06 novembre 2009
Buenos Aires
Pour une certaine et très chère J., à qui tout ça doit bien manquer...
Découvrez la playlist Buenos Aires avec Benjamin Biolay
04 novembre 2009
J'a-dore
Découvrez la playlist les antidépresseurs avec Carmen Maria Vega
30 octobre 2009
Si tu ne vas pas aux aliens, les aliens viendront à toi
Torchwood, saisons 1 et 2, BBC, 2005 et 2006
Oui, si vous n’avez pas de Tardis, ne vous désolez pas trop vite : point n’en est besoin pour vivre des aventures palpitantes et croiser le rayon laser avec des créatures venues d’ailleurs. Il suffit d’offrir ses services à la plus top secrètes des agences du gouvernement britannique : Torchwood. « Séparée du gouvernement, hors de la police, au-delà des Nations-Unies ». Il ne reste que Torchwood 3, certes, mais cette branche est basée à Cardiff sur une sympathique faille spatio-temporelle qui sert d’ailleurs, à l’occasion, de station service au Docteur. Et puis, cette branche-là est dirigée par le capitaine Jack Harkness… A la vérité, je pourrais m’arrêter là et vous laissez avec un petit extrait de sa première apparition dans Doctor Who, son manteau d’aviateur et son petit sourire en coin.
Mais vous pourriez croire que c’est le seul atout de la série ; or, s’il s’agit d’une raison suffisante pour regarder en boucle les épisodes, c’est loin d’être la seule.
Même si l’une des grandes qualités de la série tourne autour du capitaine Jack… Qui en effet saute sur tout ce qui bouge, et ce n’est pas peu dire : homme, femme, terrien, alien, on le voit même faire du gringue à un robot – ok, ça, c’est dans Doctor Who – et c’est assez rafraichissant de voir une série s’embarrasser si peu de convention, de morale bourgeoise et de bons sentiments. Jack (John Barrowman) a plein de qualités, mais il n’est ni fidèle ni constant. Et d’ailleurs, il semblerait que ça contamine quelque peu son équipe, puisqu’au fur et à mesure des épisodes tout le monde couche avec tout le monde, et l’équipe se soude dans une sorte d’amitié amoureuse et sexuelle généralisée.
Et puis, cette équipe, parlons-en un peu : pas un de totalement sympathique, pas un qui n’ait ses petites mesquineries, ses doutes, ses méchancetés. Owen (Burn Gorman), le médecin, sûr de son charme infaillible sur la gente féminine, sans scrupule ni morale, qui apprend à ses dépens que l’on peut aimer et être celui qu’on quitte. Toshiko (Naoko Mori), l’informaticienne de génie, fleur bleue coincée, naïve parfois. Ianto (Gareth David-Lloyd), l’homme à tout faire qui sait se rendre indispensable mais qui peut aussi trahir l’équipe en abritant dans la base un dangereux secret. Ce personnage un peu effacé du début prend une vraie place au fil des épisodes et c’est l’un de mes préférés – devinez avec qui ? Jack, oui. Comment diable avez-vous fait pour trouver ?
Et puis la deuxième star de la série, Gwen (Eve Myles), jeune policière un peu trop curieuse qui découvre Torchwood dans le premier épisode et finit par intégrer l’équipe. C’est elle qui guide le spectateur, c’est elle qui est la plus fraiche, la moins froide, la moins cynique. C’est aussi une insupportable garce, fiancée à un homme qui l’aime et qui accepte sa nouvelle vie, attirée par Owen, ne sachant pas trop si elle aime ou non Jack, capable de l’égoïsme le pire dans ses relations avec son fiancée. Je la déteste et c’est génial*. Il faut aussi dire que l’actrice m’agace prodigieusement avec ses grands yeux mouillés et son petit cœur tout mou qui fond à tort et à travers parce que la vie, c’est pas les bisounours. Une série qui se permet des personnages aussi tranchés, aussi peu consensuels, ça change !
Sans compter qu’avec trois sous l’équipe de la série (créée par Russel T. Davies) fait des miracles, jouant moins sur les décors, puisqu’on ne bouge pas, ou presque, et sur les maquillages et costumes, que sur l’écriture des scénarios et les ambiances. Certains épisodes sont franchement oppressant – Countrycide est une horreur par son ambiance et son histoire – d’autres très poétique (From out the rain), et toujours plein d’humour – le mariage de Gwen en est le meilleur exemple. Le premier épisode de la deuxième saison, Kiss Kiss, Bang Bang, est excellent, réunissant un peu de tous ces ingrédients et un anti-héros égal à Jack.
Il y a enfin de nombreuses trouvailles scénaristiques qui font rebondir la série, surprennent le spectateur et maintiennent l’intérêt tout au long des épisodes. Au-delà des enquêtes parfois étalées sur deux ou trois épisodes, il y a l’histoire de Jack dont des pans se dévoilent peu à peu, l’histoire d’Owen qu’on rencontre arrogant et qu’on quitte désespéré. Vraiment les deux meilleurs personnages à mon avis.
Et puis, comme on ne quitte pas Cardiff ou presque, pas de kitscherie galactique mais des voyages dans le temps absolument vertigineux liés à la faille. J’aime beaucoup ça, le voyage dans le temps, je le découvre depuis peu mais j’adore, la complexité que ça entraîne dans la narration, les problèmes que ça pose aux héros, les quiproquos entre passé et présent.
Une excellente série donc, qui n’a pas peur de faire mourir ses héros et de se lancer défi sur défi. (cette phrase est idiote, non ? tant pis, je la garde, je ne sais pas comment finir ce billet.)
*Sauf qu’ici, horreur malheur, on me dit que je lui ressemble… Je déteste ces quizz. Jamais la bonne réponse.
28 octobre 2009
Si c’était possible, bah alors…
Une recette originale d’Emma aimablement partagée par Fashion…
1. Si on vous proposait d'écrire votre biographie, vous prendriez qui pour nègre ? (eh oui, tout le monde n'a pas un don pour la littérature)
Mais moâââââ, madame, j’écrirais ma bio toute seule comme une grande. Un nègre ? Pas de ça chez moi ! (Oui, parfois j’ai des velléités d’écrivain.)
Et puis c’est très dur pour moi de me confier, il faudrait que je lui écrive tout avant, donc autant finir le travail moi-même. Par contre, je ne cracherais pas sur un relecteur de choc ; vous pensez que Philippe Claudel serait libre ?
Sinon, Jonathan Coe, j’adorerais, il ferait de ma vie le centre d’une grande fresque racontant notre époque et notre monde. Il faut d’ailleurs que je vous parle bientôt de son diptyque, aussi bien que Testament à l’anglaise.
Et les romans de Yoko Ogawa constituent, pour ceux que j’ai lus, un magnifique et incompréhensible portrait de moi… En toute modestie.
2. Vous êtes en train de lire le tout dernier chapitre d'un livre, celui qui vous a fait passer une nuit blanche, la fin qui vous fait saliver (notez le jeu de mots siouplé) depuis une centaine de pages... Lorsque survient un homme, torse nu. On va dire qu'il s'appelle... Daniel Craig. Il a l'air chagrin. Il a une petite douleur à l'épaule, et est persuadé qu'un petit massage lui ferait le plus grand bien. Que faites-vous ? (PS pour les garçons : à la place de Daniel Craig, merci de comprendre... Allez, soyons fous, Scarlett Johansson, mais en bikini, pas torse nu !)
Si c’est Daniel Craig, je lui demande de remettre sa chemise fissa, non mais oh il se croit où, là ? Et merci de rester tranquille pendant que je finis mon bouquin, la lecture, c’est sacré.
Si c’est Johnny Depp… l’intérêt du livre devient tout à coup très relatif ; et puis les choses sacrées sont faites pour être profanées, non ?
3. C'est la fin du monde. Quel livre mettriez-vous dans la capsule qui sauvegardera une trace de l'humanité ? (voudriez-vous vraiment que ce soit Orgueil et Préjugés ?)
Je mettrais bien la Bible – un comble pour une athée – parce qu’on y trouve quand même pas mal de choses sur l’humanité : ses obsessions, ses angoisses, les réponses qu’elle tente d’y trouver. Et puis c’est le premier livre, LE livre en fait. Mais c’est sans doute une réponse très occidentale.
Un recueil de contes permettrait sans doute de mieux représenter toute la planète. On y ajoute un peu de Freud ou de Bettelheim, histoire que les Martiens, une fois l’ensemble décrypté, puissent voir à quel point on aime, ici-bas, tout disséquer. Ach ! Encore une réponse d’Occidentale.
4. Quelle est pour vous la pause lecture idéale ?
Un canapé moelleux, une théière fumante, des gâteaux sortis du four, la perspective de pouvoir lire tranquillement le temps qu’il faudra pour s’arrêter au bon moment dans le livre. On accepte aussi le transat sous les arbres et le chant des grillons. Mais le plus important, vraiment, c’est que la lecture ne soit pas intempestivement coupée avant que le livre, ou le lecteur, n’estiment l’arrêt possible.
5. Si vous aviez le pouvoir de trucider/effacer un personnage de roman, ce serait qui ?
Personne. J’aime détester les méchants littéraires, et je ne veux trucider que des personnes bien réelles. Non, je ne donnerai pas de noms.
6. Sauveriez-vous Voldemort, juste pour avoir un huitième tome ?
Non. Je ne veux trucider personne, mais en ressusciter juste pour prendre le risque d’un huitième tome bancal, non merci. Un nouvel arc, avec de nouveaux méchants, pourquoi pas – encore que je préfèrerai sans doute rester sur un bon souvenir.
7. Jusqu'où êtes-vous allé pour un livre ?
A charger très lourdement les valises des autres. Tellement plus confortable comme ça.
(Sérieusement, c'était là me dépasser pour l'amour du livre, parce que j’ai déjà l’impression de déranger si je demande l’heure. Les livres, plus loin, plus haut, plus fort.)
8. Si vous pouviez retourner dans le passé rencontrer un auteur. Ce serait qui ? Quelles seraient vos toutes premières paroles ? (A part "bonjour")
Jane Austen, parce que je veux savoir pourquoi elle a finalement refusé de se marier. Pas sûre qu’elle me réponde, mais on est une midinette ou on ne l’est pas.
9. Décrivez la bibliothèque (personnelle ou pas) de vos rêves.
Une villa 1900 sur un promontoire, vue sur la mer à 180° ou presque. (Ça, genre) Une pièce immense avec des baies vitrées tout aussi immense, claire, blanche, des lambris acajou, des étagères jusqu’au plafond, une échelle à roulette, des livres de toutes sortes : poches ou brochés, occasion ou éditions originales, des reliures de cuir, des manuscrits, des livres d’art, des atlas – beaucoup d’atlas –, des cartes, des livres de partout et toutes les époques. Le canapé et la table à thé cités plus haut. Une cheminée, bien sûr.
La bibliothèque de travail idéale existe, elle est allemande et s’appelle la Stabi. On n’y prend pas le lecteur pour un dangereux livropathe, la cafétéria est chaleureuse, et les photocopies sont libres et pas chères.
10. Vous retournez dans le passé (décidément, bande de veinards !), en pleine 2ème guerre mondiale. Quel livre donneriez-vous à Hitler pour qu'il arrête de cramer des bouquins ?
Bande de veinards, bande de veinards, c’est vite dit : t’as vu où on atterrit ? Pire qu’un TARDIS au navigateur cassé, tout ça !
Je pense que la littérature et les livres ne peuvent hélas pas tout. Et même si je crois au grand pouvoir de l’éducation (je suis un prof du genre missionnaire) et à la possibilité pour toutes les catégories sociales d’accéder à la kulture. Mais on ne peut pas grand-chose contre la bêtise ou le fanatisme.
La seule solution, peut-être : les livres des historiens actuels, montrant à Hitler sa postérité. La bio de Ian Kershaw, par exemple. Mais je ne suis pas sûre que même ça, ça marcherait : à mon avis Hitler n’en a rien à faire, de l’avis des autres, et tout ce qui n’est pas d’accord avec lui est à éliminer. En plus, il faudrait faire vachement attention à ne pas trop lui montrer ses erreurs ou les plans secrets des Alliés, des fois qu’on le fasse gagner...
Je taguerais bien Erzébeth, pour l’embêter, puisque Fashion ne l’a pas fait, mais je vais décider d’être magnanime – je soigne ma future autobiographie avec ce genre de petits gestes délicats !
Magda, je sais que tu n’aimes pas trop les tags, mais prendrais-tu celui-ci pour ton retour ?
J’aimerais bien aussi les réponses d’Ofelia, dont j’ai découvert le blog à l’occasion des Harlequinades, quelle bonne chose que ces challenges !
27 octobre 2009
L’âge d’or hollandais – de Rembrandt à Vermeer
Pinacothèque de Paris, jusqu’au 7 février 2010
Deux sentiments à la sortie de cette exposition de la Pinacothèque de Paris. L’émerveillement d’abord : ces toiles sont magnifiques. La peinture flamande et hollandaise est celle qui me plait le plus, je crois, et les peintres convoqués pour l’occasion ne sont pas exactement mineurs. Rembrandt, oui, mais aussi Franz Hals et ses merveilleux portraits, Paulus Potter et ses vaches – ici en fait des chevaux -, Pieter de Hooch et ses fêtes de villages, les vanités devenant natures mortes de Pieter Claesz, Jan van Goyen et ses les paysages d’hiver glacés (La je fais ma maligne avec des noms exotiques, mais je ne connaissais vraiment que les trois premiers !).
Et puis, quand même, la frustration. Parce que la plupart des salles sont trop petites, trop remplies de visiteurs – il est vrai que nous y sommes allées le deuxième jour, ça joue sans doute. Il est impossible de prendre du recul, de regarder les œuvres d’un peu loin. Soit il n’y a pas de place, soit quinze visiteurs s’empresseront de se placer devant vous, dans l’espace que vous avez eu l’imprudence de laisser libre. Un petit dispositif écarteur serait le bienvenu…
Déception aussi, et comme l’impression désagréable d’une publicité mensongère : de Rembrandt, cinq ou six œuvres exposées, de Vermeer, une seule, et qu’il est impossible d’apprécier. Les visiteurs s’y collent, s’y agglutinent, il est inenvisageable de la voir de plus de 50 centimètres, quand encore on parvient à se frayer une place. Dommage, vraiment, et même si les œuvres présentées valent le déplacement, l’affiche est trompeuse.
Scène d'Intérieur avec une mère épouillant son enfant (Le devoir d'une mère), de Pieter de Hooch, 1658-1660. (Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009 )
Frustration, enfin, parce que l’installation n’est vraiment pas excellente. Les explications sont essentiellement contextuelles, presque aucune œuvre ne sera commentée. Des symboles d’audioguide ici et là, mais une caissière qui nous avait affirmé qu’il n’y en avait pas. Des panneaux explicatifs, parfois commentant une œuvre, installés deux ou trois salles avant les œuvres en question…
Salomé, Rembrandt (1606-1669), 1640
J’ai beaucoup regretté que rien ne vienne décrypter le symbolisme des tableaux de fleurs : pourquoi tous ces insectes ? Que rien non plus ne vienne éclairer le rôle des femmes : l’une est en portrait au début de l’exposition, présentée comme « peintre de fleurs », un tableau d’une autre – de fleurs aussi – est exposé. Sont-elles cantonnées à ces bouquets, peuvent-elles vivre de leur art ou n’est-ce qu’une distraction de femme bien née ? Et tant d’autres questions…
En revanche, la lumière est excellente, elle semble venir des peintures elles-mêmes ; aucune vitre ne vient tout gâcher par ses reflets. Et l’exposition présente quelques objets quotidiens qui replacent les œuvres dans les maisons où elles étaient accrochées. On peut même admirer un verre qui semble droit sorti d’une nature morte…
L'Âge d'Or hollandais de Rembrandt à Vermeer. Bande-Annonce
envoyé par culturexpo. - Découvrez plus de vidéos créatives.
(des extraits du DVD ici)
Au final, le titre est bien trompeur, ça reste cher (10 ou 8 euros), et pas mal de points noirs viennent abîmer la visite. Mais ce sont des œuvres que le RijkMuseum prête le temps de sa rénovation et ne fera sans doute plus ressortir, et de si belles œuvres…
PS : un tour sur le site de la Pinacothèque pour trouver des reproductions m’indique qu’il faut télécharger l’audioguide avant de venir… ça m’énerve !!
22 octobre 2009
Moi moi moi moi je ne le crois pas trop
Une petite salle, quelques gradins, pleins de guitares sur leurs portants et deux batteries. Des spots bleus et rouges ; le logo de la radio un peu partout. Des gens de tous âges, seuls, en couples, entre amis, et à droite une table basse et des chaises, vides encore.
Il arrive, un t-shirt à ses initiales. Quel prétentieux !, pensé-je, en levant les sourcils et en regardant plutôt la harpe qui trône entre deux guitares, les claviers bizarrement équipés, le charmant jeune homme qui s’est faufilé avec l’animatrice.
Il chante, c’est beau. L’autre aussi chante, et on a soudain follement envie de danser. Un troisième arrive, qui chante aussi. J’aime moins, mais il est sympathique. Le premier, initiales Bb, passe la main dans ses cheveux trop longs, écoute en battant le rythme, parle un peu trop, coupe les autres, boit du vin parfois, et sert les autres. Quand il chante, Paco Volume, Isabelle Dhordain et Jp Nataf marquent le rythme de la tête, ensemble, dans le noir. Trois filles, derrière la vitre des techniciens, sont assises en tailleur et écoutent, fascinées, étonnées presque, captivées. La harpiste se déchaine. J’ai très envie d’être un bassiste, moi aussi, pour avoir ces épaules détendues, cette attitude indéniablement cool, la guitare sur la hanche et la mèche en rythme. Ça va, ça vient sur le plateau, et Benjamin Biolay chantent toujours, agrippé au pied de son micro comme s’il tomberait sans lui, regardant le public bien en face mais pas trop à l’aise, souriant à ses musiciens. Non, il n’est pas prétentieux sans doute, du moins pas que. Il est mal à l’aise, et je me sens soudain prise d’une folle empathie pour celui qui, ne sachant pas cacher la gêne ou la cachant par beaucoup de mots et de connaissances, ne saura plus paraître qu’hautain.
La chanson sur Lyon est magnifique ; les autres aussi.
09 septembre 2009
Planète Parr
Galerie du Jeu de Paume, jusqu’au 27 septembre

Martin Parr, Miyazaki, The artificial beach inside the ocean dome, série Small World, 1996.
c M. Parr, Magnum Photos/Kamel Mennour
Si j’avais bien lu les affiches, je n’aurais pas été déçue. J’aurais compris avant d’aller voir l’expo qu’il s’agissait de ce que Martin Parr collectionne, et non des images qu’il donne à voir de notre planète. C’était bien aussi, mais ce n’était pas ce que je croyais…
Paul Seawright, Friday 25th May 1973, série Sectarian Murder, 1988.
c P. Searwright/Kerlin gallery Dublin
L’expo commence par de la photographie documentaire britannique et c’est la partie que j’ai préférée, parce que j’aime la photo documentaire, parce qu’il y avait beaucoup de noir et blanc, parce que c’était à la fois plein d’émotions et superbement cadré. Bref, rien que pour les trois premières salles, ça vaut le cop, surtout que suis ensuite une salle consacrée à des photographes non britanniques et que les photos des Japonais sont particulièrement belles et inquiétantes, à la manière de Yoko Ogawa. Au centre des salles, les livres de photographies, du début du XXe siècle à nos jours, mettant en regard photos, maquettes et objets finis.

Chris Kilipp, Faher and son, Westend of Newcastle, 1980.
c C. Kilipp
Avant les salles d’expo, dans une sorte d’antichambre, il y a les cartes postales, mais il y en a trop, trop serré, pour qu’on en profite vraiment, c’est dommage – surtout qu’il faisait chaud et qu’il y avait du monde, ce qui n’incitait guère à s’éterniser. Après les photos, viennent les objets, notamment une délirante collection de plateaux kitsch qui tapisse la cage d’escalier : Charles et Diane, marques de bières, Margaret Thatcher, souvenirs de vacances… Si seulement j’avais un peu plus de place chez moi (et un peu plus d’argent aussi…), j’adorerais en avoir autant. J’aime le kitsch et les vieilleries, que voulez-vous. Trois films sont également présentés, mais je ne les ai pas regardés, pas envie. Je me suis plutôt précipitée vers la merveilleuse collection d’objets tout aussi kitsch que les plateaux ; objets toujours liés à l’actualité, toujours éphémères donc, destinés à être passés de mode à peine ont-ils été conçus, précieusement recueillis et sauvés par Martin Parr comme autant de témoignages sur notre société, plutôt sur un moment. Tong ou slip Obama, papier toilette Ben Laden, montres Saddam Hussein, réveils soviétiques…

Asako Narahashi, Jonanjima, série Half asleep half awake in the water, 2002.
c A. Narahashi
Enfin, les deux dernières salles abritent le travail de Martin Parr lui-même, et finalement ça ne fait que continuer la logique du collectionneur par le reportage : le plus d’instants possibles, le plus de sujets possibles, autour d’un thème : les riches d’abord (Luxury, 1994-2008) – et c’est à vous écœurer – et les classes moyennes anglaises ensuite, dans des portraits de villes anglaises commandés par The Guardian et très émouvants, très beaux (Cities Project, 2008). Les photos les plus célèbre de Martin Parr, celles de la série Small World (1986-2005) sur le tourisme de masse, dont est issues la photo de l’affiche, sont à l’extérieur, sur de grands panneaux accueillant ironiquement les visiteurs, les touristes, des Tuileries et du Jeu de Paume. Le problème finalement, ce n’était pas tant de moins voir les photos de Parr que sa collection personnelle. C’était le manque d’explications, parti-pris des exposants pour mettre le visiteur à la place du collectionneur et lui faire recréer son monde à partir de ses témoignages, de ses signes. Ce n’est pas toujours, d’ailleurs, une expérience très agréable ni optimiste ; mais parfois j’aurais aimé quelques informations. Notamment dans les premières salles, quelques infos sur les photographes, leurs démarches, leurs séries de photos, auraient vraiment été les bienvenues.
Plateau avec impression photographique, collection Martin Parr.
19 août 2009
Après une longue quête semée d'embûches...
Je l'ai enfin! Un Harlequin en allemand qui ne soit pas une traduction de l'anglais...
Lecture bientôt, et bientôt aussi un premier billet Harlequinades, à base de contrefaçon, mais quand même!
08 août 2009
« Tu entends ça, George ? C’est le bruit que fait Jane en se retournant dans sa tombe comme un chat dans un sèche-linge. »
Lost in Austen, écrit par Guy Andrews, réalisé par Dan Zeff, pour ITV, 2008.![]()
Amanda Price, la trentaine, employée, fuit une vie un peu monotone et que ne la satisfait guère en lisant, relisant et re-relisant Pride and Prejudice. Sa colocataire, Piranha, sa mère, ou son petit-ami Michael ne comprennent rien à cette fascination mais ne réussissent pas à l’en sortir : Amanda’s got standarts. Tout cela pourrait ressembler à une vie de LCA presque ordinaire, sauf qu’Amanda découvre un soir une porte dans sa salle de bain, porte qui livre passage à une jeune femme en robe Empire, Elizabeth Bennett. De l’autre côté de la porte, les combles des Bennett, dans lesquels Amanda se fait piéger par Lizzy, bien décidée à quitter un moment une mère envahissante, des sœurs écervelées et un père absent. Je ne rêve pas vraiment de me retrouver à la place d’Amanda, trop de choses me manqueraient ; et pourtant comme elle j’ai la nostalgie de ce temps que je n’ai pas connu et où les bonnes manières et le cérémonial étaient si importants – du moins, si l’on était riche.
Malgré une garde-robe des plus inappropriées et un manque certain de bonnes manières, Amanda survit dans ce monde parallèle, se lie ave Jane, tente d’expliquer comme elle peut les incohérences, et surtout essaie par tous les moyens de conserver au roman son bon déroulement. Hélas ! Son irruption fait tout déraper, d’autant que les personnages ne sont pas tous ce que Jane Austen aurait voulu qu’ils fussent, Wickham (dont la transformation est très réussie) et Caroline Bingley en premier lieu. Amanda semble attirer à elle tous les hommes convoitée par Mrs Bennett pour ses filles, se fiance, se voit ridiculisée, et ne parvient à sauver ni Jane, ni Charlotte Lucas, ni Lydia, ni Mr Bennett enfin décidé à défendre ses filles. Son gloss et son paracétamol sont ses seules armes pour forcer le roman à se dérouler comme il convient et éviter ainsi la détestation des lecteurs de tous pays.
Cette mini-série en quatre épisodes de 45 minutes est très vive et on ne s’ennuie pas même si j’ai regretté que l’histoire se consacre exclusivement à Amanda au XIXe siècle et pas un peu plus à Elizabeth au XXIe. Les scénaristes ont pensé aux petits détails de la vie quotidienne, ce qui me réjouit toujours – car oui, on est chez Jane et on va rencontrer Darcy, youpla boum, mais faudrait voir à avoir l’haleine fraiche et la gambette douce -, et ont réussi à introduire un peu de suspens dans une histoire que tous les spectateurs connaissent par cœur. Les acteurs, en particulier Alex Kingston* en Mrs Bennett et Jemima Rooper en Amanda, sont à l’aise et semble s’amuser – et pourtant j’avais du mal au début avec Jemima Rooper, mais elle est vraiment convaincante. Et Mr Darcy ? Ah, Mr Darcy… Comme le souligne Amanda en le rencontrant pour la première fois, Elliot Cowan n’st peut-être pas Colin Firth, mais il n’est pas mal quand même, et on pourrait peut-être en tirer une chemise mouillée acceptable. Weird, postmodern moment. Hautain, froid, glacial même, affreux pire que dans le roman, refusant de voir ce qu’il ne comprend pas, et pourtant capable de changer, capable de sourire, un petit sourire en coin qu’on voit à peine mais plein de promesse.
Incontournable donc, pour tous ceux qui se seraient lancés dans le défi Jane Austen de Fashion !
Les billets d'Alwenn, d'Ori et de Fashion (il y en a sûrement d'autres, mais j'ai un peu la flemme de chercher, oui, c'est mal, je sais.)
* Décidément une actrice que j’aime beaucoup, je viens de faire sa connaissance en River Song dans Doctor Who, elle est par-faite.
25 juillet 2009
Méfiez-vous des hommes avec un tournevis
Doctor who, saisons 1-3
Voilà bien des jours que je n’ai pas écrit, et pour cause ; je suis occupée. Très occupée. Principalement à une étude des bienfaits comparés des parfums de glace. C’est assez secret, pour le bien de l’Humanité, mais je peux quand même vous révéler que Raffaello est un puissant élévateur d’humeur et que Ferrero Rocher Noir est un excellent moyen de se motiver pour finir un travail des plus fastidieux. Occupée aussi à ce travail fastidieux, donc.
Et occupée à regarder une série que jamais, jamais, je n’aurais imaginé apprécier, pensez, une série de science-fiction avec des vrais morceaux d’aliens dedans.
« Have a banana ! Bananas are good. »
Il faut dire que certaines blogueuses ont développé de puissants arguments en faveur de ladite série, à base de « c’est trop génial », de « ces Anglais comme ils sont doués », et de sexytude du héros. Sur ce point, j’aurai quelques réserves. Si la première incarnation (car le docteur ne meurt pas, il se régénère, et on change d'acteur, ce qui est bien pratique, isn't it?), malgré des oreilles bien développées et un nez qui ne se laisse pas facilement oublier, à un charme indéniable, follement british, du à son humour, son sourire, son flegme et son outfit de marin bourlingueur et chaleureux, la seconde est terriblement décevante. Sexiest man on tv ? Ah non. Son côté pile électrique ne me séduit pas du tout. Sans compter qu’il m’évoque irrésistiblement un lapin – lesquels n’ont jamais été mon fantasme. (ne hurlez pas les filles, ça s’arrange dans la troisième saison, je trouve, et puis comme ça, je vous le laisse, c’est bien aussi, non ?)
Mais qui est cet homme mystérieux, capable donc malgré son absence de sexytude de me tenir ainsi captive ? C’est tout le problème, justement, on ne sait pas vraiment. C’est Le Docteur. Docteur qui ? Docteur rien, juste Le Docteur. The Doctor – ça sonne mieux en anglais, doesn’t it ? Et donc, the doctor, il va, il vient, dans un vaisseau fabuleux, plus grand dedans que dehors (si on pouvait développer des valises comme ça), mais manquant à mon goût d’un peu de confort, ayant l’aspect d’une cabine de police des années soixante (bleue, juste la place de mettre un suspect et un téléphone pour appeler des renforts), qui a cette particularité merveilleuse de traverser le temps et l’espace comme s’il s’agissait de traverser la rue. Et hop, en l’an 5 milliard. Et hop, en 1879. Et hop, en 2012. Et hop, si on partait revoir ce fabuleux concert d’Elvis ? Juste un petit problème : The Doctor est le dernier de sa race, les Seigneurs du Temps, et il n’y a plus de mécanicien ni de pièces détachées pour le Tardis – c’est le nom du vaisseau – qui, malgré son cœur vibrant, commence à se faire vieux et se trompe un peu. Londres au lieu de New York, douze mois au lieu de douze heures, c’est si peu finalement… C’est plus gênant quand il atterrit au hasard, dans des endroits aussi charmants que des vaisseaux désertés – en apparence – du 51e siècle ou des mondes parallèles envahis de Cybermen. Ceux-là ne sont pas sympas, pas du tout du tout, mais ce n’est rien encore à côté des Daleks, choses métalliques ne vivant que pour exterminer et pour lesquelles j’avoue un gros faible : elles sont ridicules, dans leur aspect, dans leur voix, dans leur manie de répéter « exterminate ! exterminate ! » à tout bout de champ, on en voudrait presque un chez soi pour rigoler avec. Presque.
Fantastic !
C’est le gros point fort de la série, de ne jamais se prendre au sérieux et en même temps de raconter des choses terriblement graves, la volonté d’uniformisation, le danger des technologies, cette folie humaine qui veut toujours tout savoir et tout comprendre. Le danger, l’inquiétude, viennent moins des mondes rencontrés par le Docteur que des hommes et de leurs réactions. Le danger de la science devenue inhumaine aussi, du savoir pour le savoir, dénué de compassion et de sensibilité. Heureusement il y a beaucoup d’humains adorables dans cette série, la compagne du Docteur d’abord, Rose Tyler dans les deux premières saisons, jeune et enthousiaste, découvrant d’un coup un monde bien plus excitant que son HLM et son boulot de vendeuse et Martha Jones, l’étudiante en médecine, pragmatique, efficace, pleine de sang-froid, toutes deux également courageuses et décidée.
Et puis la mère de Rose, et Mickey, le petit copain délaissé pour le Docteur et qui se révèle finalement aux autre comme à lui-même ; la famille de Martha qui n’arrête pas de se disputer – enfin, surtout au sujet de la nouvelle copine du père ; Harriet Jones, Députée de Flydale North, ma préférée, ou Blon, la Slytheen… Et Jack, ah Jack, ce petit sourire, cette volonté maladive de séduire tout ce qui bouge à proximité… Les personnages reviennent régulièrement, bien peu ne sont là que pour un épisode, on s’attache vraiment à eux, on espère les revoir, et c’est aussi pour ça qu’on regarde l’épisode suivant, et le suivant encore… Parce que bon, le combat du Docteur contre les Méchants, au fond, on s’en fiche un peu : il va toujours gagner, non ? Mais savoir ce qui arrive aux exilés dans un monde parallèle, ce qu’est ce Torchwood dont on nous rabat les oreilles dans toute la saison 2 sans rien nous en dire vraiment avant les derniers épisodes – heureusement, je savais tout – les relations du Docteur et de sa compagne de voyage, les petits éléments semés dans les épisodes et annonçant la suite de l’histoire. C’est d’ailleurs assez génial de voir comment tout se met en place le moment venu, et de penser que les scénaristes avaient forcément une vue d’ensemble avant d’inventer pour chaque épisode un nouvel ennemi, pas toujours méchant d’ailleurs. Fear her (saison 2), par exemple, est vraiment très poétique dans sa manière de montrer la possession d’une fillette par un Isolus.

le dixième docteur et son arme fatale
(bon d'accord, il n'est pas si vilain que ça)
(image bbc)
La seule chose qui me gêne un peu, c’est, comme dans toutes les séries de SF que j’avais pu voir avant, le côté cheap des créatures venues d’ailleurs. Non mais vraiment, on est censé y croire ? Dans certains épisodes, c’est drôle, ça marche vraiment bien. Dans d’autres… je n’accroche pas du tout. Et puis, ils sont si terriblement humains, proche de nous dans leur apparence, ou proche de nos fantasmes de vaisseaux spatiaux… Il est sans doute impossible d’inventer quelque chose de véritablement étranger, mais qu’est-ce que j’aimerais ! Mais heureusement – et c’est sans doute pour ça que j’aime cette série-là – les aliens ne sont pas présents dans tous les épisodes, et souvent c’est du fantastique plus que de la science-fiction : loup-garous, possessions, forces du mal, diable… ils sont tous là, chacun leur tour, mais ne parviennent jamais à triompher du Docteur – ni à démonter la reine Victoria, qui n’est pas du tout amused mais ce n’est vraiment pas une raison pour perdre son sang-froid et le souci de l’Empire. Car oui, à voyager dans le temps, on rencontre parfois des personnages célèbres ; à quand le Docteur et Jane Austen ?
Dernière qualité, et non des moindres : les acteurs sont formidables. Il faut impérativement voir la série en VO, ils sont tellement bons, tous, tellement amusés aussi sans doute de se retrouver dans ce truc un peu dingue, un peu kitsch. C’est d’ailleurs, j’ai l’impression, une des grandes qualités de la BBC : les acteurs ne sont pas de second rang, ils en font pas ça à défaut d’autre chose – enfin, peut-être, mais ils le font bien – et ça contribue grandement au plaisir.
Les billets d'Isil sur les saisons 2, 3 et 4; ceux de Karine, qui a reçu la visite du Docteur, sur les saisons 3 et 4.











