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le blog curieux d'une rêveuse-voyageuse...

24 janvier 2008

Clara Militch

claraIvan Tourgueniev

Il y a deux avantages à avoir troqué quatre fois dix minutes de trajet contre deux fois deux heures de bus, métro, RER, train (aucune mention inutile). Je ne suis plus obligée de me concentrer pour éviter les piétons se jetant sous mes roues, donc je peux rêver tout mon saoûl. Et puis je peux retrouver un quota normal de lecture (la levée de l’interdiction de lire autrement qu’en allemand n’y est peut-être pas pour rien non plus…). J’ai déjà parlé hier du super coup marketing qu’est cette collection Folio 2 euros, j’ajouterai qu’elle est idéalement pensée pour le francilien : un livre, un aller-retour. C’est léger dans le sac, et ça suffit presque pour une journée de transports.

C’est comme ça que j’ai lu Clara Militch, qui a trouvé dans le défi « Le nom de la Rose » une occasion de ne pas trop attendre mon bon plaisir avant d’être lu.
C’est une nouvelle assez longue (143 pages), dont l’héroïne éponyme est en réalité presque absente. Elle n’apparaît réellement que deux fois, mais son ombre plane sur le texte et surtout sur Jacques Aratov, jeune homme de 26 ans absolument pur et consacré tout entier à ses recherches et à la fuite de la société mondaine. Son camarade Kupfer l’entraîne pourtant une fois dans un salon tenu par une princesse ambigüe, puis à une représentation où apparaît Clara, qui interprète une romance de Glinka puis une lettre extraite d’Eugène Onéguine. Jacques est fasciné par cette jeune fille sans comprendre ses sentiments, si nouveaux et étranges pour lui. Clara aussi semble fascinée par le jeune homme, au point de lui donner rendez-vous. Et puis le rendez-vous manque, les deux personnages se séparent, Clara s’en va, Jacques l’oublie peu à peu. Toute la première partie de la nouvelle est consacré aux sentiments de Jacques, idéaliste qui ne sait pas reconnaître le désir et la passion, qui ne sait pas dépasser les rêves et les apparences. Et puis Clara meurt. Jacques part sur ses traces, toute sa fièvre lui revient, c’est la deuxième partie de la nouvelle. On glisse du portrait de jeune homme modeste dans la Russie du XIXe siècle à une nouvelle gentiment fantastique, tendance Maupassant (j’ai beaucoup pensé au Horla).

Une jolie nouvelle, écrite avec simplicité, doucement triste. Deux bémols : la quatrième de couverture, franchement ridicule, qui vous annonce « une incroyable et bouleversante histoire d’amour par-delà la mort. » Vous l’entendez, la voix off du mélo à trois sous ? Ça vaut pourtant bien plus que ça. Et puis la couverture, franchement laide (comme souvent d’ailleurs dans cette collection). Mais le texte lui même, sans être aussi bouleversant que Premier amour, vaut le détour.

Posté par vilaindefaut à 20:45 - Russie - Commentaires [0] - Permalien [#]
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