05 novembre 2009
L’atelier du peintre
Cirque Plume, chapiteau du parc de la Vilette, jusqu’au 20 décembre
Quand j’étais petite, mes parents ne m’ont pas emmenée au cirque. J’y suis allée une seule fois, emmenée par la mère d’une copine, un petit cirque assez mauvais je pense, dont je n’ai pas de grand souvenir : les gradins du chapiteau, le fakir, et c’est à peu près tout. Les clowns ne m’ont jamais fait rire ; et en regardant un peu ces spectacles de cirque diffusés régulièrement à la télévision, je trouvais ça impressionnant, parfois, mais sans jamais avoir ces regards fascinés, émerveillés, que les réalisateurs s’appliquent à nous montrer dans le public.
Et puis des amis, que je ne peux désormais plus qualifier que de merveilleux, m’ont offert d’aller voir le cirque Plume. Je connaissais tout juste le nom, n’avais aucune idée du genre de spectacles proposés. Deux autres amies m’ont assurée, avec ces fameuses étoiles dans les yeux, que ma soirée serait belle. Les deux étaient notamment sensibles à l’absence d’animaux, et je me suis sentie toute honteuse de ne m’être jamais, moi, insurgée contre la présence de chevaux ou de tigres sur la piste – au contraire. Même si les ménageries de petits cirques en tournée installés dans les champs, près de chez moi, m’ont toujours mise mal à l’aise. Comme si je refusais de faire le lien entre les cages trop petites et les numéros brillants. Comme si je ne voulais pas savoir que derrière quelques belles troupes respectueuses, il y a toutes les autres – que même dans les troupes de qualité, l’otarie n’a pas nécessairement demandé à être là.
Mais remettons cet examen de conscience à plus tard, et revenons à nos acrobates. Au cirque Plume, ils sont rois. Pas de fouet claquant, pas de lion impressionnant, pas d’artifice. Les artistes, et puis c’est tout. Ils jonglent, font du trampoline comme on ne peut qu’en rêver, se suspendent à de long rubans, dansent dans des roues, se portent et se contorsionnent, le tout accompagnés sur la piste par des musiciens. Il y a deux clowns musiciens et chanteurs (ce moment magique où Patpo descend les gradins en chantant à la façon des hautecontres, avec sa bougie, émergeant de la fumée !), clowns qui m’ont fait rire, oui. Il y a une sorte de Monsieur Loyal sans queue de pie, qui lie les numéros, parfois, déroule le rêve, plaisante. Le peintre, peut-être ; ou le roi des elfes, profitant de la nuit pour s’agiter entre les pots et les chevalets.
On est donc entré dans l’atelier d’un peintre, en l’absence le plus souvent de celui-ci, et les modèles, les éléments de décoration en toc, les toiles parfois inachevées, s’animent. C’est si contraignant de rester toujours figé dans son cadre ! Un collectionneur américain achète tout ; une odalisque séduit un passant, une autre se fait dépouiller de ses vêtements par un clown malicieux. Un penseur de plâtre vient à la vie pour danser avec une gracieuse jeune fille. J’ai reconnu Velasquez, Pollock, Gabrielle d’Estrées et sa sœur, Titien, Klein, Degas ; j’ai pensé parfois à Magritte, Warhol, Courbet. Mais au fond peu importe : la beauté des artistes, de la mise en scène, de la scénographie, des lumières, fait tout le plaisir. Sur scène, tout n’est qu’élégance, finesse, humour, comme lorsque les toiles s’éveillent, soudain pourvues de bras et jambes. Comme lorsque la femme dénudée se rhabille de peinture bleue. Il y a le jeu de l’amour et de la séduction, beaucoup de poésie, des jeux de reflets et de lumière. Le dessin de la lune, fait de sable sur un miroir et projeté sur une surface mouvante. Les pétales de roses valsant autour de la trampolineuse. Avec trois fois rien, le cirque Plume vous fait rire et rêver. L’Atelier du peintre, c’est une succession de saynètes entre deux tableaux avec la peinture pour prétexte ; une succession d’allusions, de détournements, et de numéros éblouissants de technique et de beauté. Je suis toujours fascinée par la maitrise de leur corps qu’ont les acrobates ou les danseurs ; s’il s’y ajoute la délicatesse, je suis comblée. Je fus comblée, ce soir-là, au-delà de toutes mes espérances. Et je ne sais pas trop, finalement, s’il convient d’appeler « merveilleux » ces amis qui m’ont créé une dépendance de plus… Impensable maintenant de ne plus revoir le Cirque Plume !
Car je suis bien certaine d’avoir eu, le temps du spectacle, ce regard émerveillé – et je n’étais pas la seule. Le final est à la hauteur du reste, les artistes sont tous présents dans une cascade de trampolineurs, on dirait une fugue, ils remontent, descendent, tournent et virevoltent, dansent, sortent par une trappe pour ressurgir par une fenêtre, le tout sur cette musique – qui parfois m’a fait penser un peu à Yann Tiersen, peut-être l’effet accordéon nostalgique ? – entêtante, gaie et rêveuse à la fois.
Ecriture, mise en scène, scénographie et direction artistique : Bernard Kudlak (cet homme est dieu, tout simplement)
Composition, arrangements et direction musicale : Robert Miny
« Chaque artiste a crée son personnage (ses, d’ailleurs, ndlc) et a participé, par son talent, son inventivité, ses improvisations, à la création et à la richesse de chaque moment de ce spectacle. »
Le site du Cirque Plume ici, avec la bande-annonce du spectacle là. On y voit d’ailleurs les masques des artistes, on peut les reconnaître. J’étais trop loin – et pourtant pas mal placée, mais pensez à arriver en avance ! – pour voir ce détail.
30 avril 2009
Bartleby le scribe – Une histoire de Wall Street
Nouvelle d’Hermann Melville lue par Daniel Pennac, théâtre de la Pépinière
Je n’ai jamais trop compris cette mode des lectures de texte : payer – souvent fort cher – pour écouter le Grand Comédien lire un texte, certes avec vie, mais ça reste une simple lecture.
Certes, il y a le snobisme : avoir vu le Grand Comédien sur scène. Ce n’est pas pour cela que je suis allée voir Pennac (j’aurais de loin préféré voir mon cher Jean Rochefort, mais hélas il est malade, c’est annulé). Mais parce que billetréduc (décidément une mine !) proposait pour le lancement des places gratuites.
Je ne comprends toujours pas l’engouement pour ces lectures. Le texte est drôle et j’ai très envie de découvrir Melville par la bande, avant de me lancer peut-être dans Moby Dick. Ce fameux Bartleby commence par préférer ne pas collationner ses textes. Puis il préfère ne pas copier les documents qu’on lui donne. Il préfère ne pas dire pourquoi. Il préfère ne pas faire de commissions. Il vit dans son bureau, il préfère ne pas partir. Son patron est plein de bons sentiments, mais il finit par déménager en laissant Bartleby sur place. Le locataire suivant n’arrive pas à le faire partir, et malgré toutes les interventions, Bartleby préfèrerait ne pas partir et préfèrerait ne rien expliquer. Il atterrit en prison, et préfèrerait ne pas déjeuner. Il finit par mourir, au grand dépit du lecteur-auditeur qui ne saura jamais pourquoi Bartleby préféra un jour ne plus faire ce qu’on lui demandait.
Texte savoureux, donc, tant dans l’histoire que dans le style.
Lecture savoureuse aussi, Pennac est fort bon dans l’exercice, sur une scène dépouillée, rideau blanc drapé dans le fond, piles de vieux documents sur lesquelles Pennac s’assoit, musique mélancolique pour ménager quelques pauses, au cours desquelles Pennac change de pile. Ce sont ces déplacements qui m’ont gênée, c’était assez artificiel, comme s’il convenait de bouger un peu parce qu’on est sur une scène de théâtre.
Mais finalement je m’ennuie. Passé le premier moment agréable, passé l’impression d’être une de ces dignes vieilles dames riches des temps anciens dotées d’une demoiselle de compagnie chargée de la lecture, je m’ennuie. J’observe les piles : papiers collés ? Vrais vieux papiers ? Je me raccroche au texte. Je regarde ma voisine de gauche : elle a l’air ravi. Ma voisine de droite bouge – c’est qu’on a peu d’espace pour les jambes, et je la soupçonne de s’ennuyer aussi. Retour au texte. Musique. Impossible de lire l’heure, trop sombre. Bartleby commence à avoir des ennuis.
Bref, la lecture par le Grand Comédien, ce n’est vraiment pas pour moi, si réussie soit-elle et si savoureux soit le texte. J’ai besoin d’avoir les yeux occupés aussi, d’avoir de la vie, du mouvement, sur la scène. Je me souviens de conte, de spectacles à une seule personne : voilà qui me convient mieux que ce « le texte, et rien que le texte », pour lequel je ne paierai jamais les 25 euros demandés ici.
17 avril 2009
Moi, Olympe de Gouges
Petit théâtre de Paris, 19h.
Qu’est-ce qui m’a gênée dans ce spectacle ? Je ne saurais le dire. Ce n’est pas la comédienne : Caroline Grimm, dynamique et passionnée, qui se fait tour à tour jeune fille de Montauban, chevalier de Saint-Georges, duc d’Orléans, femme d’esprit et de cœur, Robespierre, mère éplorée.
Ce n’est pas la mise en scène (de Marc Jolivet), qui tire le meilleur parti de la petite scène et de l’unique comédienne. La pièce s’ouvre sur Olympes, dans sa cellule de la Conciergerie, écrivant pendant sa dernière nuit une longue lettre d’adieu et d’explication à son fils. Et on alterne ensuite entre quelques épisodes marquant de la vie de Marie/Olympe, son mariage puis son départ pour Paris, ses débuts de femme libre cherchant son combat, ses pièces et ses amitiés cultivées, son club de femme, son opposition à Robespierre, ses querelles avec son fils, avec des retours à sa petite table ou le grattement de la plume accompagne la voix sonorisée de la comédienne, femme qui veut laisser une trace de son combat, de sa vie, qui veut se justifier aux yeux des hommes et surtout face à son fils. Et puis c’est le procès, les affreuses tricoteuses qui ne sont pas les consœurs qu’elle imagine venues la soutenir, et puis c’est la vision de la charrette, de la guillotine, du cou qui se plie, qui s’offre.
Ce ne sont ni les lumières, ni la musique, qui rythment délicatement le texte. Ce n’est pas le texte lui-même.
Ce n’est pas le costume, objet de ma contemplation pendant l’heure du spectacle. Vrai ancien ? Faux savamment déchiré, recousu ? Petits plis du jupon, deuxième jupon de grosse toile de coton, corset, Olympe a les bras nus et les pieds dans de fines chaussures roses, Olympe ne se soucie plus de pudeur, elle n’a plus de robe décente, elle n’a plus rien à cacher, et puis il fait chaud, dans ces cellules sombres et mal ventilées de la Conciergerie.
Peut-être parce que c’était la deuxième (mais d'une reprise), que la comédienne bafouillait parfois et qu’il manquait encore un je-ne-sais-quoi pour captiver totalement. Peut-être était-ce simplement mon humeur, qui ne m’a pas laissée apprécier pleinement ce bon spectacle. Peut-être que j'aurais aimé un peu moins de sentiments, et un peu plus de combat ?
« Olympe ! C’est l’heure. »
La pièce est tirée du roman de Caroline Grimm, chez Calmann-Lévy
24 février 2009
« Faire prendre la mayonnaise, c’est tout un art »
Mon papa, été 2008
Der Kontrabass, Patrick Süskind, 1981
C’est avant le concert. La première de « L’or du Rhin ». Et nous sommes chez l’un des contrebassistes, nous l’accompagnons dans ses préparatifs d’avant concert : manger un peu, se raser de près, repasser la chemise blanche... Il commence par nous expliquer la beauté de son instrument, sa profondeur, sa dignité. La contrebasse, pilier essentiel de l’orchestre, et tellement négligée par les compositeurs et les auditeurs ! Ils ont raison, il faut dire : la contrebasse, c’est surtout une grosse mémère encombrante, sans subtilité comparée aux premiers violons, tout en bas de l’échelle sociale de l’orchestre, cachée par le reste. Elle lui bouffe la vie, au musicien. Elle l’empêche d’être à l’aise avec les femmes qu’il invite chez lui, elle prend toute la place, elle est jalouse. Elle l’empêche à jamais de séduire la jolie Sarah, aérienne soprane. Et le ton de conférencier élogieux du début se fait peu à peu amer, rageur, agressif. C’est la contrebasse qui a fait du musicien cet homme terne et seul, ce raté.
La mise en scène de Karl-Heinz Krause était excellente, très cohérente, pleine d’idées et dynamique. Le comédien, Christian Mock, était vraiment épatant : tout en nuance, laissant peu à peu monter la colère et sortir l’amertume refoulée, se laissant submergée par elle avant d’enfiler, résigné, son frac, et de partir en sachant que jamais, jamais, il ne fera cet éclat dont il rêve pour se faire enfin remarquer des spectateurs et de Sarah. Il avait vraiment une présence sur scène, jusque dans les silences qu’il laissait traîner. Il réussissait à rendre son personnage à la fois exaspérant et attachant, laid et pitoyable et pourtant grand dans sa résignation à servir son art et son instrument, dans son impossibilité à faire autre chose que cette musique.
Mais cela ne suffit pas à faire une bonne soirée, surtout quand elle dure une heure quarante. D'abord, il y a eu malentendu : je m'attendais à beaucoup plus de musique - même si ce n'est pas très grave. Le fait que ce soit un monologue joue peut-être, et pourtant la mise en scène, je l’ai dit, en tirait le meilleur parti. Le problème, à mon avis, vient vraiment du texte, qui n’est pas une unité, mais une collection de petits moments. Ces moments sont drôles, mais une collection d’esquisses amusantes ne constitue pas un texte... Et je me suis férocement ennuyée, passée la « première scène » où le contrebassiste glorifie sa contrebasse. Mes voisines de droite aussi ; mais j’ai eu l’impression que nous étions les seules. Quelques bons moments ont semblé suffire au reste du public ; j’avoue que j’attends plus, bien plus, d’une représentation. J’ai repensé aux merveilleux monologues de mon cher Schnitzler, Fräulein Else, Leutnant Güstl, mais n’est pas Schnitzler qui veut. Et après Le Parfum, qui m’avait plu sans me convaincre totalement, je pense que cette contrebasse était mon dernier essai avec Süskind, qui a tendance, je trouve, à se laisser griser de ses mots sans penser toujours au plaisir du lecteur/spectateur.
photo: Theater Erfurt.
17 décembre 2008
Si j'avais un blog-it...
... ce serait plus simple, mais en attendant de me lancer dans une installation forcément compliquée car cyber, une info sur le vif: il vous reste deux soirées pour aller voir Le songe d'une nuit d'été aux Ateliers Berthier si vous êtes parisiens. C'est déconcertant, un peu étourdissant, mais magique!
02 décembre 2008
No way, Veronica !
comédie misogyne d’Armando Llamas, mise en scène de Jean Boillot
Je vais au théâtre avec mon père. Je suis une gentille fille.
Plus exactement, je traine mon père au théâtre. Car, si Madame Mère supporte très bien que je rentre à seule et à pied de la gare au milieu de la nuit, elle refuse catégoriquement que je rentre à pied et seule du théâtre à l’heure où s’achèvent les fictions du service public. Mais elle ne m’accompagne pas au théâtre, elle est fatiguée, elle travaille, elle. Et Monsieur Père, résigné, d’accompagner Fifille. Je suis une méchante fille.
Je l’oblige à voir toutes sortes de choses bizarres et il est contraint de m’aider à relever la moyenne d’âge de la salle lors des spectacles de danse hip-hop. Nous avons pitoyablement échoué, mais il a aimé. Je suis une gentille fille.
Gentille aussi, le soir où je le convainquis d’aller voir une petite folie moderne fort tentante : No way, Veronica. La soirée commença assez mal par un concert électro-bruitique qui s’annonçait séduisant sur le papier mais qui fut assez ennuyeux dans la réalité. L’ambiance (une expédition arctique) y était, mais cela serait mieux passé à la radio que dans cette immersion totale – d’ailleurs, le compositeur se réclamait des Hörspiele de la radio de Cologne. J’en attendais toute autre chose, et je commençai à frémir pour la suite, d’autant je sentais bien que Monsieur Père n’accrochait pas plus que moi…
Bref.
Une fois passée la perplexité électro-acoustique – qui ressemblait en fait à une dramatique radiophonique sans parole, ou aux ambiances de feue cette très chouette émission, « Histoires possibles et impossibles » – les choses sérieuses commencèrent. C’est-à-dire : des comédiens en blanc avec des micros et des bidules électroniques. Une comédienne en blanc avec un micro et beaucoup d’énergique folie. Une base dans l’Antarctique avec des scientifiques masculins ravis d’être entre eux – Peter Falk, James Mason, Stanley Baker, et d’autres dont j’ai oublié le nom. Ils sont sept ou huit, et pas mal de références m’ont échappé, j’étais trop jeune dans les années 80, damned ! Une femme, une vamp, une nymphomane, Veronica – incarnée par Gina Lollobrigida – qui veut absolument s’incruster, par tous les moyens possible, déguisements, séduction, ruses en tous genres, débarquement… Mais ils ne veulent pas, elle échoue, elle recommence, ils ne veulent pas, « no way, Veronica ! ».
C’est délirant, la comédienne fait toutes les voix et ses deux acolytes font les bruitages, l’un des deux larron bidouillant les bidules électroniques. Cela tenait presque du conte : une femme au milieu de la scène qui vous raconte l’histoire et la fait surgir sans courir partout et sans presque costume, décor, accessoire. Ça ne ressemble à rien sauf peut-être à une blague de potache, mais réussie, drôle, vivante. Si vous n’aimez pas l’absurde et avez besoin d’un minimum de cohérence, fuyez. Si vous êtes prêts à tout, si vous avez envie d’une soirée théâtre originale, dynamique, talentueuse, et que cette pièce croise votre chemin, foncez.
No way, Veronica !, d’Armando Llamas, mise en scène de Jean Boillot, avec Katia Lewbowicz, David Maisse et Jean-Christophe Quenon (Compagnie La Spirale – http://www.laspirale-jeanboillot.com/)
Du 4 au 20 décembre à Villejuif, en janvier à Angoulême.
http://www.fra.cityvox.fr/theatre_vitry-sur-seine/no-way-veronica-ou-nos-gars-ont-la-peche_230039/ProgrammationEvenement
http://www.spectacles.fr/no-way-veronica-ou-nos-gars-ont-la-peche/infos-pratiques
14 novembre 2008
C’est la Kriiiiiise
Où la Curieuse s’aperçoit que, de l’économie au théâtre, il n’y a qu’un pas
C’est la Crise, je dirais même la Krise, la Grosse Krise, et les Français en ont le moral tout affecté. Plus de vêtements coûteux, de fanfreluches et de babioles ! Plus de superflus, de yaourts à la fraise extra enrichis en Omega 3 ! Plus de voiture neuve ! Et visiblement, plus de soirées théâtre non plus.
Allez faire un tour sur BilletRéduc pour vous en convaincre : tout est bradé, soldé, plus encore que d’habitude. On trouve même quantité d’invitations, histoire sans doute de remplir les théâtres et de tenter d’activer, un peu, le bouche à oreilles.
Mon petit porte-monnaie ne s’en plaint pas.
C’est ainsi que je suis allée voir Master Class, que je n’aurais sûrement jamais vu autrement, théâtre-privé-pratiquant-des-prix-prohibitifs oblige. Et puis peut-être n’étais-je pas plus tentée que ça.
En quoi j’avais tort.
Certes, le Théâtre de Paris est hautement inconfortable. Pas d’espace pour les jambes, pire que dans l’avion. Si en plus devant vous une spectatrice des moins gracieuses considère que s’assoir revient à se jeter le plus violemment possible dans son fauteuil en appuyant de tout son poids sur le dossier, vous risquez fort de vous retrouver avec ledit dossier vous râpant les genoux. Et la spectatrice de se tournicoter, de se carrer bien comme il faut, de se jeter encore contre ce malheureux dossier et vos malheureux genoux, et crââââc, le ressort vous saute sur les pieds, le dossier est mort, R.I.P., vous passerez le spectacle avec la spectatrice vautrée sur les genoux ou presque.
Mais il faut croire que le spectacle est bon, car ce désagrément majeur – quand on connait la nature fort délicate de mes délicieux genoux – je l’ai oublié très vite. Et je n’ai pas vu le temps passé. A l’entracte pourtant, une heure trente déjà que Marie Laforêt était la Callas sur scène, martyrisant son élève, oubliant son pianiste, pensant au cher Ari, Aristote Onassis qui la couvrait de diamants, à ses débuts, à sa sœur. Après l’entracte, encore une heure, qui passe tout aussi vite.
Marie Laforêt est absolument épatante de naturel : elle entre sur scène, serrée dans une veste moche et pourtant chic, elle parle au public, élèves de cette master-class, elle bafouille parfois un peu, elle est spontanée, elle joue avec les spectateurs, elle est dure et cassante, est-elle déjà la Callas, oui, non ? Il faut un petit temps pour réaliser que oui, ce n’est pas Marie Laforêt, c’est la Callas, et les lumières encore allumées ne sont là que pour nous tromper et nous plonger mieux dans cette ambiance étrange de master-class où la Divine n’est plus en représentation, devrait s’effacer, mais où pourtant elle a attiré tout le public, toute la lumière, tous les bravi. Le technicien, qui passe à deux ou trois reprises apporter tantôt un coussin, tantôt un verre d’eau, est lui aussi fort naturel. Le pianiste et la première chanteuse, beaucoup moins, ils semblent trop réciter leur texte, heureusement toujours bref. Après l’entracte, deuxième chanteuse, haute en couleurs, un peu folle, qui refuse de se consumer pour son art et d’y laisser sa voix trop tôt, comme la Callas. Et puis un seul chanteur, un ténor, évidemment, sexy ténor, bien sûr, matamore, mais qui finit par avouer vouloir apprendre, non à juste chanter, mais à chanter juste. Et Maria Callas, à chaque élève, de faire sentir ce qu’il y a derrière le livret, derrière les personnages. Ce qu’il y a de sacrifice aussi derrière chaque artiste bon, chaque artiste vrai - chaque performance de la Divina. Les deux chanteurs de la deuxième partie, là encore, sont nettement moins bons comédiens que Marie Laforêt, mais heureusement tous chantent bien. Et le plus important n’est pas tellement là : il est dans la relation de Maria à ses élèves, faite de colère, de distance, d’insensibilité à l’individu qui se présente à elle, de mépris presque, et pourtant d’une telle volonté de transmettre quelque chose, puisqu’elle ne peut plus donner d’émotions avec sa voix. Dans la relation de Maria à son art aussi, sacrifices, humiliations, désir de revanche, de vengeance, besoin éperdu d’amour et d’admiration, de n’être plus la grosse et moche fille qui fit ses début à Athènes pendant la guerre.
J’ai trouvé un peu dommage que le texte insiste trop sur cet aspect, comme si toute la carrière de la Callas ne pouvait s’expliquer que par ces souffrances, par la psychologie, la psychanalyse presque – contre laquelle Maria met en garde ses élèves, surtout ne pas gâcher ce beau matériau qui fait l’artiste ! C’est gâcher un peu la magie du talent, du don, du travail, de l’amour de l’art, je trouve. Et puis les deux parties se terminent de la même manière, sur un long monologue de Maria qui se remémore chantant et triomphant à la Scala, et se souvient en même temps de sa vie si dure, de la concurrence, de la jalousie, d’Aristote qui ne l’aime pas, de l’enfant qu’elle n’a pas eu. Dommage là encore que le propos se répète un peu, mais le plus dommage était finalement, à mes yeux, le parti-pris du metteur en scène et de la comédienne, qui faisait de ces monologues de longs cris de souffrance, des hurlements d’hystérie, des mains tordues à n’en plus finir, de la rage. Un peu trop facile ? Peut-être. Surtout un peu douloureux pour les oreilles des premiers rangs, quand en arrière-fond on a la Callas à plein poumons, et que Marie Laforêt est aidée par un micro – en plus je déteste quand les comédiens ont un micro au théâtre. Bref, mal de tête assuré pour les petites natures comme moi, et plaisir un peu gâché.
Marie Laforêt est bien meilleure quand il s’agit d’être sobre, d’être coupante, d’être simple, - ce qui me semble pourtant tellement plus difficile à jouer !
Dernier bémol enfin, à une soirée qui pourtant fut très bonne : les saluts. Qu’est-ce que c’est que cette manière de faire saluer une fois la troupe, et de ne faire revenir que l’actrice principale, la star, pour les autres saluts et les rappels ? Non mais oh ? Ils n’ont rien fait dans le spectacle, les autres ? Certes, certains ne font que passer. Mais enfin le pianiste, il a joué, les chanteurs, ils ont chanté, et puis tous ont fait leur part sur scène, non ? J’ai trouvé ça choquant, et humiliant pour le reste de la troupe, quantité négligeable aux yeux d’un metteur en scène et d’une actrice qui n’y voyaient sans doute qu’un écrin destiné à mettre en valeur Marie Laforêt. C’est pour elle seule sans doute que le public était venu ; et alors ? N’est-il pas du rôle des stars de faire rayonner aussi les autres ?
Cela dit, si vous aimez l’opéra (ou Marie Laforêt), n’hésitez pas : le spectacle est bon.
Effets secondaires non souhaités et gênants : se retrouver les jours qui suivent (que dis-je, la semaine, la quinzaine qui suit !) avec Marie Laforêt chantant en boucle dans votre charmante tête que nous les referons ensemble nous les referons ensemble, les vendangeuh de l’amour. Si au mois vous connaissiez le reste des paroles !
PS: enfin des photos pour le swap around your world!
20 octobre 2008
Ricercar
François Tanguy et le Théâtre du Radeau
Il y a au moins une chose positive à retenir de cette soirée : ne plus jamais aller voir des spectacles dont la présentation dans le programme ne me permet pas de savoir ce que je vais voir. Car, certes, se gargariser de jolis mots du genre « précieux et rare », « la multiplication chorale des « voix » de musiciens ou de poètes assemblés sur un même plan d’immanence scénique », promettre une « douceur mystérieuse et intense », une « lumineuse plénitude », comparer le spectacle à Georges de La Tour, à une succession de vagues qui ne se raconterait pas plus que la musique, ça peut donner envie à une Curieuse en lui rappelant quelques formidables expériences passées, et même lui laisser croire que pour une heure ou deux elle sera de nouveau à Berlin.
Las ! Un beau jeu de lumière (encore que je n’apprécie guère qu’on me braque un projecteur dessus après m’avoir laissé une bonne demi-heure dans une délicate pénombre) ne suffit pas, quand à côté il ne se passe rien. Derrière moi un spectateur riait à intervalles régulier, de ce rire atterré et étouffé de celui qui se demande ce qu’il est venu faire en cette galère. Pour ma part j’étais trop consternée et pensait de plus en plus douloureusement qu’avec le prix du billet j’avais sacrifié une place de concert ou bien un délicieux goûter. Après dix minutes j’avais déjà compris que ce spectacle était raté, et je passais de forts longs instants à me demander si je pouvais quitter la salle – alors que j’occupais une position stratégique pour ce faire. Je remercie chaleureusement les deux spectatrices qui ont fini par le faire, me donnant le courage de les imiter au premier moment propice – après toutefois près de cinquante minutes, sur 1h25 de prévue.
En plus, je me trouvais derrière un monsieur qui apporta avec lui dans la salle de délicieux effluves de tabac froid, de tabac froid, de vieille sueur, et oh, encore du tabac froid, et je n’ai pas eu le temps de lui demander d’échanger de place, prétextant sa haute taille. J’étais donc dans de forts méchantes dispositions et très peu portée à l’indulgence.
Mais le spectacle n’incitait guère, de toute façon, à l’indulgence. La scène était divisée par de grands panneaux mobiles, plus ou moins opaques, et que les comédiens déplaçaient régulièrement. Quelques chaises, et les lumières, voilà pour le décor. Les costumes étaient jolis, ceux d’hommes des années trente et de femmes du XVIIIe siècle après une folle nuit sous acide, mais pourquoi ces costumes-là justement ? Mystère. La musique était belle, mais étouffait parfois les comédiens, dans les rares moments où ils avaient quelque chose à dire – la plupart du temps ils semblaient jouer aux chaises musicales ou esquisser quelque chorégraphie sans but. Et puis la pièce, ce Ricercar qui est à la fois recherche et premier modèle musical de la fugue, et qui finit en moment nombriliste et théorique sur l’air de « oh regardez comme je pratique un théâtre moderne, assumé et réfléchi » - « pleinement et patiemment contemporain », me dit la brochure. C’est sans doute pour ça que les extraits choisis étaient les plus abscons possible, de la méditation sur une topaze consistant à enchainer le plus de mots compliqués et « poétiques », à celui qui « attend d’elle le pourquoi et le comment du dire et du faire » (méditation sur le metteur en scène ??), jusqu’au soliloque sur une veste, c’est une veste, elle est sur le lit, oui c’est une veste, il est mort, il avait une veste, elle est là, je vais mettre la veste, c’est une veste – là, j’ai cru avoir été balancée sans préavis dans une pièce de Florian Zeller. Je ne sais pas de quelles pièces sont tirés les extraits (non crédités dans le programme) et peut-être sont-elles très bonnes, mais le choix et l’accumulation (enfin, si on peut dire, il y a du y avoir quatre moments parlés…) de ces extraits en particulier étaient vraiment pénibles.
Je n’ai rien contre la fragmentation revendiquée de l’œuvre, mais j’aime en revanche avoir un fil conducteur qui soit autre chose que l’exposition d’une théorie. J’aime qu’on éclaire un état, une histoire, un moment par les fragments choisis. J’aime qu’il se passe quelque chose. Eh oui, que voulez-vous, je suis une indécrottable bourgeoise, une de ces spectatrices médiocres incapables de s’arracher au magma de l’histoire pour aller vers le monde des idées. Fi donc ! J’aurais du aller voir Boeing Boeing, tiens – au moins, sans doute, me serais-je amusée.
Mais là, ce théâtre qui se regarde en train de se faire et de se dire, qui s’écoute jouer, qui n’est que l’exposition des idées du metteur en scène sur son travail – l’espace et ses divisions mouvantes, le rôle du corps, la complémentarité musique et voix, la manière de dire le texte en le déclamant plutôt qu’en le jouant… Très intéressant, sans doute, mais j’aurais préféré le lire tranquillement par petits bouts, ou alors que François Tanguy mette sa conception du théâtre au service d’une œuvre qu’il aurait montée de façon différente, nouvelle, magique. Là, il y a bien des tentatives de poésie, mais théorisées, imposées, glacées. Point de chair dans ce spectacle. Il y a le mélange des arts, mais je pleure en pensant aux spectacles que j’ai pu voir à Berlin, où il y avait un vrai travail sur la danse par exemple (et pas comme ici quelques vagues pas qui tombent comme un cheveu sur la soupe), sur l’utilisation du numérique, sur la modernisation de la scène. Ici, on s'interroge sur ce que l'on voit dans la représentation, et ce que l'on doit donner à voir, mais je n'ai toujours pas compris: "Ce que nous voyons n'est pas le code de ce que nous ne voyons pas, ce qui est à voir est très exactement ce que nous voyons, ce que nous pouvons voir." Ahem.
Le gros problème de Ricercar, finalement, c’est qu’à trop s’interroger sur son art et à trop vouloir atteindre « la théâtralité loin du spectacle », le Théâtre du Radeau a finit par oublier une chose : il y a aussi des spectateurs.
18 juin 2008
La dame au violoncelle
D’elle, on ne saura pas grand-chose. Juste qu’elle joue du violoncelle au moins dans sa tête, qu’elle est mal mariée, mal comprise, malheureuse. Enfermée dans le rôle de la jeune fille de bonne famille et de la convenable épouse bourgeoise, façades qui ne conviennent pas à sa petite musique intérieure et qui font exploser sa tristesse en folie.
Elle est seule sur scène. A droite, un violoncelliste sinistre, tour à tour accusateur, juge, mauvaise conscience. Elle doit se défendre. Ne sait-elle vraiment rien de ce qui est arrivé au Cher Disparu ? Mais ça, on ne l’apprend pas tout de suite. On voit d’abord cette femme fantasque, qui s’invente des personnages et des vies, secondée, à gauche, par deux jeunes violoncellistes que le programme présente comme ses anges, des anges bien malicieux.
La Dame est compositrice et chef d’une musique de bribes, joyeuse, mélancolique, sensuelle, inquiétante parfois. Cette musique est impuissante pourtant : à la sauver, à ramener le Cher Disparu, à la protéger des juges. Mais existe-t-elle seulement, cette musique ? Ne somme-nous pas dans l’esprit de cette femme, le violoncelle n’est-il que le doux nom qu’elle donne à sa face noire ? La Dame m’a beaucoup fait penser à Nora, de la Maison de Poupée d’Ibsen, sauf que Nora se sauve et que la Dame ne sait comment se défaire des apparences et des convenances d’un certain monde.
J’ai beaucoup aimé cette pièce, pour le personnage de la Dame avant tout, mais aussi pour ce qu’elle dit de la solitude, des duperies sociales et de ce qu’on leur sacrifie, de la difficulté d’être soi. L’utilisation des violoncelles est vraiment bonne, tant dans les musiques choisies que dans leurs interventions. Les musiciens ne se contentent pas de jouer leur partition, ils deviennent de véritables personnages de la pièce, présents, répondant à la Dame. L’actrice, Amélie Racoua, est pleine d’énergie et de talent, même si parfois elle bafouillait un peu. Mais comme j’y étais pour la première, c’était plus touchant qu’agaçant. J’aurais toutefois sans doute aimé des colères un peu moins criantes, peut-être quelques nuances supplémentaires entre les moments doux et les moments agités. Et j’ai trouvé la fin peut-être un peu trop longue. Mais jamais la pièce ne perd en intensité.
La mise en scène m’a vraiment plu par l’utilisation des violoncelles, de l’espace (la scène est toue petite), le jeu des costumes de la Dame. Par contre je suis moins convaincue de l’utilité de la vidéo. L’écran était placé sur le côté, donc quand on le regardait on ne voyait plus ce qui se passait sur scène. Par moments des plans y apparaissaient à la manière de flash, dont je n’ai pas compris ce qu’ils voulaient dire. On ne comprend qu’à la fin le pourquoi du comment. On voit alors plus l’intérêt de la vidéo, qui permet de montrer des fragments d’une autre Dame, d’une autre réalité, la réalité ? Ça ajoute alors en effet quelque chose à la complexité de la pièce, mais je ne trouve quand même pas le dispositif très adapté. Ce que je dis n’est sans doute pas très clair, mais je ne veux pas trop en dévoiler !
Malgré ces petites critiques, j’ai passé un excellent moment, et je vous invite à rendre vous aussi visite à la Dame !
La Dame au violoncelle, Guy Foissy
avec Amélie Racoua, Olivier de Montès, Julien Hervé, Octavio Angarita
mise en scène : Laurianne Martini
création musicale : Olivier de Montès
Théâtre des Déchargeurs, du mardi au samedi à 20h, jusqu’au 12 juillet (environ 1h15)
08 juin 2008
Jamais plus jamais
Je flâne un peu dans le métro, passant des premières stations encore saturées des gens élégants sortant du théâtre à des stations peuplées d’hommes en boubous, de garçons rentrant des courses à une heure avancée, de filles trop maquillées, d’une belle fille perchée sur des talons fous et tirant fréquemment sur sa courte robe. J’ai moi aussi ce tic et cela m’amuse de le partager avec cette inconnue taille mannequin.
Je partage aussi, sans qu’elle le sache, un souvenir avec Marie Nimier dont La reine du silence me bouleversa et dont le papa me permit jadis de réussir un concours. Je n’ai pas osé lui parler ; pour lui dire quoi ? Mais elle était là et j’en suis, bêtement, heureuse.
Pourtant, jamais plus je ne me laisserai avoir par Tchekhov. Du moins par ses grands drames. J’ai vu La Mouette à Lyon il y a quelques années, dans une mise en scène de Philippe Calvario, et la présence du très chouchou et très doué Jérôme Kircher n’y avait pu mais : c’était barbant.
Mais je suis curieuse et adepte, aussi, de la seconde chance (à quelques exceptions près). Et puis Ivanov était joué en hongrois surtitré, et je suis de ceux que ce genre de détail suffit à décider. Je dois avouer que sur ce point, au moins, je ne fus pas déçue. Je n’avais jamais entendu de hongrois, c’est un genre de finnois dans lequel se seraient subrepticement glissés quelques intonations et roulements slaves.
L’ambiance, façon années 70 décrépies en Europe de l’Est, n’était pas pour me déplaire, et j’ai repéré parmi les costumes et les accessoires quelques petites choses que j’aurais volontiers emportées. La robe de mariée de Sacha, superbe… Les acteurs, du théâtre Katona de Budapest, y mettaient toutes leurs tripes et trouvaient ça, visiblement, passionnant. La mise en scène de Tamàs Ascher soulignait vraiment bien les moments grotesques, et les passages de farce étaient drôles. Mais le reste ! Mais le reste ! 2h35 de spectacle, tout de même, qui furent longues, croyez-moi. Et dire que Tchekhov pensait avoir écrit là une farce ! C’est en fait l’histoire ordinaire d’un dépressif qui semble changer tout ce qu’il touche en cendres – sauf que Freud n’a pas encore été inventé. Ah, comme il est triste pour sa femme phtisique ! Ah, comme il s’en veut de l’avoir arrachée à sa religion et à ses parents ! (et Anton Pavlovitch qui voulait faire œuvre comique…) Ah, si seulement il pouvait ! Ah, pourquoi est-il si odieux et elle si pure ! Ah, quelle dure condition que celle de désargenté ! Ah, pourquoi succomber ainsi aux charmes de cette jeune voisine innocente et risquer de la briser aussi ! Ah, mais c’est si doux ! Ah, l’espoir revient ! Ah, je suis un misérable ! Vous prendrez bien un peu de thé ? Avec de la confiture de groseille !
Soporifique.
Bref, je veux bien laisser une deuxième chance, mais les drames de Tchekhov n’en auront pas une troisième. Je ne peux hélas assister à toutes les représentations qui me tentent, je n’en sacrifierai plus pour eux.
En revanche, j’aime beaucoup les pièces courtes de Tchekhov, qui me font rire aux larmes (ce qui est un grand compliment car je ne suis pas un public très démonstratif). D’ailleurs, les passages burlesques d’Ivanov étaient les seuls à sauver de cette soirée…
Je vous conseille donc vivement d’aller voir l'alerte programme « L’ours, Le tragédien malgré lui et La demande en mariage », mis en scène par Patrick Pineau (production Scène Nationale Evreux-Louviers), si d’aventure il continue à tourner et passe près de chez vous.
PS: après, c'est peut-être moi qui ne comprends rien à rien, hein... Je n'ai trouvé que des critiques très positives. Il est vrai que la réalisation était excellente, c'est juste le texte qui ne passe pas.

