieux T-shirt. J’aime beaucoup ce genre d’endroits, à ne pas prendre trop au sérieux peut-être, mais très beau, très élégant, très feutré. La salle est pleine mais pas bruyante. Et les toilettes, quelque peu défraichies pour un endroit qui vous facture tout de même le chocolat près de 7 euros, sont d'un élégance charmante et surannée, et sont pourvues d’une vue imprenables sur les berlines des heureux mortels résidents dans les hôtels alentours, et d’une glace en trois panneaux dont je ne me suis pas tout à fait assez délectée car on est fâcheusement placé sous le regard des autres clients se rendant aux toilettes. Et pour me mirer et m’admirer, je préfère être tranquille.

Une photo prise d'un Iphone, heureusement que mes amis sont plus modernes que moi.
Dans l'ordre: une tasse à thé, un Mont-Blanc qui n'en a plus pour très longtemps, un financier, un chocolat noyé de crème, une Curieuse presque bien élevée et prudente qui a préféré étaler sa serviette, une théière plein de Darjeeling.
(et même un SLAT de Books 1 avec un Docteur dedans, mais ceci est une autre histoire)
Mais passons aux choses sérieuses : ce qui va finir dans votre estomac, qui n’en demandait peut-être pas tant mais qui ne vous en voudra pas. J’ai pris la spécialité de la maison qui me faisait rêver depuis un certain temps déjà, le chocolat noir traditionnel dit « L’Africain ». Noir noir, épais, onctueux, fort en goût, c’est une petite merveille qui, en plus, n’est pas servie brûlante : on se régale. Il est accompagné de crème chantilly non sucrée servie dans un petit pot, et généreusement servie. J’ai cru pouvoir l’accompagner d’un financier, je me trompai – même si ledit financier était fort bon. L’Africain se suffit à lui-même, il pourrait même vous servir de repas du soir si vous le prenez en fin d’après-midi. Mon vis-à-vis a opté pour un thé, qui est bon et qui permet surtout de prendre une pâtisserie, cette fois-ci l’incontournable Mont-Blanc, autre spécialité de la maison. Sur un biscuit façon meringue, un dôme de crème légèrement vanillé (quel type de crème, nous n’avons pas réussi à le définir, mais onctueuse et délicieuse), le tout enrobé de crème de marron généreusement dosée. De toute façon, tout ce qui est à base de crème de marron est un délice, mais l’ensemble est une tuerie, en toute simplicité. Oui, malgré le chocolat, j’ai réussi à piocher dans l’assiette en face de moi.
Les autres gâteaux n’ont pas l’air mal non plus, mais il est difficile de résister à l’appel du marron.
Vous l’aurez compris, le seul mot qui convient est : délicieux.
Angelina, 226 rue de Rivoli, Paris Ier
6,90 € le chocolat ou la pâtisserie (le thé aussi je crois), environ 3 € le petit gâteau ou la viennoiserie
(et 50 € le brunch au champagne, on peut toujours rêver…)
11 janvier 2009
Café Einstein, Berlin
Le Café Einstein est indéniablement un café d’hiver. Passer la tenture rouge, choisir une table de préférence non loin des boiseries et des fenêtres, décrocher un journal, et commander un délicieux chocolat chaud avec la chantilly servie à part. A moins que vous ne vous décidiez pour un Café au lait façon Deux Magots – dont je doute qu’il ait quoique ce soit à voir avec Paris : très légèrement plus caféiné que ce qu’on trouvera ailleurs, peut-être, mais servi dans un large bol qui m’évoque plus un petit-déjeuner campagnard qu’une pause germanopratine. Mais je n’ai jamais fréquenté les Deux Magots…

(source)
Café d’hiver aussi parce que la terrasse est au milieu d’Unter den Linden, sous les tilleuls de la promenade mais entre les voitures, et ne me tente guère. Café d’hiver parce que mon premier contact avec ses banquettes eu lieu un hiver de protestation contre la guerre en Irak décidée par G. W. Bush, hiver qui nous avait vus manifester avec enthousiasme et folie. Hiver au cours duquel la rue de l’ambassade britannique se ferma à la circulation automobile, et la guérite de l’ambassade américaine se changea en véritable check-point. Sans doute pour cela le café Einstein aura-t-il éternellement pour moi un petit goût d’effervescence politique et d’intelligentsia, le souvenir de ces jeunes gens qui tentèrent la révolution en 1848 et de leurs moustaches fines. C’est aussi parce que c’est le café des journalistes et des parlementaires – on est juste derrière le Bundestag et la Chancellerie. Avec un peu de chances, vous en croiserez, si tant est que vous sachiez les reconnaître…
C’est le café dans lequel je me plais à placer Alfred Kerr, écrivain et critique du début du siècle, que je connais surtout par les livres de sa fille, tant sa prose à lui me reste encore inaccessible. C’est le café d’un monde dont je me languis sans l’avoir connu.
Et c’est l’endroit idéal pour lire le journal ou Kundera, avec un chocolat accompagné de Sahne, d’une pincée de cannelle et d’un soupçon de mélancolie.
Unter den Linden 42, Berlin-Mitte
07 août 2008
Hôtel Adlon, Berlin
J’inaugure ici une nouvelle rubrique. J’aime beaucoup (beaucoup) aller au café, avec des amis mais aussi seule, pour y lire, y travailler, y rêver ou y écrire.
D’un coup d’un seul, j’y deviens Lee Miller, parlementaire enfiévré, futur grand écrivain, espionne, journaliste fatigué, je rejoue 1848 à moi toute seule, je suis plumiste, rêveur, voyageur, observateur.
J’ai ma petite mythologie du café, faite de romantisme un peu toc, de nuage de crème fouettée, de fourrure et de frissons, de lambris et de velours. Le café, c’est l’hiver, la chaleur, la gemütlichkeit. L’épais rideau qui vous isole de la rue agressive et du vent. Ou la terrasse, délicatement ombragée, ou le Biergarten isolé entre écureuils et pièce d’eau. C’est le journal, et le crayon, et le monde sans cesse refait. J’aime les cafés sans aimer le café, et je rêve d’un voyage Vienne-Prague-Budapest uniquement consacré aux cafés, une sorte de pèlerinage dans la Mitteleuropa de 1900.
Plus modestement, je parlerai ici des cafés que j’aime, que je découvre, peut-être trouverez-vous le temps d’aller y savourer vous aussi un peu de café et de rêve.
Et je commence par du luxe exotique et mélancolique : l’Hôtel Adlon, sur le Pariser Platz, tout à côté de la Brandenburger Tor. Longtemps j’ai pensé que les grands hôtels existaient dans une sorte de dimension parallèle à laquelle je n’appartenais pas. Puis, j’ai imaginé aller y prendre un thé, un jour. Mais pour une débutante, Berlin avait quelque chose de plus rassurant, de sans chichis, qui me convenait mieux. Et l’hôtel Adlon, c’est LE grand hôtel berlinois, l’équivalent pour moi du Lutétia. C’est l’hôtel celui de Marlène, celui des Années Vingt en noir et blanc, expressionnistes, la « Petite Suisse d’Allemagne » des Années Trente avant le brun, l’abri des victimes de guerre ensuite.
Berlin ne me paraît pas vraiment être une ville de grands hôtels ; du moins ne me font-ils pas rêver comme savent le faire le Ritz ou le Lutétia. Il y en a, certes, de ces grands hôtels, mais des constructions modernes et sans âme, sans histoire. L’Unter den Linden, fleuron communiste, a été détruit. Il n’était pas beau, mais sa façade verte et son petit parvis me manquent et la rue semble ici bien sombre ! Il reste le Park Inn, juste derrière la Fernsehturm. Et puis, évidemment, quelques ensembles de suites à hommes d’affaires et m’as-tu-vu. Mais de comparable à l’Adlon, rien, ce me semble. Seuls les vestiges délicats de la Früstücksaal du Grandhotel Esplanade, enfermés sous verre, évoquent encore ce Berlin d’autrefois qui sentait la poudre des mondaines, les cigares, le vin et les querelles politiques. Mais y prendre un thé, n’y songez-pas.
L’Adlon, donc. Inauguré par l’empereur et l’impératrice en 1907. Rêvé par Lorenz Adlon, d’abord charpentier. Adoré par les nobles qui y prenaient leurs quartiers d’hiver. Hanté encore par Ford, Rockefeller ou Chaplin, Strauss, Karajan, le Maharadjah de Patiala. Boudé par les SS et par Hitler, qui ne s’y rendit qu’une fois. A peine endommagé par les bombardements, hôpital militaire et asile. Détruit par un incendie en 1945, repris par la RDA, rénové, fermé dans les années 70, mis à bas en 1984. Ressuscité en 1997, inauguré par le président d’une Allemagne elle-même depuis moins de dix ans ressuscitée – Roman Herzog.
La première fois que j’y entrai, je faillis ressortir aussitôt. Le salon de thé est installé dans le lobby de l’hôtel ; c’est résonnant. Pas de place ce jour-là, mais un serveur aimable, souriant. La même gentillesse à mon deuxième passage – le bon. Nous prîmes une petite table au centre, commandâmes un thé, et patientâmes au son du piano. Le thé est un peu cher (11 euros), mais délicieux, et l’eau chaude est à volonté. Il est accompagné de petits fours secs joliment présentés mais qui sont bien loin de faire honneur à la maison. Du coup, le Käsekuchen était de trop, sans doute, mais il était bon, lui, et léger (autant qu’un cheesecake peut l’être !). Personne ne vient vous harceler, vous presser de commander, vous pouvez à loisir lire ou cancaner sur vos voisins, de toutes façons assez loin pour ne pas vous entendre ; d’autant que si l’endroit est moins bruyant que je ne le craignais, la fontaine et le piano finissent par être un peu trop présents et gâcher quelque peu le plaisir du thé sous les vitraux du dôme.

