13 septembre 2009
Jeu de l’oie de la Mère de Famille
Pour deux joueurs et plus
Un des joueurs sera « la Mère de Famille », les autres les voyageurs passifs. On peut compliquer le jeu en leur ajoutant des caractéristiques : affamé, boudeur, flemmard, veut faire pipi, a trop chaud, a oublié son livre, etc. La répartition des rôles se fait selon votre méthode préférée : plouf-plouf, pierre-papier-ciseaux, double-six, décision unilatérale et irrévocable, etc. Nous avons utilisé la méthode du « c’est celui qui parle la langue du pays qui fait la Mère de Famille », en l’occurrence, l’allemand.
Ce descriptif ne comporte que les cases « action » du jeu, votre plateau comportera aussi des cases neutres. Chaque action réussie permet de relancer les dés ; attention, il y a des cases pièges.
-Achetez les billets au meilleur prix et imprimez-les.
-Trouvez un hébergement bon marché mais correct.
-Vous vous y êtes pris trop tard, vous ne pourrez pas dormir sur l’île : retournez à la case départ.
-Achetez à l’avance les tickets de métro et conservez-les pour tous les voyageurs.
-Vérifiez que vos voyageurs ne prennent pas des sacs trop lourds.
-Notez les horaires des trains et correspondances.
-Pensez à prévoir eau et goûter.
-Vérifiez le temps de parcours jusqu’à la gare, comptez votre marge de sécurité.
-Levez-vous en premier et à l’heure.
-Munissez-vous des billets de train pour tous et des références de l’hébergement.
-Vous partez légèrement en retard par rapport à votre marge optimale : reculez de deux cases.
-Poinçonnez les tickets pour tout le monde et conservez-les.
-Oups ! Vous avez bien pris l’eau mais vous avez oublié les bananes. Passez un tour.
-Arrivez à la gare, l’œil vif et le regard conquérant. Cherchez votre voie de départ sur les panneaux.
-Votre train n’apparaît pas : regardez vos billets, oups, vous vous êtes trompé de gare. Vous avez perdu : vous n’êtes pas une Mère de Famille.
On est finalement arrivées à la bonne gare 4 minutes après l’heure de départ, et pour une fois le train était à l’heure. Deux heures d’attentes dans une gare certes impressionnante mais pleine de courants d’air et dramatiquement dépourvue de bains. Mon voyageurs à moi était « frileux » ; elle s’est recouverte progressivement de toutes les couches à sa disposition et son regard vaillant s’est fait de plus en plus pitoyable, jusqu’au moment où les commerces ont ouvert et où on a pu aller prendre un thé. Heureusement, elle avait aussi l’option « bonne composition »…
Après ça, tout s’est bien passé : Schwerin et son château de conte, habité encore au début du XXe siècle ; ses maisons soi-disant extraordinairement et remarquablement penchées (dixit le Routard), pas plus tordues que n'importe quelle maison médiévale . Wismar et son centre ville ensoleillé, ses glaciers, ses maisons baroques aux toits crénelés, ondulés, dentelés, ses têtes de Suédois en guise de balises de chenal, ses chantiers-navals en panne, ses grues bleues et jaunes, son port merveilleux dans le soleil du soir, ses harengs marinés.
Et l’île de Poel, merveilleuse escale où nous avons mangé des mirabelles à peine mûres cueillies sur le chemin de la plage, fait du vélo dans les champs, goûté aux vagues de la Baltique, mangé encore du hareng, et des glaces, sur le port, chez une petite marchande qui n’avait que quatre parfums (vanille, chocolat, fraise, straciatella), et vendait la boule 50 centimes. Les bonheurs de la province est-allemande ! Même les affreux franco-allemands de la traversée allée n’ont pas réussi à gâcher notre plaisir – d’abord, on a eu les deux derniers vélos à louer sous leur nez, na ! – même si on a appris qu’on était des Françaises typiques car arrogantes, parce qu’on ne leur parlait pas. J’adore ça, quand les gens disent des méchancetés en allemand et quand ensuite ils réalisent que je les ai compris, puisque je comprends (et traduit !) les explications du capitaine, gnark gnark gnark !
Donc, si vous voulez du bronzage hype (pare que personne n’aura le même ici) et échapper un temps aux Français qu’on trouve à Berlin à chaque coin de rue, la côte Baltique est pour vous. Rügen est plus célèbre, mais plus peuplée aussi. Je suis une fille du Nord et de la simplicité, j’aime ces paysages, cette nonchalance, cette atmosphère calme et hors de tout. Mais le charme de l’endroit opère aussi sur les gens du Sud…
A Wismar, nous avons délicieusement dîné de poisson sous différentes formes (mariné, pané, en sauce) avec des pommes de terre elles aussi variées (vapeur ou sautées), et bières, au To’n Zägenkrog juste à côté du port, pour trois fois rien, et goûté de délicieux gâteaux à l’allemande dans un charmant café bio (poire-coco, plein de crème, en bas à droite sur la photo). Sur l’île de Poehl, il faut mieux réserver ses vélos, nous avons donc eu les deux derniers en arrivant avec le premier bateau- beaucoup de touristes allemands sur place – car c’est très agréable d’en faire sur l’île : des voies réservées partout, la mer, les chevaux, le vent, les sandwichs aux rollmops sur la plage de Timmendorf (à l’ouest, payante), les mouettes, la Baltique qui ne sent pas vraiment la mer et qui n’a pas de profondeur, les cabines de plages, les pique-niqueurs aux bouteilles de bière. La Reederei Clermont assure les traversées, avec commentaires du capitaine en prime – en allemand seulement.
PS : pour la gare, j’ai de bonnes excuses, les vieux automatismes, tout ça. Ou pas : ça fait quand même plusieurs années que la gare centrale est en activité…
06 mars 2009
Halle, sous la pluie
RB 16315, Eisenach-Halle ; montée à Erfurt.
C’est d’abord la campagne de Thuringe que j’aime beaucoup, pour ce qu’elle a de paisible et d’enveloppant, de beau même en hiver quand la lumière est grise et que les arbres sont nus. La campagne de Saxe-Anhalt, après une demi-heure de train, est terne et laide, triste. On traverse une raffinerie et ses effluves d’acide sulfurique. Une flamme bleue en haut d’un derrick, des tuyaux à n’en plus finir. C’est Leuna-Süd, puis Leuna-Nord. Probablement cette raffinerie qui fut au centre d’un scandale mêlant Elf, Helmut Kohl et la pitoyable manière dont la RDA fut démantelée. Je pensais qu’il s’agissait d’une marque, c’est une ville. Une ville sans habitants, sans maisons, sans rues, puisque ce train ne dessert que l’usine.
C’est un jeune qui monte, musique à fond, sans écouteurs, avec sa copine. Il voudrait bien être pris pour quelque loubard de banlieue. « Ils ont peur de moi, parce que la musique est tellement forte ». Pas tellement, non, mais on aimerait bien que tu baisses le son, ou que tu changes de musique. C’est de la dance allemande, poum papaaaaaa, poum papaaaaaaaaa, poumpa pouma poum papaaaaaaa… C’est très laid. Puis du Rn’B allemand (et vous ne voulez pas savoir à quoi ça ressemble), quelque chose de pas mal qui pourrait être du Nina Hagen, de la pop allemande. Ce garçon au moins résiste à la mondialisation… Et pourquoi pas du Saint-Saëns ? J’ai des envies de Saint-Saëns, du Carnaval des animaux, de la danse des squelettes. Il voudrait terroriser un wagon, il ne réussit qu’à vaguement gêner ; un jeune de province mal fagoté qui joue au caïd en maltraitant les portes et en faisant du bruit. C’est la contrôleuse pète-sec, un peu hystérique, pas conciliante pour deux sous, à donner du « jeune homme » aux passagers entre vingt et trente ans. Ce sont deux noirs, assez rares que je remarque d’autant plus qu’il n’y en a pas à Erfurt. C’est le fraudeur qui rechigne à descendre mais qu’on finit par abandonner sur le quai désert d’une minuscule gare.
C’est enfin Halle.
L’entrée de ville est très laide. Ça ne ressemble à rien : des immeubles posés comme au hasard, sans unité architecturale. Un panneau qui m'apprend l'existence d'encore une Lutherstadt - Eisleben, sa ville natale. Puis on entre dans une ville allemande ; des façades colorées, des trams, des piétons, des vélos. Puis ce sont de petites rues serpentines et tranquilles, tram et piétons, de jolis magasins, de très jolis bâtiments. Un magasin de thé avec en vitrine de superbe théières de porcelaine ornées de fleurs de cerisier. Mais quoi de plus compliqué à transporter qu’une théière, lourde et fragile ? Il pleut, bonne excuse pour tester un café. Ce sera le nt Café, dans la Grosse-Ulrich-Strasse, près du théâtre. Une atmosphère entre la bibliothèque et le club, des théières plein la vitrine, une belle carte, et une galerie occupée par les bibliothèques et quelques tables. On y est bien, les serveuses sont adorables, on y lirait volontiers tout l’après-midi. Mais la ville attend.
Elle est élégante, cette ville. Les façades, dont beaucoup datent du XIXe siècle, sont assez simples, un peu austères, très dignes. Halle me fait l’effet d’une aristocrate désargentée mais toujours le dos très droit et le menton haut. Erfurt au contraire, avec ses façades colorés et sur-ornementées du baroque, a quelque chose d’un parvenu fier de sa réussite. C’est aussi ce qu’elle est : une ville de marchands riches et ambitieux. Halle fut une ville marchande, mais sans jamais l’éclat d’Erfurt ; et sans doute a-t-elle plus souffert de la guerre et de la RDA cumulées. Pas mal de bâtiments non encore rénovés, misérables ; des Bauplatte aussi. Les Bauplatte, ce sont les maisons-légo de la RDA : on fabrique des plaques de bétons avec des emplacements pour les fenêtres, on les assemble, et on a un immeuble. Vite, pas cher, solide. Et moche.

Bauplatte - ceux-là viennent de Gotha
C’est une déception aussi : la Moritzburg est fermée le lundi. J’aurais voulu y voir les peintures de la RDA qui y sont exposées. J’en ai vues à Berlin il y a quelques temps, mais c’était plutôt des peintres qui contournaient la ligne officielle. J’espérais voir à la Moritzburg la peinture académique de la RDA – non que je l’imagine particulièrement exaltante, mais je suis curieuse. Peut-être n’y en a-t-il pas, mais de toutes façons, je ne peux que regarder les murs médiévaux qui subsistent et auxquels on a adjoint des éléments très modernes – pas toujours heureux – et le bâtiment reconstruit au début du XXe siècle selon les codes de la Renaissance. Blanc, aux encadrements de fenêtres jaunes, avec des touches de vert amande.

Les murs nord et sud de la Moritzburg, côté cour.
Il pleut toujours autant. Un antiquaire propose des petites mappemondes datant de la RDA. J’ai envie de succomber, mais elles sont définitivement trop chères. Un café me tend les bras, il s’appelle Potemkine en cyrillique dans le texte, et j’y déguste un affolant chocolat chaud, merveilleusement épais (je soupçonne les carrés de chocolat fondus avec vaguement un peu de lait), brûlant à souhait, avec une généreuse dose de chantilly, pour… 2,20 euros. C’est un tout petit café, avec des papiers peints sombres et fleuris aux murs, façons ancien, un peu déchirés ; avec des tapis rouges et ors, avec l’envie d’y rester longtemps. Il est dans la Kleine-Ulrich-Strasse, une rue de cafés, tous élégants et simples, avec ce chic sans chichi qu’on trouve en Allemagne et cette attention à la Gemütlichkeit – intraduisible, gemütlich signifie quelque chose comme cosy.

Marktplatz, Roter Turm et Marktkirche
Et c’est la Marktplatz et sa mairie en gothique toc du XIXe siècle, sa statue de Haendel, un peu sévère et l’air assez satisfait, et une église plus jolie dedans que dehors. Les voûtes forment un entrelacs de serpents en pierre, devant l’autel trône un sublime baptisphère en bronze du milieu du XVe siècle, un petit orgue derrière l’autel et un grand orgue sur la mur opposé, une chaire très baroque, blanche, rococo.
A la gare, je m'aperçois que j'ai manqué la grande expo "Sur les traces de Luther - nouvelles découvertes archéologiques". Quand je vous disais qu'il me poursuivait!!
C’est enfin le RB16328 à travers un paysage inondé qui va bien avec le gris des fins d’après-midis pluvieux. Des arbres isolés ou en petits groupes, des poteaux électriques les pieds dans l’eau, des bandes d’oiseaux qui barbotent.
Et c’est la nuit.
Les photos (sauf les Bauplatte de Gotha) viennent de wikipedia (Halle et Moritzburg) ; moi j'avais oublié mon appareil photo, et de toutes façons la lumière était pourrie. Vive la pluie...
27 février 2009
Plus loin, plus haut, plus fort
Où La Curieuse repousse toutes les limites
Après une conversation avec des amis français, je me suis rendu compte que je n’avais jamais goûté les Pudding du Dr. Oetker, fleuron de la gastronomie supermarchéenne* allemande, et que ça ne pouvait plus durer. C’est un blog d’exploration germanique ici, ou bien ?
J’ai donc acheté dans mon supermarché préféré des sachets de pudding du Dr. Oetker, et comme j’avais décidé de frapper un grand coup, j’ai pris trois paquets : chocolat, vanille (avec des vrais morceaux de vanille bourbon dedans, si ça c’est pas un gage de qualité) et crème fraiche. Plus un sachet de Crème Paradis à la Stracciatella, du même Dr. Je précise que le « Dr. » n’est ni pédant, ni nécessairement médical : en Allemagne si vous avez un titre universitaire on le rajoute à votre état-civil, c’est tout à fait naturel. Et si, accessoirement, ça fait plus sérieux sur un paquet de pâte à gâteau, ce n’est qu’un avantage collatéral.
Il faut aussi que je vous explique ce que les Allemands appellent pudding : tout ce qui est crémeux et gélatineux. Une danette ? pudding. Un chocolat liégeois ? pudding encore. De la gelée verte ? pudding toujours. Un flamby ? voilà, vous avez compris.
Donc, avec le Dr. Oetker, vous faites votre pudding à la maison : on délaie la poudre avec du sucre et un peu de lait, on chauffe du lait, si on a mis fort sous le lait pour que ça aille plus vite on ne s’éloigne pas, sous peine d’être rappelée à l’ordre avec virulence (c’est d’un mal élevé, le lait chaud !) on mélange à la poudre délayée, on met au frais dans des ramequins, et on attend au moins quatre heures. Et enfin, on déguste.
Je pensais vraiment que ce serait pire (c’est pour ça que j’en ai pris suffisamment pour faire 48 portions) (mais non, c’est pour faire un test varié et donc valable scientifiquement) (on y croirait, hein, que je suis une scientifique rigoureuse ?). J’ai commencé par « pudding avec de la vraie vanille dedans » : c’est industriel, certes, mais pas siiiiiii horrible. En fait, le goût passait plutôt bien, le vrai problème, c’était la consistance : épaisse. Très épaisse. Etouffe-chrétien, pour être honnête. Mais ça va bien avec la légèreté toute relative des Torten marzipan-crème au beurre, par exemple. C’était un peu comme un dessert maison qui aurait eu un problème de proportion ou de cuisson, un poil mastoc, mais ça se laissait manger, surtout dans l’hiver local, fort venteux. Et même s’il était contrariant de penser qu’un pudding réussi ressemblait à un dessert maison raté, je pensais déjà m’en préparer d’avance pour mes goûters, après mes trajets en vélo. Je vous entends déjà ricaner : mais alors, pourquoi t’achètes pas des puddings tout prêts, hein ? Z’en n’ont pas, des danettes, en Allemagne ? Et bien non, on trouve surtout des petits filous (ici les « nains fruités ») et des yaourts à tous les parfums imaginables. Vendus à la pièce : pas pratique. Et plus cher que Dr. Oetker. Et tellement moins germanique-je-m’immerge-dans-la-culture-millénaire-de-mon-nouveau-pays-c’est-beau-l’Europe-et-sa-diversité. Et puis là en plus de mon dessert industriel, j’avais joué à la dinette, c’est bien plus amusant que de soulever un opercule. Et c’est quand même amusant, de faire soi-même ses danettes si facilement et avec si peu de vaisselle ; ça doit plaire à mort aux gamins. Et moi, je venais de trouver comment avoir toujours du sucré sans effort, les jours de flemme ou de pénurie de farine.
Comme je suis une scientifique rigoureuse, donc (et que j’ai des sachets à écouler) (et que je dois bien avouer un certain mauvais goût culinaire qui refait surface de temps en temps), j’ai récidivé, au chocolat, en mettant un peu plus de lait. J’ai aussi évité de jeter le sachet après la troisième étape, j’ai donc lu correctement les instructions, et je me suis rendue compte que je n’avais pas procédé selon les méthodes homologuées pour l’essai n°1. Mist**. Et quand on suit le protocole, c’est beaucoup mieux, beaucoup mois lourd. De là à dire que c’est aérien, hein, ne nous emballons pas, mais d’un coup ça devient tout à fait présentable. Surtout que j’avais ajouté de la Poudre Equinoxiale d’Olivier Roellinger*** (si mélanger Roellinger et Dr. Oetker ce n’est pas de la cuisine d’avant-garde…), et on pouvait même oublier l’aspect chimico-supermarchéen de la chose. Le bonheur est dans le caddie.
En fait, c’est surtout la composition qu’il faut ne pas regarder de trop près, je pense. Je me suis d’ailleurs bien gardée de le faire.
Si vous aussi vous voulez dépasser vos limites et faire votre Allemand à Paris : Tante-Emma-Laden, Marché de Saint Quentin, 85bis, boulevard de Magenta, Paris 10e (http://www.tante-emma-laden.fr/). Ce sera sûrement plus cher, mais bon comme là-bas... Vous vous passerez en revanche aisément de la crème paradis, qui camoufle sous une texture plus légère une tonne de gras et est absolument écœurante après deux cuillères. Et pourtant, je suis une warrior du dessert 33 tonnes.
Les épices Roellinger se trouvent à Cancale, et sûrement dans quelques épiceries fines ailleurs, mais j’aime à penser que c’est un bonheur - et un luxe - réservé aux Bretons.
* L’inconvénient d’être trop longtemps à l’étranger, c’est qu’on ne sait plus parler français, et surtout qu’on prend avec cette langue les mêmes libertés qu’on peut se permettre en allemand. Donc c’est bizarre, je sais, mais en même temps c’est clair, enfin, je crois.
** Zut, quand c’est Goethe qui le dit.
*** Oui j’amène des épices avec moi, de petits pots, c’est une question de survie, et puis je fais de l’évangélisation culinaire.
Le 2 mars : Suite au commentaire avisé de Cuné Hermé, j'ai essayé avec de l'eau. La texture est beaucoup moins dense, moins crémeuse aussi, plus façon gelée. Pas mauvais, mais pas convaincant. Il faudrait jouer sur les proportions de l'eau et du lait, je pense, pour alléger mais garder quand même une texture épaisse - faites comme si ça voulait dire quelque chose...
23 février 2009
Viva Karneval !
Rio ? Venise ?
Totalement démodé.
Cologne ?
Surfait.
Cette année, c’est à Erfurt qu’il fallait être pour le Carnaval.
Ça a commencé dès vendredi : les camions à bière se sont positionnés aux endroits stratégiques, les stocks de saucisses ont été reconstitués. Samedi, on pouvait déjà croiser quelques personnes étrangement chapeautées et quelques groupes de percussionnistes. Quelques enfants qui s’aspergent de serpentins en bombe. Des panneaux avertissant du barrage prochain de certaines rues.
Et hier, c’était la fête. Un peu sous la pluie, un peu dans un fort désagréable froid humide, mais la fête quand même.


Le plus important: le ravitaillement.
Mais étrange : très peu de gens sont costumés dans les rues. Un certain nombre de chapeaux bizarres (hamburger, poule, chose colorée non identifiée,…), quelques sorcières, du moins leurs chapeaux, quelques garçons en filles façon pétasse. Mais surtout beaucoup de gens venus comme ça, et même très, très peu d’enfants déguisés. Je trouve ça un peu triste ; heureusement un adorable pompier et son camarade sheriff sauvent la mise. Ils n’arrêtent pas de se taquiner, de se courir après, de vouloir s’arrêter l’un l’autre, mais au moment de la photo, un parent intervient, maintenant ça suffit tu te calmes non mais ho. Damned !
Devant nous, un jeune policier barbu au crayon noir, une princesse en bonnet agrémenté de rideaux, quelques clowns de l’autre côté de la rue. C’est bien peu. Nous croisons aussi quatre garçons en chemises de bûcheron, portant chacun écriteau, qui forment « Bauer sucht (geile) Frau », paysan cherche femme (géniale), hommage à la télé-réalité, et peut-être tentative réelle ?
On s’est installé sur la grande place du centre-ville, l’Anger. Derrière nous, un manège minuscule tenu par un vieux monsieur, une camionnette de pains d’épices et une autre de Berliner. Les Berliner sont des beignets fourrés de confiture, qu’on appelle Berliner partout en Allemagne, sauf à Berlin où ce sont des Pfannkuchen (littéralement, gâteau à la poêle). Les Pfannkuchen, c’est aussi le nom des crêpes, même si souvent les marchands les appellent «crêpes » (prononcez « crep’s »), parce que c’est plus français, et plus chic. Il me semble aussi que les Pfannkuchen allemands sont plus épais que les crêpes françaises, mais nous abordons là les limites de mes connaissances pfannkucheniennes.
Il y a une soixantaine de chars, venus de villages voisins pour l’essentiel, sponsorisés par une banque ou un garage local. Entre chaque, une fanfare, un groupe de tambours, des majorettes qui n’en sont pas vraiment. Pas de bâton mais des pom-pom, pas de danse. Pas beaucoup de musiques. Un certain nombre de chars sont occupés par des Männer-Ballett. Ils ne dansent pas ; je comprends qu’il s’agit d’associations de carnaval, un bon prétexte pour se retrouver entre hommes, s’amuser et boire de la bière en costume ridicule. Il y a surtout des associations de « Narren », les fous, les bouffons, sur leur bateaux, leur drakkar, leur tracteur. Quelques messages politiques sur les banques et les millions qui viennent, en Allemagne comme ailleurs, de leur être accordés, comparés ici aux crédits des mesures sociales. Là, c’est le parachute doré des banquiers qu’on déploie, ici, Karl Marx qu’on convoque. Et puis des poules, des statues de la Liberté, des épouvantails, des clowns, des chevaliers, d’anciens officiers à cheval de la chasse margraviale de j’ai oublié où, mais c’était en Bavière. La caravane ne s’arrête pas, elle passe, lançant des bonbons, des cadeaux. Un bonbon au menthol, un caramel bizarrement parfumé à la banane, des mini Ritter. Nous décidons d’être de braves filles et donnons l’essentiel de notre butin à nos petits voisins, étonnés, ravis. Un petit garçon, devant nous, se faufile sans cesse vers l’arrière : Papa, Papa ! C’est papa qui a le sac au trésor, le garçon passe et repasse, un caramel, un carambar allemand, des nounours haribo. Le jeune policier, lui, se précipite régulièrement vers Maman. Quand on a oublié le sac, on utilise les poches, les capuches. Il y a même des petits voitures ! Des stylos, des préservatifs – périmés ou presque… Des confettis tout blancs. A l’arrière des chars, une bouteille ou un grand verre de bière ; les différents couples de rois et reine avec leur bouteille de Sekt, les participants qui lèvent leur verre à la santé du public, et le ravitaillement qui suit.
Les parapluies sont ouverts, pas vraiment pour la pluie, il ne pleut pas. Ils sont à l’envers, pour recueillir la manne carnavalesque de sucettes et tête de nègres. Un char distribue des plantes en godet, jacinthes, pensées. Des majorettes donnent leurs fleurs, roses, tulipes. Evidemment, pas à nous.

Majorettes en tenue de pluie et bouffons nourrissant les spectateurs affamés.

Famine à Erfurt! Nourrissez-nous, nourrissez-nous!
J’apprends quelques chansons allemandes : ich habe ein Zwiebel auf dem Kopf, ich bin ein Döner, ich bin ein Döner, denn ein Döner ist schöner (j’ai un oignon sur la tête, je suis un döner, je suis un döner, car un döner, c’est plus beau.). Ou encore une histoire de cheval rouge qui s’est retourné et qu’on doit chanter avec toute une chorégraphie (un peu comme les crocodiles et les orangs-outangs, vous voyez ?), sur l’air d’Allez venez, Milord…
Mais c’est un carnaval assez silencieux. Il ya bien quelques stéréo avec schlager à fond, mais ça passe, et entre les chars, rien. Beaucoup de char n’ont pas de musiques ; heureusement les participants crient hellooooo (ou hei-jo, je n’ai pas bien compris, je crois bien qu’il y avait les deux versions), et le public de répondre. Et les enfants d’hurler helloooo à chaque passage, pour attirer les bonbons. Ils me font penser aux mouettes de Nemo : à moi ! à moi ! à moi ! hellooo ! helloooo ! helloooo !

Carotte géante avec bébé carotte et ravitaillement ; ravitaillement aux couleurs de la DDR.
Après le dernier char, direction un café. D’abord vide ou presque, des enfants qui jouent et qui courent, le café se remplit d’un coup d’un groupe de danseurs de salsa. Ils forment un cercle, l’un des danseurs lance le nom des figures, et tous les couples les exécutent ensemble, ils sont très beaux. Un moine, une diablesse, un clown, un costume de bain 1900, la serveuse qui se faufile, les consommateurs qui regardent et qui rêvent, et dehors le carnaval qui s’éteint doucement, jeunes gens ivres et participants fatigués, ramasseurs de barrières et policiers, et la salsa qui continue, qui continue, qui continue.
21 février 2009
Vade retro, Lutheras !
Aaaarg, quand je vous disais qu’il était partout !!!!
Authentique Lutherbrodt de Lutherstadt (Wittenberg) : pain d’épice agrémenté de persipan et miel, nappé de glaçage et chocolat.
Et c’est trèèèès bon…
24 décembre 2008
L’arme fatale 4
Ou cinq, ou six, j’ai perdu le compte
La recette qui suit vous permettra en effet de réaliser l’une des plus puissantes armes de séduction massive qui soit, plus fort que les envoûtements du Professeur Doura, plus fort que le juju, plus fort que sainte Rita. Cette recette vous assure la conquête de votre amoureux, de votre belle-mère, et même de votre voisin qui écoute très très fort de la musique très très pourrie pendant très très longtemps et jusqu’à très très tard (sauf si votre voisin a très très une tête de pervers et que vous ne l’approchez pas à moins de trois mètre)(ce qui vue l’étroitesse des escaliers tient du miracle)(alléluiah).
Bref. Une recette que nous devons à Brigitte (Briguitteuh), magazine féminin qui doit être à mi-chemin entre Femme actuelle et Avantages (je ne lis ni l’un ni l’autre, ni Brigitte d’ailleurs, vous savourerez donc la valeur de mes indications). Je ne lis pas Brigitte, mais je l’avais acheté en décembre 2007 pour un carnet-recettes prometteur, et pas décevant du tout.
Mon gros coup de cœur : les Karamellbäume, ou arbres au caramel. Ou ce que vous voudrez au caramel, tout dépend des emporte-pièces à votre disposition. J’avais l’année dernière tenté des rennes, c’est très mignon mais atroce à manier quand la pâte est crue, donc cette année j’ai fait simple, des étoiles et des traineaux.
Pour environ 40 biscuits :
pour la pâte :
300g de farine
2 cc de levure chimique (en gros un demi-paquet)
150g de beurre froid (salé, j’insiste…)
100g de sucre
1 paquet de sucre vanillé
1 œuf
1 pincée de sel
pour la garniture :
100g de sucre
50g de beurre salé (impératif)
1-2 cs de mascarpone (ou de fromage type Philadelphia si vous en trouvez)
1 cc rase d’épices à spéculoos (cardamome, muscade, clous de girofle)
1 bâton de cannelle (ou une généreuse dose de cannelle en poudre – 2 bonnes cc)
un peu de sucre glace
préparation : 1h15
repos : 2h
cuisson : 10-12’ par plaque, plus le temps de faire caraméliser du sucre.
pâte : Mélanger la farine, la levure, le beurre en morceaux, le sucre, l’œuf et le sel jusqu’à obtention d’une pâte lisse. Envelopper de film transparent et mettre au frais pendant 2h.
Préchauffer le four à 180° (160° chaleur tournante).
Etaler la pâte sur 3mm d’épaisseur et préparer les biscuits. Sur la moitié des biscuits, on peut s’amuser à ôter des petits ronds ou une étoile de pâte.
Mettre sur une plaque beurrée et cuire 10-12’ jusqu’à ce que les biscuits dorent. Laisser refroidir.
garniture : Faire caraméliser le sucre dans une poêle jusqu’à une couleur brun doré. Retirer du feu, ajouter le beurre, le mascarpone et les épices et mélanger jusqu’à formation d’un caramel épais (ça peut être long). Laisser complètement refroidir jusqu’à ce que le mélange soit assez épais pour en tartiner les biscuits. Retirer le bâton de cannelle.
Tartiner la moitié des biscuits de caramel et les recouvrir de l’autre moitié (celle, donc, avec les éventuels trous). Presser et laisser prendre. Eventuellement saupoudrer de sucre glace.
Fermer les yeux. Déguster.
Se conserve environ deux semaines dans une boîte métallique absolument.
Frohe Weihnachten!
21 décembre 2008
Comme les rois mages, en Galilée
Où vous êtes vraiment ravis que la Curieuse vous ait collé Sheila dans la tête pour la journée (au moins)
Parmi les douceurs de Noël, il y a les plus qu’incontournables, les stars (haha), le top du top, les merveilles : les Zimtsterne. Les étoiles à la cannelle.
Celles qui, lorsque vous décidez de la faire, épuisent tous votre stock d’injures, vous font maudire pêle-mêle les blancs d’œufs, les livres de cuisine, vos **** d’emporte-pièces qui ne fonctionnent pas, et toute la création. Celles qu’il vaut mieux, donc, et à moins d’avoir les nerfs à toute épreuve, éviter de faire avec des enfants.
Mais celles qui vous font soupirer de plaisir, qui fondent et qui croquent dans la bouche, qui vous emplissent d’une jouissance tout amandée.
Les Zimtsterne.
La recette, tirée (mais un peu modifiée) à nouveau du livre de cuisine GU, indique 50 minutes de préparation. Si vous êtes doués, ou entrainés… Prévoir plus, prévoir de souffrir, prévoir de vouloir tout abandonner ou tout cuire comme ça. Du sang et des larmes.
Pour environ 40 étoiles (tout dépend de la taille de vos emporte-pièces ; je trouve que c’est plus facile avec de petites étoiles)
3 blancs d’œuf
200g de sucre glace
1 paquet de sucre vanillé
400g d’amandes en poudre (on peut éventuellement mélanger avec de la poudre de noisette)
2 cc de cannelle en poudre
Une arme de pointe: 
Une Curieuse encore en pyjama (eh, ho, c'est le week-end) armée jusqu'aux dents
préparation : 50 min., donc
repos : 1/2h puis 3h
cuisson : 25 min.
Monter les blancs en neige, ajouter le sucre glace et le sucre vanillé.
Prélever environ une tasse du mélange.
Dans le reste, ajouter 300g d’amandes et la cannelle.
Couvrir et mettre 30’ au frais.

Authentiques blancs d'oeufs montés à la main (enfin, à la manivelle): je suis monstrueusement fière.
Préchauffer le four à 150°. Facile, vous dîtes-vous.
Mettre le reste d’amandes sur le plan de travail et étaler la pâte (environ 7 mm d’épaisseur).
Vous commencez à moins rigolez. (On peut mettre un film transparent sur la pâte pour éviter qu’elle ne colle au rouleau, il y a toujours des bouts de pâtes rebelles qui dépassent…)
Etalez sur la pâte le reste des œufs en neige. (On peut aussi étaler le glaçage sur les étoiles déjà faites, moi je préfère).
Faites des étoiles en trempant régulièrement votre emporte-pièces dans de l’eau froide.
Vous envisagez maintenant de lancer mille malédictions sur ma descendance.
Placer les étoiles sur une plaque beurrée ou couverte de papier cuisson, laissez sécher minimum trois heures à l’air libre. Enfourner à 130° environ 25’.
Surveiller : le dessus des étoiles doit rester blanc.
Il ne s’agit pas d’une cuisson mais d’un séchage, comme pour les meringues. Ça peut durer longtemps, mais ça ne doit pas être fort ; toute la saveur des étoiles vient du contraste entre le dessus croquante et le coeur moelleux - et aussi un peu des amandes, des noisettes, de la cannelle...
On peut mettre le four seulement à 100°, c’est plus long mais moins risqué. C’est cuit quand les étoiles ne collent plus.
Conserver dans une boîte métallique étanche. Mais généralement on ne les conserve pas longtemps…
07 décembre 2008
2. Advent
Aujourd’hui, l’un des plus célèbres biscuits allemands, revendiqué aussi par les Belges, mais ne chipotons pas : le Spekulatius.
Gâteau de riches au départ, vue la quantité d’épices qu’on y met, gâteau pouvant se conserver de longs mois, pour les même raisons. Gâteau, donc, éminemment médiéval, et c’est aussi pour ça que j’aime en faire. Je m’imagine alors, fille d’un riche marchand de Lübeck, préparant quelques douceurs en attendant l’arrivée des convois de fourrures, goudron et poissons fumés du Nord, ou celle des charriots plein de soieries, d’épices et de fruits séchés venus du Sud lointain.
La cuisine, ça sert aussi à rêver.
Donc, les spéculoos, en bon français de France, avec une recette tirée d’un livre allemand consacré aux biscuits, paru chez Bassermann et vendu trois francs six sous, le genre auquel il est im-po-ssible de résister.
Pour 100 biscuits :
500g de farine
un paquet de levure chimique
200g de sucre brun*
2 paquets de sucre vanillé
½ cuillère à café de cannelle
1 pointe cardamone, de muscade et de clous de girofles**
2 gouttes d’huile essentielle de citron (facultatif)
1 pincée de sel
250g de beurre froid
6-7 cuillères à soupe de lait
100g d’amandes effilées (facultatif)
2 jaune d’œuf (ou un peu de lait)
Préparation : 1h (c’est ce que dit le livre, mais c’est exagéré, même si vous décidez de faire 100 biscuits !)
Repos : 2h
Cuisson : 10 à 12 minutes par plaque
Mélanger la farine et la levure. Ajouter le sucre, le sucre vanillé, les épices, l’huile de citron, le sel et le beurre en petits morceaux. Verser le lait et tout mélanger, jusqu’à obtention d’une pâte lisse. Former une boule, mettre au frais 2h dans du scel-o-frais.
Préchauffer le four à 180°C (160°C en chaleur tournante).
Etaler la pâte (environ 3 mm d’épaisseur) et découper des rectangles d’environ 3 cm sur 6***. Parsemer d’amandes effilées.
Placer les biscuits sur la plaque couverte de papier cuisson (ou beurrée, les Allemands ont une passion pour le papier cuisson), en laissant environ 1 cm entre chaque spéculoos.
Mélanger les jaunes d’œufs avec un peu d’eau et passer le mélange (ou du lait) sur les biscuits.
Enfourner 10-12 minutes et laisser refroidir sur une grille.

Comme vous pouvez le constater, j'ai une notion du rectangle toute personnelle, et très peu d'exigences esthétiques en cuisine
*J'ai utilisé du rapadura, sucre bio absolument pas raffiné. Je ne suis pas du tout convaincue par ce sucre qui a un goût trop prononcé, mais pour les spéculoos c'est caché par les épices. Par contre, la couleur et l'aspect des biscuits sont assez moches...
**On peut utiliser un mélange à spéculoos, le mien vient d’une épicerie terrible à Nuremberg, soooo chic. On doit bien en trouver en France, surtout en ce moment…
***Si vous êtes assez chanceux pour posséder un moule à spéculoos, adaptez la taille des biscuits au moule et pressez celui-ci sur les rectangles obtenus, pour les décorer joliment !
01 décembre 2008
Plätzchen
Où comment transporter l’Allemagne chez vous, même que c’est pas si long
C’est l’Avent, l’une des périodes de l’année que je préfère quand je suis en Allemagne. Et cette année, pour la première fois depuis quatre ans, je ne suis pas en Allemagne pour l’Adventzeit. Et le marché de Noël, les odeurs de vin chaud, les décorations en bois, les amandes grillées à la cannelle et les pöffertje* me manquent terriblement.
Heureusement, il existe quelques solutions pour combler mon manque. Le Victorian Christmas swap en est une, même si ça se passe en Angleterre. Tous ça, c’est des Saxons, non ?
On peut aussi faire du vin chaud, ou entrer dans une phase de pâtisserie intensive. Car pendant l’Avent, les Allemands font des biscuits, les Plätzchen. On les mange pendant l’Avent et à Noël, et souvent aussi après parce qu’on en a fait beaucoup. C’est un moment très convivial, chaleureux, à base de recettes de grand-mère, de secrets murmurés, ou d’amis invités spécialement pour faire les gâteaux ensemble.
Et puisque ça y est, c’est officiel, c’est l’Avent, j’ai commencé à faire mes Plätzchen à tour de bras, ça sent bon dans ma cuisine (je ne vous permets pas de penser « pour une fois »), et je me prépare à inonder la France de colis de survie. J’a-dore. Aller faire mes courses et revenir avec à peine un poireau, un paquet de pâtes, une escalope peut-être, et de quoi soutenir un siège en farine, sucre, amandes et autres. Noyer dans la cannelle et les raisons secs (je devrais plutôt dire « étouffer sous ») mon ennuyeux travail du moment.
Et pour que vous ne soyez pas jaloux, et que peut-être vous deveniez germanophiles, quelques recettes sucrées pour Avent heureux – une par dimanche, natürlich. (et oui, je commence en retard. Chez moi c'est congénital.)
On commence avec LE grand classique, les premiers Plätzchen que j’ai appris à faire, au temps béni où j’habitais Berlin et où nous avions passé l’Avent, avec mes coloc’, dans la cuisine bien chaude, l’Oratorio de Noël de Bach à fond (ou le Messie de Haendel, pour varier) : les Vanillekipferln
Ils sont très simples à faire, il faut juste avoir un peu de temps car la pâte doit reposer.
La recette est tirée du Backbuch für junge Leute édité chez GU, fort bonne maison où l’on trouve toutes sortes de livres de cuisine traditionnelle ou exotique ou facile ou amusante, et j’en passe.
Pour 40 croissants à la vanille :
250g de farine
200g d’amandes en poudre
150g de sucre glace
1 pincée de sel
200g de beurre froid (les Allemands ne connaissent pas le beurre salé, les pauvres... Evidemment, nous on a, alors on utilise. Aucune dérogation ne sera ccordée.)
2 paquets de sucre vanillé
préparation : environ 1h15, dont repos : 1h
cuisson : 15’
Verser la farine dans un saladier. Ajouter la poudre d’amande, 50g de sucre et le sel.
Couper le beurre en petits morceaux et l’ajouter.
Mélanger jusqu’à obtenir une boule de pâte lisse.
Envelopper d’un film plastique et placer une heure au réfrigérateur. (étape indispensable : la pâte est très friable et le froid va améliorer un peu les choses)
Préchauffer le four à 160°.
Beurrer une plaque, ou la couvrir d’une feuille de papier sulfurisé, ou investir dans une plaque en silicone-ma-meilleure-amie.
Sortir la pâte du frigo et former un des rouleaux d’environ 2 cm de diamètre. Couper des morceaux de 3-4 cm de long et les façonner en forme de boudins.
Cuire environ 15’ à 160° (thermostat 2), les croissants dorent. (Attention, les pointes crâment vite, les traîtresses.)
Placer dans une assiette creuse le sucre restant et le mélanger avec le sucre vanillé. Rouler les croissants (avec précaution, la pâte casse facilement !) dans le mélange dès qu’ils sortent du four, c’est chaud mais qu’est-ce que c’est bon !!!
Avec un petit thé de Noël, pour un peu, on se croirait à Nuremberg…
*Tuerie hollandaise à base d’un genre de pâte à crêpes qu’on fait cuire dans une plaque alvéolée. On obtient de petites choses de la forme de ces bonbons-soucoupes volantes, remplis de poudre acidulée. On les mange brûlantes, saupoudrées de sucre glace ou de cannelle, en se dirigeant vers la grande roue, la crèche ou le stand de Käthe Wollfahrt.
27 novembre 2008
Juste avant l'Avent...
... des palmiers poussent à Erfurt.

































