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le blog curieux d'une rêveuse-voyageuse...

23 mars 2008

Mbo zin

Le Départ, Nimrod (2005)

nimrodCe livre-là, j’avais terriblement envie de l’aimer. Parce que je pensais que le nom de l’auteur était un pseudonyme venu de Nimrud, ville assyrienne. En fait, c’est son vrai prénom et c’est un héros biblique, mais quelle importance ? Ensuite parce que l’auteur est gentil et terriblement intéressant à écouter. Enfin, parce que ça vient du Tchad, follement exotique, n’est-il pas ? Honnêtement, la littérature tchadienne, vous y connaissez quelque chose ? Moi pas du tout, ce qui m’attire d’autant plus. Sans compter que le Tchad est dans cette bande africaine aux confins du Sahara et pas encore dans la zone tropicale qui me fait le plus rêver, et c’est comme souvent en Afrique un inexpugnable mélange d’ethnies.

Bref, comme d’habitude, j’ai rêvé mon livre avant que de l’ouvrir.

Le départ est d’abord celui de la famille ensemble qui quitte Sara-de-Gaulle, un quartier de N’Djamena, pour Chagoua, dans la même ville. Nimrod est encore un petit garçon, son horizon fermé d’un pont se déplace, il franchit le pont sans que sa mère lui tienne la main, la ligne au loin s’est un peu déplacée, il change de quartier, d’amis, de voisins. Premières sensations de l’exil. Cette première partie, quand Nimrod raconte son enfance avec un père pasteur au loin, une sœur adorée, Royès, et d’autres frères et sœurs qui ne sont que des ombres dans le livre, je l’ai lu sans grand enthousiasme.
L’écriture de Nimrod pour dire ces premières prises de conscience que l’horizon est toujours à conquérir ne m’a pas vraiment plu. Il utilise des phrases très brèves, moi qui n’aime rien tant que les longues phrases enveloppantes et soyeuses, j’ai trouvé ça beaucoup trop haché. La langue m’a parue aussi un peu artificiellement poétique, comme forcée, mais c’est peut-être du au souci de Nimrod de rendre au plus juste ses sensations floues.
Nimrod raconte ensuite le collège, le lycée, les nouveaux camarades. Il raconte la chaleur de l’Afrique et les cours à midi, les heures de marche pour aller au lycée quand le vélo est cassé. C’est aussi un portrait de N’Djamena, dont on sent à quel point Nimrod l’a aimée ; portrait par les habitants et leurs occupations, leurs trajets. Par petites touches, souvenirs de goûts, d’odeurs, de lumières, de gens, on entre dans la capitale tchadienne. C’est à peu près à ce moment que je me suis laissée prendre par l’écriture, plus ample, moins saccadée, lorsque Nimrod évoque les longues promenades et les cours de théologie en compagnie de ses amis Gath et Mathys. Les trois garçons vont admirer le coucher de soleil sous le regard désapprobateur de vieux pêcheurs qui les accusent de s’occidentaliser.
Et puis, 1979 arrive, le putsch, les combats dans la capitale, le père toujours absent et le repli dans les campagnes. Nimrod retrouve ses camarades, ils forment le projet de se rendre dans une ville où l’on a rouvert les écoles. La dernière partie du livre est l’histoire de ce voyage, plein de détours et de retrouvailles de hasard. C’est le début de l’exil de Nimrod, vers Abidjan, vers Paris.

« L’exil est ainsi fait qu’il faut toujours délaisser amantes, parents, amis. On en vient à perdre la manière de se raconter aux autres. Depuis que nous avons souffert ensemble, rien n’est plus comme avant. Nous continuons de contempler le crépuscule, de nous baigner dans le Chari. Il n’empêche. Quelque chose s’est perdu avec nos diverses infortunes. J’en pleure dans mon coin. L’horizon s’éloigne, son empreinte en moi qui, jadis, me grandissait. »
(p. 96-97)

Et le livre n’aura été que le récit des prémisses de cet exil, le récit de cette sensation confuse que le petit garçon puis l’adolescent semble avoir toujours eu en lui, qu’il faudra partir, et que le départ n’est pas facile.

J’ai été touchée par les thèmes du récit, mais il m’a fallu près de la moitié du texte (d’une centaine de pages) pour y entrer vraiment. Du coup, j’ai envie de relire Nimrod et je l’appréhende un peu. Je ne tenterai pas, je crois, sa poésie, ni son premier roman qui en me dis rien. Mais il vient de sortir un Bal des princes ; peut-être…

Le titre veut dire « marche devant », en kimois (Nimrod est Kim). C’est ce qu’on dit aux enfants dès qu’ils marchent, pour les surveiller, les couver. « Marcher devant, c’est tutoyer l’horizon » (p. 29)

Posté par vilaindefaut à 16:56 - Tchad - Commentaires [0] - Permalien [#]
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