Vilain défaut

le blog curieux d'une rêveuse-voyageuse...

10 novembre 2009

01 47 20, zéro, zéro, zéro, un

Où il ne manque que le pop-corn

Ofelia veut connaître mes petits secrets cinématographiques. Je crains qu’elle ne me conserve pas beaucoup de son estime après ce billet, mais tant pis. Après tout, c’est plus drôle si on vit dangereusement.


1- un film que vous regardiez étant jeune et qui vous remplit de souvenirs :
Sissi. Les trois.

2- un film que vous connaissez absolument par cœur :

Je ne connais aucun film totalement par cœur. Je ne les regarde pas assez souvent pour ça ! Pendant un moment, je connaissais de longs morceaux des Bronzés et surtout du Père Noël est une ordure, parce que des amis étaient totalement fans – et totalement frappés, aussi. Mais c’était plus un accident qu’autre chose !
Mais je connais[sais] de bons bouts de Sacré Graal, des Monty Pythons. Ça fait longtemps que je ne l’ai pas regardé, d’ailleurs…

3- un film qui a bouleversé votre jeunesse :
Mais je suis encore jeune, moi, qu’est-ce que vous croyez ! Et donc, dans ma jeunesse-enfance, j’ai été totalement bouleversée par une version dessin-animé de La petite sirène, pas Disney, bien avant, et fidèle au conte. J’en ai pleuré très longtemps, ça m’a traumatisée, je refusais de revoir la cassette, hors de question qu’on dépasse un certain moment, en tous cas. Dans ma jeunesse-ado, Le cercle des poètes disparus, comme la moitié des filles de la terre, non?


4- un film que vous auriez aimé écrire/produire :

Citizen Kane. Bon, en vrai, je ne l’ai pas encore vu, mais je ne vais quand même pas répondre Sissi. J’ai une réputation à tenir.

5- un film qui vous a donné envie de faire du cinéma :
Je n’ai pas envie de faire du cinéma. Moi j’ai juste envie de porter une belle robe et une rivière de diamants, et d’arpenter le tapis rouge sur  des talons de douze sans même me casser la figure – et quand on sait ce qu’une simple ballerine peut réussir à me faire faire…

6- un film que vous avez regardé plus d'une fois :
Autant en emporte le vent. Parce que l’histoire, l’adaptation du roman, les acteurs et les personnages, parce que le Technicolor, parce que « non ma’me Scarlett, pas les wideaux », parce que Taratata.

7- le film que vous avez vu en dernier au cinéma :
Micmacs à tire-larigot. Par hasard, mais c’est une bonne surprise. Sans être fan absolue de Jeunet, il faut bien reconnaître que c’est beau et qu’il a le sens du détail. En plus c’est drôle, bien ficelé, et presque rien ne m’a agacée, contrairement à ce que le côté « les petits contre les grands » me laissait craindre.

8- un film dont vous avez regretté d'avoir payé la place :
Non ma fille tu n’iras pas danser. Je vais très irrégulièrement au cinéma et je trouve ça cher, alors si c’est pour m’y ennuyer dans les grandes largeurs, même avec de bons acteurs… Pas vraiment d’histoire, c’est lent, mais lent, et un conte breton en plein milieu qu’on se demande bien se que ça vient faire là, même quand on aime le biniou.

Découvrez la playlist bzh avec Breizh
Je vous aurais bien mis autre chose, mais le son était pourri... résultat, vous avez la tradition traditionnelle.


9- un film qui vous fait réfléchir sur la vie :

Je ne réfléchis pas sur la vie. C’est un principe, parce que sinon, où va-t-on, je vous le demande ?

10- un film qui vous a donné envie de tomber amoureuse :

500 days of Summer. C’est léger et frais, mais pas que, c’est mignon comme tout, mais pas que, ça finit mal, mais pas que, j’y ai retrouvé un peu de moi et de mes rêves, et ça donne envie de danser dans la rue.

11- un film qui vous a fait tordre de rire :
La proposition. Il y en a d’autres, mais c’est le dernier en date et j’ai une mémoire de poisson rouge pour ce genre de choses, alors c’est le premier qui me vient. Pas spécialement fin, mais bien fait et trèèèèèèèès efficace. Je sais déjà que j’achèterai le DVD, et je n’en achète pas beaucoup.

12- un film qui vous a révélé un acteur que vous suivez à présent :
Pas pour un acteur, mais pour le réalisateur et scénariste, Head-on. Fatih Akin est grand, Fatih Akin est merveilleux, Fatih Akin est wunderbar. Et ce n’est pas discutable.

13- un film qui vous a fait pleurer comme une madeleine :
Becoming Jane. En même temps, à ce moment-là, j’aurais pleuré toutes les larmes de mon corps en lisant La voiture de Oui-oui est cassée, alors je ne sais pas si c’est très représentatif de mon moi profond…

14- un film dont vous avez aimé un personnage en particulier :

Non, pas Sissi, bande de petits chenapans.

Le colonel Böckl. What else ?
pic
Un sourire unwiderstehlich...
(mais la croix et la bannière pour trouver une photo, merci au facebookien autrichien qui a décidé d'en faire son avatar...)


15- un film que vous regardez chaque année :

Les Sissi, vous n'avez pas encore compris? Et ça va bientôt être le moment !


(le son est pourri mais c'est la seule version que j'ai trouvé, et je ne voulais pas y renoncer...)

Et je passe à … Alwenn, tu aimes le cinéma ? Puisque tu es de retour, il ne faudrait pas que tu échappes aux tags, hinhinhin… Et Anjelica, tiens, parce que j’ai l’impression qu’elle passe un peu trop au travers des tags, y’a pas de raisons, non mais.

06 novembre 2009

C’est indécent de facilité

La danse – le ballet de l’Opéra de Paris, Frederick Wiseman, 2009

19146642Si j’étais riche, j’irais voir absolument toutes les productions en danse de l’Opéra. Et puis pas mal d’autres spectacles de danse aussi. Peu de choses sont aussi belles, je trouve, qu’une pièce de danse bien chorégraphiée et magnifiquement interprétée. Et les danseurs de l’Opéra de Paris s’y entendent.

Hors de question donc de passer à côté de ce film qui promettait d’explorer les coulisses, ces espaces et ces moments impénétrables où l’art se crée, où la danse naît. Et ces salles inaccessibles, on les voit. Impossible désormais de regarder l’opéra et ses coupoles sans y imaginer les danseurs au travail, sans penser à la barre et au plancher où l’on s’exerce aux arabesques, où les maîtres de ballets se crêpent le chignon avec distinction sur un pied trop ouvert ou non, où le danseur solitaire répète, encore et encore, le même pas devant la glace.

Hélas, on a l’impression que Frederick Wiseman s’est contenté de filmer sans trop réfléchir à ce qu’il voulait montrer, sans jamais savoir choisir entre la vie du ballet comme institution ou la mise en place des spectacles par les danseurs et leur répétiteurs. Du coup, les scènes montrant la petite cuisine interne sont peu nombreuses et un peu décousues, quand les scènes de danse sont souvent peu cohérentes. L’auteur ne s’est pas attaché à un danseur ou à un spectacle, et pourquoi pas : ça lui permet de montrer la totalité du travail, les répétitions en parallèle. Le seul problème, c’est qu’au final on s’y perd pas mal, et qu’on reste sur notre faim. Ce qui, après un film de 2h38 non exempt de longueur, est un peu contrariant.
Ainsi, on assiste à deux entretiens entre des danseuses et la directrice artistique, Brigitte Lefèvre. La première danseuse veut un aménagement de ses rôles. On sent toute la difficulté de certaines pièces, surtout quand on ne les a jamais dansées. La danseuse souligne d’ailleurs avec un petit sourire qu’elle n’a plus 25 ans – mais est-ce que ça rend le rôle trop difficile physiquement ou est-ce qu’elle trouve qu’elle n’a plus assez l’âge du personnage ? – ce qui fait écho aux préoccupations concernant l’évolution du régime des retraites. La deuxième danseuse est très jeune, elle a fait des progrès, mais on ne la voit danser ni avant ni après.
Une autre fois, c’est un chorégraphe que rencontre Brigitte Lefèvre. On ne sait pas qui c’est, on comprend juste qu’il veut faire une création avec le ballet de l’opéra. La discussion évoque sa manière de travailler, le choix nécessaire des danseurs. Mais la répétition, les sélections, le travail de création, on ne le verra pas. Refus des intéressés de laisser filmer la chose ?
Et les petits rats ? On ne les voit pas du tout, alors qu’à plusieurs reprises les maîtres de ballet de Brigitte Lefèvre insistent sur le fait que le Ballet de l’Opéra est aussi une école.

Les scènes montrées en répétitions ne sont pas toujours celles montrées ensuite sur scène, c’est bien dommage. On ne sait jamais ce qu’on voit, alors qu’il eût été si facile d’incruster le nom du ballet et du chorégraphe ! Est-ce une règle en documentaire de ne rien ajouter sur les images, d’essayer d’être neutre ? Parce qu’il me semble justement qu’un documentaire n’est pas neutre, que c’est toujours un regard ; et qu’il n’y a ici aucun regard, juste une accumulation. Peut-être veut-il simplement montrer le temps qui passe, et le caractère éphémère et sacerdotal de cette beauté. Mais l’ensemble reste assez plat et parfois difficile à comprendre.

A force de vouloir tout montrer, Frederick Wiseman empile les scènes sans fil directeur et, outre qu’on s’y perd un peu parfois, à ne jamais savoir qui répète, si c’est un cours ou une répétition – même si, certes, la plupart du temps, ça au moins reste assez clair – on finit par se lasser des plans de transitions d’une longueur interminable vous montrant Paris le jour, Paris la nuit, les toits de l’opéra, les couloirs de l’opéra, toujours déserts semble-t-il, les escaliers de l’opéra (tout aussi déserts), oh, encore des escaliers, des sous-sols, la rivière souterraine pendant de longues minutes et sous tous les angles, encore des escaliers, toujours des escaliers, rien que des escaliers. A croire que le réalisateur n’a pas voulu fournir trop d’effort pour le montage : hop, un coup de plans fixes sur ci ou ça, et on peut passer à la suite. Facilement une demi-heure en moins en coupant là-dessus… Et croyez-moi, la dernière demi-heure, on la sent passer. D’autant que, si les scènes de danse sont magnifiques et passionnantes, le montage vient tout gâcher. Un petit peu de Paquita* sur scène ? Mais pourquoi diable montrer la fin du duo, on finira en musique sur des projecteurs en gros plans. Des scènes terriblement intenses sur scène encore, Médée qui tue ses enfants, ou des duos sur musique ultramoderne et lumière bleutée, mais vous n’en aurez pas tout à fait la fin. La dernière note n’a pas retentit qu’on est de nouveau à regarder des escaliers ou des toits parisiens. Un massacre, à mon humble avis totalement non-professionnel.

Et puis, un peu plus de temps passé sur les corps en souffrance n’aurait sans doute pas été inutile. Oui, on voit bien que la danse, c’est dur. Mais on ne fait qu’apercevoir les signes de cette souffrance, les pansements aux pieds, la danseuse qui s’écroule, à bout de souffle, après la répétition, l’âge, fatal des quarante ans. Ce n’est qu’effleuré, comme si la danse justifiait, méritait tout. J’ai eu l’impression d’un film sans aucune critique, totalement dans la ligne de Brigitte Lefèvre ou du discours de rigueur sur les danseurs. J’aurais aimé voir les danseurs en coulisse, lorsqu’ils sortent de scène après ce même duos si éprouvant pour la danseuse. Sont-ils alors juste épuisés, comme en répétition, ou épuisés et heureux ? Les danseurs ici ne sont que des corps ; du plaisir à être sur scène, de l’excitation des coulisses, il ne sera pas question. Tout se fait aux répétitions, le reste n’est qu’une mécanique bien huilée. Sans plaisir.
Il n'est pas question, bien sûr, de critiquer pour le plaisir; mais on a ici un peu trop l'impression d'un film de commande.

Bref, s’il est évidemment très intéressant de suivre le travail quotidien des danseurs, la mise en place d’une chorégraphie des étoiles ou du corps de ballet – un peu trop absent d’ailleurs, les scènes de répétition se concentrant sur les étoiles – la construction d’un personnage ou les prise de bec des maîtres de ballet, si le Ballet est bien montré comme une institution totale et un peu fermée, le tout est très décevant. Le parti-pris de ne rien expliquer, de laisser le temps se dérouler, aurait été infiniment plus supportable sans les interminables plans de transition et ce montage atroce.

Je vais tenter de voir assez vite Tout près des étoiles, histoire de comparer !


* Je suppute, mais c'était du classique et c'était donc ça ou Casse-Noisette.


PS : le titre est le commentaire d’un maître de ballet lors d’une répétition sur la scène de Garnier, à propos du solo d’un danseur, monstrueusement rempli de sauts et de battements de pieds, et tout aussi monstrueusement bien exécuté.

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08 octobre 2009

The Proposal, 2009

Où la Curieuse découvre que la recette Harlequin, c’est nettement mieux en film qu’en livre

The_ProposalPrenez une jeune cadre plus que dynamique, efficace, sexy, mais détestée par ses collègues et menacée de se faire expulser des Etats-Unis : entre un latte et un licenciement mené manu militari, elle a oublié de renouveler son visa. Cette jeune femme a l’esprit vif, elle saura trouver une solution.
Prenez un charmant jeune homme occupant un poste d’assistant alors qu’il vaut tellement mieux que ça : entre un latte et deux remaniements de plan média, il a repéré un futur prix Pulitzer. Ce jeune homme a l’esprit entreprenant, il saura profiter des occasions.

Le jeune homme se retrouve contraint d’épouser la jeune femme : ainsi, elle pourra rester. Ce faisant, il s’attire les soupçons de l’agent de l’immigration et l’incompréhension horrifiée de ses collègues. La jeune femme se retrouve contrainte de passer le week-end en Alaska, chez les parents du jeune homme, et pour les 90 ans de Mamie : ainsi, elle pourra berner l’agent de l’immigration. Agent qui se révèle plus que suspicieux : obstiné. Teigneux. Satisfait d’avance à l’idée d’en coincer encore deux.

Le film raconte essentiellement le week-end en Alaska, au cours duquel la jeune femme (Sandra Bullock, donc) va découvrir que les Louboutin sont des chaussures somme toute peu adaptée à la vie au grand air. Le jeune homme (Ryan Reynolds), lui, va découvrir que derrière les tailleurs impeccablement cintrée de sa patronne se cache un petit cœur tout mou et un corps de femme qui, lui, semble posséder des abdos en acier. Une pensée compatissante pour tout ce que doit s’infliger la patronne, et surtout l’actrice… Et c’est extrêmement drôle. On devine à peu près tout en trente secondes, on voit venir les gags très à l’avance, mais qu’est-ce qu’on rit, malgré tout ! Sandra Bullock est décidément une actrice que j’aime beaucoup, sans prétention, avec de l’abattage, et une certaine dose de malice. Ici et là on la compare à Katherine Hepburn, et c’est vrai qu’elle arrive à être très jolie, très élégante, et très drôle en même temps, en n’hésitant jamais à faire rire d’elle-même et à payer de sa personne. Ryan Reynolds est mimi tout plein, dans le genre Américain-plein-de-santé-gendre-idéal, qui n’est pas le mien mais qui se laisse regarder avec plaisir. Il est loin d’être un simple faire-valoir pour la star. Le tout ne manquant ni de rythme, ni de guimauve. Les scènes avec Mamie sont particulièrement croquignolettes - pour ne rien dire du délicieux Ramone ! Excellente soirée, donc, même si on regrette un peu l’une des dernières répliques du film, un des collègues d’Andrew et subordonnés de Margaret demandant à Andrew de bien lui montrer « qui est le chef ». Mais on pardonnera, pour cette fois, cette petite faute de goût.

The Proposal (La proposition, non mais virez-moi ce traducteur !), d’Anne Fletcher qui décidément me plaît beaucoup, après 27 dresses.

PS : J’ai lu je ne sais plus où une critique accusant le film d’être profondément réac et anti-féministe. Je ne suis pas d’accord : pour une fois c’est la femme la chef, celle qui a de la poigne, et ça n’en fait pas non plus une horrible femme. Et le garçon n’est pas innocent et blanc-bleu non plus… Et que se passe-t-il après le mariage ? Margaret a laissé réapparaître certaines fragilités, mais ça m’étonnerait qu’elle se mette à filer droit sous la direction d’Andrew, ou à traiter ses collègues avec moins d’exigences et plus de gentillesse… (sans compter qu’on peut aussi y lire une dénonciation de cette société machiste qui oblige les femmes à être pète-sec pour être obéies  et parvenir à de beaux postes – mais j’arrête là mes élucubrations pseudo-sociologiques...) Beaucoup moins conservateur, donc, que la plupart des Harlequins !

PPS: Canalblog y fait rien qu'à publier mes tags dans le sens inverse... pffff...

25 août 2009

Nobody puts Baby in a corner

Dirty Danciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiing, Emile Ardolino, 1987

200px_Dirty_DancingComment susciter la surprise réprobatrice parmi une large part de votre entourage, et choquer dans le même mouvement de nombreux inconnus, sans que cela ne vous coûte rien, ni douleur, ni argent, ni temps ? Juste un petit aveu innocent, naïf même : n’avoir jamais vu Dirty dancing.
N’avoir jamais fantasmé sur Patrick Swayze – en danseur du moins, mon adolescence n’a pas été si aride que je n’aie pas non plus vu Ghost. N’avoir jamais tenté un slow avec Kevin D. de la troisième 6 sur I’ve had the time of my life. Jamais, jamais, jamais.
Visiblement, nous sommes une espèce très rare. Rendez-vous compte : le film est le plus vu par les femmes du monde, avant Grease, La mélodie du bonheur et Pretty Woman ; on l’appelle le Star Wars des filles… Heureusement que j’ai vu Grease – et encore, pas à l’adolescence ! – sans ça on me mettait sous un microscope pour comprendre cette incongruité.

Et il est bien sûr impossible de continuer à vivre comme avant une fois l’entourage ainsi secoué. On ne vous le permettra pas ; ce serait criminel de vous laisser dans l’ignorance. On vous apportera donc le DVD à défaut de pouvoir vous emmener à la comédie musicale. Et au retour d’un week-end de harengs marinés et d'embruns, on vous proposera une soirée filles à base de tisane et de Patriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiik !

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C'est un vrai spectacle de fille: il est tout rose
(source)

On ne saurait tomber mieux à point : les Harlequinades battent leur plein et cette histoire d’intellectuelle riche et pas jolie qui découvre la sensualité avec une bombe pauvre et inculte a un potentiel harlequinesque non négligeable. Surtout qu’à côté de l’histoire d’amour on a une critique sociale, un plaidoyer pour l’avortement légal et la sexualité libre, la guerre du Vietnam, l’évolution de l’économie des loisirs – si, si ! – et la nécessité d’aller au-delà des apparences et des conventions. Le film a gagné l’oscar de la meilleure chanson pour le slow sus-cité ; mais il a en réalité une dimension de Pulitzer. Rien que ça.

Ruinée par bon nombre de dialogues et un jeu pas toujours subtil (surtout que la VF n'arrange vraiment rien), certes, mais on n’est pas là pour ça. On est là pour le torse de Patriiiiiiiiiiiiiiiiiiiick, pour la scène de chemises mouillées, pour y croire qu’un jour mon prince viendra et que je danserai le mambo pro en deux jours, pour quelques robes du soir,  et puis aussi pour la musique – surtout la musique des années 60 en fait, plus que la musique composée spécialement. Et pourtant, I’ve had the time of my life est la musique la plus jouée au Royaume-Uni pour les enterrements…

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Bref, si vous n’êtes pas une fille, vous pouvez oublier. Si vous êtes une fille et que vous n'avez pas envie de vous rappeller comment c’était, l’adolescence, oubliez aussi. Mais si vous pouvez trouver deux-trois bonnes copines et des fraises tagada, foncez. Peut-être que vous croiserez Kevin D. demain  dans le métro, après tout.

23 janvier 2009

The Philadelphia Story

Indiscrétions, George Cukor, 1940

51DYT54SR4L__SL500_AA240_Tracy Lord (Katherine Hepburn) est riche, très riche. Et décidée, froide, exigeante. Très belle. Elle a fichu dehors son premier mari, C.K. Dexter Haven (irrésistible Cary Grant) et doit se remarier avec George Kitteridge (John Howard), industriel enrichi. La maison est déjà pleine des cadeaux de noces tous plus somptueux les uns que les autres, et des soupirs de Dinah, la petite sœur de Tracy, qui aimait bien Dexter et ne comprend vraiment pas pourquoi le père de la mariée n’est pas invité. C’est pourtant simple : il s’est intéressé d’un peu trop près à une danseuse et Mme Lord, sur l’insistance de Katherine, l’a planté là.
Là-dessus, débarquent Macaulay « Mike » Connor (James Steward) et Liz Imbrie (Ruth Hussey), soi-disant amis du frère de Tracy mais en réalité journalistes d’un magazine people chargés d’espionner le mariage. Tracy comprend, mais ne peut les renvoyer : soit elle accepte le « reportage », soit Dexter fait publier un article pire encore sur son père. Douce vengeance…

A partir de là, Cukor enchaîne toute une série de situations loufoques ou tendres : grand numéro de folie des sœurs Lord pour accueillir les « chers amis » du frère, arrivée inopinée du père, vieil oncle libidineux, dispute sur les bord de la piscine, critiques de tous bords à l’encontre de Tracy et de son tempérament quelque peu intolérant. Soirée luxueuse et éméchée, bain de minuit, hésitations, flirt…

The Philadelphia Story est une comédie romantique bien rythmée ou les couples se croisent et se découvrent, où les êtres se dévoilent derrière la façade de statue ou de play-boy, où l’aristocratie s’amuse bien cachée mais pleure aussi, où la légère extravagance de tous n’est pas dénuée de sincérité et de cœur. Katherine Hepburn est merveilleuse, et les autres acteurs ne sont pas en reste. Un très très bon moment, pas mièvre pour deux sous, avec trois sexy men : Cary Grant élégant nonchalant, James Stewart un peu paumé un peu poseur, et le sérieux John Howard à la moustache des plus séduisantes.

Merci Amanda !

05 janvier 2009

Gilda

Charles Vidor, 1946

Gilda

Au début, je croyais que Gilda était un gentil fifilm, tout entier autour de Rita Hayworth et destiné seulement à célébrer sa gloire et sa beauté. Une petite chose sans doute jolie, mais pas très affolante.
Mais je voulais voir LA scène, la scène des gants, celle qui choqua tout Hollywood et qui reste encore un concentré de bombe – et les minettes peu effarouchées peuvent toujours se déshabiller : à côté de Rita qui enlève ses gants, elles sont aussi affriolantes qu’un pot de yaourt.

Je n’ai pas été déçue par cette scène, ni par le film. Car j’y ai trouvé bien plus qu’un mélo et bien plus qu’une longue publicité pour Rita Hayworth.


Les trois fauves

Nous sommes à Buenos Aires. Le jeu est interdit, pas chance pour Johnny Farrell (Glenn Ford), joueur et tricheur professionnel. Heureusement pour lui, il existe des casinos clandestins tolérés car sources possibles pour la police. Farrell se lie par hasard avec Ballin Mundson (George Macready), propriétaire d’un tel casino, et devient son homme de confiance. La vie est belle, en smoking et en compagnie d’Oncle Pio (Steven Geray), employé philosophe.
Jusqu’à ce que Mundson rentre d’un voyage d’affaire avec Gilda, sa jeune épouse, qu’il présente à Farrell. Ces deux-là ont l’air de se connaître. Mais ce qui s’est exactement passé entre eux, on ne le saura pas. Ils se sont aimés, avec passion, ils se détestent avec acharnement. Ce n’est pas une bluette mais la vengeance de deux amours blessés. Mundson est cynique, et joueur, et manipulateur : il place Gilda sous la garde de Farrell. Gilda est une séductrice, et quoi de mieux que se venger de Farrell en faisant échouer sa mission, tout en valsant dans des bras accueillants ?
Sauf que. Farrell est obstiné. Mundson est terrifiant. Gilda a des bijoux, la vengeance, mais aussi la peur.
Et Mundson, tout en la fascinant et la désespérant, mène ses affaires : celle d’un cartel international du tungstène. Sauf que. Des erreurs, Gilda, la police, Mundson échoue et disparaît. Veuve, Gilda épouse Farrell et tout semble aller pour le mieux : réconciliation, amour et petits oiseaux.
Sauf que.


Gilda la douce et Oncle Pio

Et non, je ne vous raconte pas la suite. Et puis quoi encore ?

Par contre, je vous dis que ce film est excellent : grâce à Rita Hayworth, évidemment, beauté fatale et actrice formidable. Mais pas seulement. Grâce aux scénaristes, qui dans l’urgence écrivent et réécrivent, jusqu’à ces personnages complexes, entre haine et amour, chez qui le regret et le désir gouvernent tout ; ces rebondissements permanents et toujours crédibles ; cette angoisse qui prend le spectateur comme elle s’est emparé de Gilda. Mais on ressent aussi les sentiments de Farrell. On étouffe dans ce film, et ce n’est pas seulement parce qu’il fait chaud à Buenos Aires. On se trouve pris dans les manigances de Mundson au son du Carnaval, dans la vengeance de Gilda qui se retourne contre elle, dans la prison des sentiments exacerbés de Farrell. On n’est jamais là où l’on croit être et le dénouement est une surprise. Un petit bijou noir et blanc, de magnifiques numéros chantés (par Anita Ellis), un très très beau film d’amour, et un commissaire argentin tout à fait séduisant (Joseph Calleia).

There never was a woman like Gilda !

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30 décembre 2008

Chocolat chaud

Où la Curieuse vous offre quelques sexy men (ou pas) de Noël, de toute saison, d’autrefois

Chez mes parents, il y a la télé. Et depuis peu, il y a même la TNT. Ô bonheur.
Car, si les programmes de Noël sont assez mauvais, c’est aussi l’occasion de revoir de bons vieux films de capes et d’épée ou des westerns avec mon papa. Esprit de Noël es-tu là ? Certainement pas dans le poste. Mais sur le canapé, entre deux parties de petits chevaux, devant un bon thé bien chaud et un bon goûter, oui.

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il buono
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il brutto                                                             il cattivo
Et on en profite pour allez voir ça chez Chiffonnette si ce n'est déjà fait.

Certes, cette année je suis privée de Sissi, qui passe alors que je suis rentrée chez moi, sans télé. Oui, j’aime Sissi. La moitié du plaisir tient aux robes, pour une bonne part au charme de Romy, mais j’aime sincèrement cette mièvrerie sucrée, car je suis une midinette, et car Sissi représente Noël en famille, avec maman et moi ravies, papa et frérot nettement moins – mais restant à regarder. Voilà, c’est dit.

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Karl-Heinz a l'air un peu niais. Mais ces robes, raaaaaaaaaaa....

Donc, point de Sissi. Mais un fameux Cartouche, avec moult coups de pistolet, mouches et perruques, avec Claudia Cardinale en bohémienne adorable, avec Bébel jeune qui reste tout de même tellement mieux que Daniel Craig (ai-je déjà dit que je n’étais pas du tout de mon époque ?), et avec Jean Rochefort. Que j’ai cherché vainement pendant une bonne partie du film, avant de me rendre compte qu’il était devant moi, et qu’un jour il avait été un jeune acteur imberbe.

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Un jeune premier souriant et un philosophe flegmatique mais héroïque. La jeune fille normalement constituée succombe.

Ce fut un choc. Jean Rochefort n’a donc pas toujours été comme ça !

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love love love

Il est mieux avec la moustache, et sa voix a un peu changé ; il est irrésistible.

C’est décidé, je me lance dans Angélique.

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PS : Allez, comme c’est Noël, je vous les mets quand même : le new chouchou of the blogosphère (avec raison!) et l’incompréhensible chouchou musclé tout pas beau.

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Pour vous mesdames : le beau et le pou

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22 octobre 2008

Keinohrhasen

Till Schweiger, 2008

hasenAlors que s’achève le festival du cinéma allemand – Berlin Calling chez Magda – et après avoir parlé ici de deux belles facettes de ce même cinéma, voici venu le temps je crois de vous parler d’une autre facette d’icelui, la bonne grosse comédie. Attention, nous parlerons ici de bonne grosse comédie de qualité, et il faut savoir qu’en Allemagne ce n’est pas chose si courante. Entre des scénarios qui tiendraient sur une demi-feuille de papier à cigarettes, des gags très souvent donnant le scatologique et souvent pas drôles, et des acteurs pas toujours bons, la comédie allemande se réduit souvent à de déplorables (télé)films du dimanche soir – le samedi étant consacré, comme chacun sait, aux schlager en costumes de bavarois.

Mais parfois une production réussie, comme ce Keinohrhasen, qui certes accumule bien des clichés mais se laisse voir sans déplaisir aucun, même, pourrait bien vous faire rire.
Alors oui, nous sommes bien dans une bonne grosse comédie (que pour le confort de mes doigts j’indiquerai maintenant BGC, dans un esprit roahl-dahlien assumé), et dans une BGC allemande : il y a de la saucisse achetée à l’Imbiss du coin, il y a Wladimir Klitschko (ce type me fait peur et en plus je ne comprends qu’à moitié ce qu’il raconte, mais indubitablement, et bien qu’ukrainien, il vous garantit une germanité authentique), il y a de l’humour un peu gras et il y a les fesses de Till Schweiger. Bon, pas que, certes, et pas longtemps, mais enfin c’est mieux que rien. Il y a aussi Jürgen Vogel, acteur allemand populaire, qui ouvre le film avec une interview des plus plaisantes.

Dans cette histoire, le lapin sans oreille (le titre), joue un bien grand rôle. Ludo se retrouve à rater un lapin de Pâques en tissu, dans un jardin d’enfants, alors qu’il était l’un des plus grands paparazzis de Berlin. Oui mais, une fois de trop, un divorce compliqué entre un avocat et une juge, et hop, 300 jours de travail d’intérêt général. Et l’une des éducatrice du Kindergarten, c’est Anna (Nora Tschirner), l’ancienne souffre-douleur de Ludo quand ils avaient dix ans. Elle voudrait bien se venger. Elle voudrait bien aussi se conduire en adulte. Elle est vraiment jolie. Il est vraiment sexy. Voilà, vous avez compris l’histoire : ça va être un peu compliqué, mais ils vont évoluer tous les deux, et happy end. Comme dans toute comédie romantique – car oui, c’est une BGC romantique (mais avec des vrais adultes dedans, qui ne font pas que se lancer des regards énamourés).

Oui, les acteurs ont tendance à en faire un peu trop, façon sitcom. Oui, certaines scènes auraient pu être supprimées sans dommage aucun pour le film. Oui, aucun message, aucune profondeur, que de la facilité. Mais ça va vite, c’est drôle (vraiment, j’ai rarement vu une salle rire avec tant d’entrain et d’unisson) (même si le fait que la salle soit allemande détruise quelque peu l’argument) (les Allemands sont bon public) (mais quand même) (et moi je ne suis pas Allemande) (ni bon public), on s’attache, ce n’est pas mièvre, ni gras épais (sauf donc une des scènes dont on aurait pu se passer, mais c’est surtout parce qu’elle n’apporte vraiment rien), ni bête – et une BGC allemande réunissant ces trois ni là, croyez-moi, c’est rare. Et puis, comme souvent chez les Allemands, c’est plein d’énergie, et ça ne se prend pas au sérieux. Et puis Till Schweiger n’arrête pas de sourire.

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04 octobre 2008

« Mother Nature never had to deal with a gigolo ! »

Certains abordent l’automne à l’aide d’une cure de jus de bouleau. Pour ma part, j’ai choisi cette année une façon infiniment plus agréable de plonger dans la pluie et le vent, et j’entame une petite cure de Marylin Monroe.

Commençons par ce bonbon acidulé, Gentlemen prefer bondes (voilà peut-être un début d’explication à l’absence de millionnaire à mon bras). Lorelei Lee aime les diamants, les fourrures et les jolies choses dispendieuses de façon générale. Elle aime aussi Gus, mais peut-être l’aimerait-elle un peu moins s’il ne pouvait lui offrir cette énooooorme bague de fiançailles.

Find a gentleman who’s shy or bold, or young or old, or short or tall… As long as the guy’s a millionaire !

athl_tes

Le seul problème, c’est le père de Gus, qui n’approuve pas du tout, mais alors pas du tout, les projets de mariage de son fils avec une chanteuse de cabaret. Lorelei se voit donc obligée de faire son voyage de pré-noces toute seule, enfin, avec son chaperon bien sûr, sa meilleure amie Dorothy Shaw (Jane Russel), belle brune effrontée. Heureusement, Gus lui offre cet adorable bracelet en guise de cadeau avant son départ. Malheureusement, le père de Gus engage un détective pour prouver une bonne fois pour toutes que cette Lorelei n’est pas fiable. Très malheureusement, se trouve à bord un lord anglais sensible aux jeunes filles, et qui a fait fortune dans les diamants. Très, très malheureusement, sa femme est en possession d’une éblouissante tiare.

Et, comme vous le savez sûrement, le diamant est le meilleur ami de la femme : elle vieillit, l’homme se refroidit, mais le diamant est toujours là, qui aidera à payer le loyer. Magnifique moment du film, où Marylin vous explique qu’il y a un lieu sur terre où l’on se tient droit, quelque soit l’état du dos et des genoux : Tiffany’s. J’étais bien trop ailleurs lors de mon passage dans ce lieu où le moindre porte-clé coûte 140 dollars – plus les taxes – pour songer à ma posture. L’ascenseur – et son indispensable liftier – nous emmèna au deuxième : bagues de fiançailles. Avec nous, deux gentlemen visiblement riches et sur la piste d’une liste de mariage, avec leur escort-vendeur, et un petit couple qui se dévore d’amour sur le chemin de LA bague. Combien de carats ? Visiblement, pour ces deux là, peu importe. Je ne regarde plus les bagues ; je préfère respirer cet air de lys et d’amour, sentir mon cœur se faire guimauve, et les larmes presque monter devant ces deux petits vieux, dont les têtes se touchent presque quand ils se penchent ensemble vers la sélection de bagues. Nouvelles noces ? Noces d’or ? Ces deux-là aussi, c’est pour la vie.

Alors comment résister, dîtes-moi, à ce bijou mi-romance, mi-comédie, où les femmes portent de longs gants et de coquets et coquins bibi, où l’on danse et chante dans les tribunaux avant de faire des déclarations enflammées, où Dorothy se demande s’il y a sur ce paquebot quelqu’un qui aie du temps pour l’amour, au milieu de jeunes hommes méritoirement indifférents et dont la musculature leur donnerait droit de citer dans les jeudis de Fashion. A ce délicieux moment, comédie musicale mais pas trop, où l’on s’aperçoit que Lorelei n’est peut-être pas si bête qu’on le dit, elle qui explique qu’on n’épouse pas une femme parce qu’elle est belle, mais que ça aide, et que personne n’y trouve à redire. Pourquoi alors se plaindre qu’une jeune fille préfère les hommes riches ? Surtout quand cette jeune fille a les moyens de ses exigences, quand sur son chemin les hommes soudoient le maître d’hôtel et les petits garçons comme il faut oublient les bonnes manières durement inculquées par une armée de gouvernantes.

« - I’ll help you for two reasons.
- Oh never mind the reasons !
- The first reason is : I’m too young to be sent to jail. The second is, you’ve got a lot of animal magnetism. »

Si vous voulez comprendre, regardez le film. Et enchaînez ensuite avec How to marry a millionaire. Là encore, je me suis aperçue que j’avais tout faux dans ma quête de l’homme riche. Car oui, c’est ma quête, je veux pouvoir aller à New York en vacances comme ça me chante, deux fois par an étant une bonne base de départ – été, hiver.
Dans ce film, Marylin est une adorable fille à lunettes qui ne met pas lesdites lunettes de peur que les hommes ne la remarquent plus ; charmante naïveté qui occasionne quelques bleus et méprises (« Le mien est borgne ?! »). Elle fonde une colocation-coopérative avec deux amies, Schatze (Lauren Bacall) et Loco (Betty Grable). Schatze est le cerveau de l’opération. D’abord, une bonne adresse. Ensuite, mettre le grappin sur un millionnaire – et, mesdemoiselles prenez-en de la graine, le type du rayon vison sera toujours mieux que le type de la charcuterie. Aller ainsi à des soirées de millionnaires, et, de millionnaires en millionnaires, trouvez celui qui vous donnera son nom. « All you need is one nice big fat bear. »

miroirs

Et quel bonheur de voir ce New York de 1953 ! Les jolies filles trop fauchées pour le taxi s’en contrefichent : elles font un trajet d’essai avec la nouvelle Chrysler. Elles font du gringue au charmant client parce qu’elles ont « oublié » leur porte-monnaie. Elles portent, mannequinat oblige, des robes du soir à tomber, des manches gigots phénoménales, des petites capes, des ensembles ajustés, de délicats réticules. On ne va pas aux toilettes, mais à la powder room, meublée de poufs nacrés, équipée de miroirs quintuples et grande comme mon studio. Et le millionnaire n’est jamais celui que l’on croit.

les_trois_belles

Poupou-pi-dou.

Gentlemen prefer blondes, Howard Hawk, 1953.
How to marry a millionaire, Jean Negulesco, 1953.

Posté par vilaindefaut à 09:02 - cinéma, cinéma - Commentaires [5] - Permalien [#]

03 août 2008

Les citronniers

Eran Riklis, 2008.

Ich hasse Sommer. Oder eher gesagt, ich hasse Hitze. Et là, depuis quinze jours, je suis servie.

citronniersCe qui me fait penser que je n’ai pas encore parlé ici de ce film qui se passe dans un pays brûlant, « Les citronniers ». Il m’a suffit de la première scène pour plonger dans l’histoire : les mains d’une femme qui coupent des citrons, avec précision et fermeté. Les moitiés de citrons sont placées dans de gros bocaux, avec de l’eau et des aromates, et la femme emplit ainsi ses étagères. Ses mains sont imbibées de jus, on voit par la fenêtre son verger, on sentirait presque l’odeur acide. Cette femme, de quarante-cinq ans peut-être, magnifique, c’est Selma (Hiam Abass). Elle s’occupe du verger avec un vieil homme qui semble avoir toujours été là. Les enfants sont grands, partis, le mari est mort. Et un nouveau voisin arrive, qui est ministre israélien, qui fait surgir une caravane d’agents de sécurité et des miradors. Le verger est un danger : il faut l’abattre. Selma, qui semble la parfaite femme palestinienne, humble, soumise aux hommes et au destin, va se battre et forcer les autres à se battre avec elle, à commencer par ce jeune avocat (Ali Suleiman) fraichement rentré de Moscou, qui accepte d’abord avec résignation et puis se prend au jeu, au combat. On n’est pas dans un film américain, et les choses ne vont pas rentrer dans l’ordre. Pas de facilité, pas vraiment de happy end en vue, ne serait-ce que parce que le combat de Selma fait ressortir toutes les contradictions des Palestiniens et toutes les interrogations des personnages, entre l’ambition et l’amour, le qu’en-dira-t-on et la volonté, la tradition et la justice, le confort et l’intégrité. Entre les différentes envie qui traversent les personnages, aussi. J’ai à cet égard beaucoup aimé le personnage de l’avocat, et deux scènes récurrentes : Selma servant à des visiteurs désapprouvant sa conduite une citronnade unanimement jugée excellente avec désinvolture, et le mari mort, sévère dans un cadre, qui contemple Selma et ses déboires.
Ce film est affreusement triste, parce l’histoire, et parce qu’il reflète ce qu’on sent être une réalité, parce qu’il se termine sur une absurdité, un abus de pouvoir, un refus de comprendre l’autre, un mur. Comme si rien d’autre n’était possible, aux yeux du réalisateur, entre des humains qui ont eu la mauvaise fortune de ne pas naître du même côté de la Ligne.
Et pourtant ce film est plein d’espoir, car la vie revient chez Selma en même tant que la certitude de devoir et pouvoir se battre, en même temps que les nouvelles rencontres. Car le jeune soldat dans son mirador apprend – des choses d’ailleurs assez comiques – au lieu de surveiller les éventuels terroristes du verger. Car l’agent de sécurité fait son travail, ce qui ne l’empêche pas, peut-être, de désapprouver. Car certains personnages souffrent de la situation et retrouvent une conscience, une éthique, une respiration. Particulièrement les femmes (les actrices sont sublimes), mais pas seulement.

Je ne connaissais rien au cinéma israëlien. Après The Bubble, ce film-là me donne furieusement envie d’aller y regarder de plus près.

Posté par vilaindefaut à 19:01 - cinéma, cinéma - Commentaires [5] - Permalien [#]
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